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Tome douzième.
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456
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MENDEZPINToO.

Rencontred'une femmePortugaiſe.

Entrée de'Ambaſſa-deur à Tim-plam.

456 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

paneſendo, qui n'eſt ſervi que par des femmes, toutes filles de Prince& despremiers Seigneurs du Royaume. Elles y ſont vouées dès l'enfance, poury faire le ſacrifice de leur honneur à IIdole; ſans quoi, elles ne trouve-roient pas un homme de qualité qui voulũt les épouſer. Cet impur ſacrifi-ce ſe fait avec une dépenſe incroyable pour les familles. LIdole Urpane-ſendo eſt d'argent. Elle habite une Chapelle dorée, ouù elle eſt aſſiſe ſur unAutel, environnée, par le haut, d'un grand nombre de chandeliers d'argent,dont les cierges ont fix lumignons. Autour de l'Autel, pluſieurs belles ſta-tues de femmes paroiſſent adorer v'Idole, les genoux pliés& les mains le-vées. On nous dit que c'ctoient les ſaintes ames de quelques jeunes filles,qui avoient fini leurs jours dans le Temple; honneur qui ſe répand ſur leursfamilles& qui paſſe dans le Pays pour une rare diſtinction. On nous aſſuraque le revenu annuel de cette ldole montoit à trois cens mille ducats, ſansy comprendre les offrandes,& les riches ornemens qui s'y accumulent àPoccaſion des ſacrifices. Dans la même enceinte, on voit un grand nom-bre de maiſons, où ſe renferment quantité de vieilles femmes, la pluü-part fort riches, qui veulent mourir au ſervice de l'Idole,& qui luidonnent tout leur bien. On en comptoit alors plus de cinq mille().Nos guides nous firent voir enſuite pluſieurs Caravanes, qui venoientchaque jour en pélérinage au Temple de Manicafaran. Ces troupes d'E-trangers étoient de cent, de deux cens,& quelquefois de cinq cens per-ſonnes, qui formoient d'abord une eſpèce de Camp ſur le bord de la Rivié-re(a). Le haſard nous y fit rencontrer une femme Portugaiſe. Nous n'a-vions rien vũ qui nous et cauſé plus d'étonnement. Elle nous apprit, leslarmes aux yeux,„ qu'elle étoit veuve d'un de ces Pélerins Indiens, après„ avoir été ſa femme, P'eſpace de vingt-trois ans; que la crainte d'être pu-„ nie de ce mariage l'avoit empéchée juſqu'alors de retourner parmi les„ Chrétiens; mais qu'elle prioit le Ciel de la faire arriver, avant ſa mort,„ dans quelque Pays où ſon repentir püt expier ſes fautes;& que malgré„ le pélérinage qu'elle avoit entrepris à l'honneur du Diableyn elle ne laiſ-„ſoit pas d'étre toũjours Chrétienne“. Nous demeurâmes aſſez ſurpris decette nouveauté;& chacun de nous lui ayant fait de vives exhortations,elle promit de partir avec nous pour Timplam,& de nous ſuivre à Pegu,pour faire voile à Coromandel& ſe retirer à Saint-Thomé. Elle s'y enga-gea mêeme par un ſerment;& nous la quittàmes, dans la perſuaſion qu'elle nemanqueroit pas d'ardeur pour nous rejoindre. Cependant, nous v'attendimesen vain,& nous ne fimes pas des efforts moins inutiles pour la retrouver(b).APRks avoir laiſſé à PAmbaſſadeur le tems de ſe repoſer pendant neufjours, un des Gouverneurs de Timplam, diſtingué par le titre de Campano-grem, vint le prendre avec une Flotte de quatre-vingt Barques, qui ſe nom-ment Seroos& Laulses, remplies d'une ſuite nombreuſe& richement vétue.Nous partimes au bruit d'une infinité d'inſtrumens mal accordés, tels quedes cloches, des tambours& des cornets. Cette barbare muſique ne ceſ-ſa point juſqu'à la Ville, qui n'étoit éloignée que d'une lieue. Nous y arri-vaà-(2) Pag. 805& 806. ſix de ces Caravanes. R. d. E.(a) Pinto avoit compté juſqu'à quarante-(5b) Pag. 807.