AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 457
vàmes à midi. En abordant au premier Quai, qui ſe nommoit Campalar-raja, nous fùmes regus par une multitude innombrable d'Habitans,& parquelques troupes réguliêères, ſoũtenues d'un grand nombre d'éléphans, avecleurs chaires& leurs panoures. On offrit, à Ambaſſadeur, un éléphantéquipé d'une chaire& d'un harnois d'or. Mais n’ayant pas voulu l'accep-ter, on lui en amena un autre moins riche. Cinquante ou ſoixante Bra-mas,& ſes neuf Portugais, qu'il choiſit pour l'accompagner, monteérentſur des chevaux qu'on leur avoit amenés. Ses chariots précédoient, rem-plis d'une autre partie de ſes gens, qui faiſoient retentir leurs cymbales&jeurs cloches d'argent, au milieu des acclamations du Peuple. On nousconduiſit, dans cet ordre, par différentes rues d'une longueur extraordi-naire, dont neuf étoient bordées de baluſtres de laiton, de riches arcades,de chapiteaux dorés,& de grandes cloches de métal, qui ſonnoient lesheures du jour(c).
NorRE réception, dans la premiêre cour du Palais, eut tout l'éclatque j'ai déja repréſenté dans les Fêtes de l'Orient. Mais paſſant ſur toutce qui ne rappelleroit que des images familiéres, nous arrivàmes, par uneſeconde cour, à la porte d'une grande ſalle, où nous füũmes regus par un on-cle du Roi,& par un grand nombre de Seigneurs. Monvagarvu, c'eſt lenom que nous entendaimes donner à ce Prince, avoit autour de lui douzeenfans, vétus des plus riches étoffes, qui portoient une petite maſſe d'ar-gent fur l'épaule,& des chaines d'or, paſſées deux ou trois fois ſur la poi-trine. Apréès quelques complimens, dans le ſtyle oriental, on nous fitmonter un grand eſcalier, qui nous conduiſit dans une fort longue ſalle. Nousla traverſäames, au milieu d'une nombreuſe Nobleſſe, pour entrer dansune autre, où nous remarquàmes quatre Autels& différentes Idoles.De-là, nous paſſfäames dans une galerie, dont les ornemens n'étoientque des tablettes d'ébène, incruſtées d'ivoire,& remplies de tétes hu-maines, au-deſſous deſquelles on liſoit les noms de ceux dont elles ſer-voient à rappeller la méemoire. C'Stoient les tétes des grands hommesde la Nation. L'extrémité de la galerie offroit un Autel, entouré d'unetriple baluſtrade d'argent, ſur lequel on voyoit en même métal, les viſa-ges de treize Calaminhams, qui avoient le plus contribué à l'établiſſementde l'Empire(d).
Ex fortant de cette galerie, nous paſfames ſur un grand pont, bordéde baluſtres& d'arcades, où rien ne nous parut plus noble& plus majeſ-tueux que des écus d'armes, ſemés de deviſes d'or, qui rempliſſoient levuide de chaque arcade, avec de gros globes d'argent pour tymbres. Cepont étoit terminé par un grand édifice, dont nous trouvàmes les portesfermées. Nous heurtäâmes quatre fois, ſans recevoir aucune réponſe; cé-rémonie à laquelle on paroiſſoit attacher beaucoup de grandeur. Enfin,une cloche, qu'on ſonna comme aà la hate, fit ouvrir la porte par une fem-me d'’environ cinquante ans, accompagnée de ſix petites filles en habitsfort riches, qui portoient ſur leurs épauſes de petits baudriers étoilés,&
de(c) Pag. 809.(àd) Pag. 812.XII. Part. Mmm
MENDEZPINTO.
Palais duCalaminham.
Cérémoniesde la récep-tion de l'Am-baſſadeur.