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Tome douzième.
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MENDEZPINTO.

Délicieuxjardin.

Salle duTrône.

4588 vovAGESs DE MENDEZ PINTO

de petits cimeterres tout couverts de placques d'or. La vieille Dame avantdemandé, à Monvagarvu, pourquoi il avoit ſonné, ce Prince lui répondit,avec beaucoup de reſpect, qu'elle voyoit un Amhaſſadeur du Roi de Bra-ma, qui venoit pour traiter, avec le Calaminham, de pluſieurs affaires im-portantes. Elle parut faire peu d'attention à cette réponſe; ce qui fut d'au-tant plus ſurprenant pour nous, qu'elle devoit connottre'oncle du Roi.Mais une des ſix jeunes filles qui laccompagnoient repliqua pour elle,„ qu'on alloit ſavoir ſi heure étoit commode pour baiſer les pieds du Tro-„ ne,& pour avertir le Seigneur du Monde, de l'arrivée d'un Ambaſſa-„ deur étranger’“. La porte fut aufſi-têt fermée,& demeura quelquesmomens ſans s'ouvrir. Les ſix petites filles reparurent ſans la vieille;mais elles amenoient à ſa place, un jeune gargon de neuf à dix ans, quiportoit ſur la téte une ſorte de mitre,& ſur l'épaule une maſſe d'or en for-me de ſceptre. Il parut faire auſſi peu d'état que la vieille, de l'oncle du-Roi& des Seigneurs du Pays. Mais prenant Ambaſſadeur par la main,avec un compliment fort civil, il lui dit que le Calaminham, informé deſon arrivée, ſouhaitoit impatiemment de le voir& de lentendre. Mon-vagarvu& quelques autres Seigneurs eurent auffi la liberté d'entrer, pen-dant que tout le reſte du cortêge fut laiſſé dehors. L'Ambaſſadeur, ne ſevoyant ſuivi d'aucun de ſes gens, regarda pluſieurs fois derriére lui, avecquelques marques de chagrin. Alors Monvagarvu, dont nous reconnümesau fond que le pouvoir étoit indépendant de toutes ces formalités, donnaordre qué la porte füt ouverte aux Etrangers. Nous entràmes aufſi-têt avecles Bramas; mais il ſe mêéla parmi nous quantité d'autres perſonnes, que lesHuiſſiers, quoiqu'en grand nombre, ne purent arrêter par leurs menaces& par leurs coups().

Ox nous fit traverſer quelques ſalles,& paſſer de-la par le milieu d'unjardin, où les richeſſes de PArt& de la Nature étoient répandues avec uneadmirable profuſion. Les allées étoient bordées de baluſtres d'argent. Tousles parfums de'Orient paroiſſoient réünis dans les arbres& les fleurs. Jem'entreprendrai point la deſeription de l'ordre qui réegnoit dans ce beaulieu, ni celle d'une variété d'objets dont je n'eüs la vůe qu'un moment;mais tout fut un enchantement pour mes yeux. Pluſieurs jeunes femmes,aufſi éclatantes par leur beauté que par la richeſſe de leur parure, s'exer-goient au bord d'une fontaine, les unes à danſer, d'autres à jouer desinſtrumens, quelques-unes à faire des treſſes d'or ou d'autres ouvrages(†).Nous paſfämes, trop rapidement pour ma curioſité, dans une valte anti-chambre, où les premiers Seigneurs de Empire étoient affis, les jam-bes croiſées, ſur de fuperbes tapis. Is regurent l-Ambaſſadeur avecbeaucoup de cérémonies, quoique ſans quitter leur place. Au fond decette antichambre, fix Huiſſiers, avec leurs mafſes d'argent, nous ou-vrirent une porte dorée, par laquelle on nous introduiſit dans une eſpècede Temple.

C'srorr enfin la chambre du Calaminham. Nos premiers regards tom-

(e) Pag. 813.(†) Lbidem.