AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 459
bérent ſur lui. II étoit aſſis ſur un Trône majeſtueux, environné de troisbaluſtres d'argent. Douze femmes d'une rare beauté, aſſiſes ſur les degrésdu Trône, jouoient de diverſes ſortes d'inſtrumens, qu'elles accordoientau ſon de leur voix. Sur le plus haut degré, c'eſt-à-dire, autour du Mo-narque, douze jeunes filles étoient à genoux, avec des ſceptres d'or à lamain. Une autre, qui étoit debout, le rafraichiſſoit d'un Eventail. Enbas, la chambre étoit bordée par cinquante ou ſoixante vieillards, qui por-toient des mitres d'or fur la tete,& qui ſe tenoient debout contre le mur.En divers endroits, quantité de belles femmes etoient aſſiſes ſur de richestapis. Nous jugedmes qu'elles n'étoient pas moins de deux cens(g).Après tant de magnifiques ſpectacles que javois vüs dans P'Aſie, la mer-veilleuſe ſtructure de cette chambre,& la majeſté de tout ce qui s'y pré-ſentoit, ne laiſſa pas de me cauſer un véritable étonnement. L Ambaſſa-deur, diſcourant enſuite avec nous des merveilles de ſa réception, nousdit qu'il ſe garderoit bien de parler au Roi ſon Mattre de la magnificencequi environnoit la perſonne du Calaminham, dans la crainte de F'affliger,en diminuant F'idée qu'il avoit de ſa propre grandeur(5). 2LEs cérémonies de la falutation,& celles du compliment& de la répon-ſe, ne moffrirent rien dont je n'euſſe déja vũ des exemples; mais il meparut tout-à-fait nouveau, qu'aprées une harangue de cinq ou ſix lignes,& une réponſe encore plus courte, tout le reſte de lAudience fùt employéen Danſes, en Concerts,& en Comédies. Apres quelque prélude des in-ſtrumens, cette fete commenga par une danſe de ſix femmes àgées avecde jeunes gargons, qui fut ſuivie d'une autre danſe de ſix vieillards avec ſixpetites filles; bizarrerie que je ne trouvai pas ſans agrément. Enſuite, onjoua pluſieurs Comédies(i), qui furent repréſentées avec un appareil ſi
riche(&) Pag. 817.„ les,& qu'il commanderoit à la Mer qu'el-(P) Ibidem.„ le jettàt incontinent le poiſfon ſur le riva-
(i) L'Auteur, ayant été fort attentif à la„ ge, qu’iil leur livreroit mort entre lespremière Comédie, en conſerva le ſujet„ mains. Alors vinrent ſur le théàtre, pardans ſa mémoire,& le rapporte comme un„ manièere d'intermède, ſix petits enfanseſfai du goüt des Indiens.„ Elle fut jouée,„ ailés, avec des couronnes d'or ſur la téte,dit il, par douze femmes grandement bel-„ de méme fagon que nous avons accoutu-„ les. Parut ſur le théatre un grand monſ.„ mé de peindre les Anges,& tout nuds„tre de Mer, tenant en ſa gueule la fille„ par le corps, qui s'étant mis à genoux„d'un Roi, qu'il engloutit publiquement:„ devant elles leur donnêrent trois harpesce que voyant les douze femmes, les lar-„& trois violes,& leur dirent que Quiay-mes leur en vinrent aux yeux,& s'en„ Patureu leur envoyoit du Ciel de la Luneallérent en diligence en un Hermitage„ ces inſtrumens, afin de s'en fervir à en-qui étoit au pied d'une montagne, d'ou„ dormir le poiſſon de la Mer. Ces douzeelles retournèrent avec l'Hermite, lequel„ femmes prirent incontinent ces inſtru-faiſoit à ſa mode de grandes priéres à„ mens avec de grandes cérémonies,&
uiay- Patureu, Dieu de la Mer, à ce„ commencèrent d'en jouer avec un ton ſiquil eüt à jetter ce monſtre en la plage,„ lamentable& ſi triſte& une ſi grande a-afin d'enſevelir cette Demoiſelle ſelon„ bondance de larmes, que quelques Sei-que ſa qualité ſe requeroit. II lui fut ré-„ gneurs de ceux qui étoient dans ſa Cham-pondu par le Dieu, que les douze femmes„ bre en répandirent auſſi. La-deſſus, com-qui étoient-là euſſent à changer leurs gé-„me elles eurent continué leur mufique en-,miſſemens& leurs plaintes en concerts de„ viron un demi quart d'heure, elles virentmuſique, qui fuſſent agréables à ſes oreil-„ ſortir, de deſſous la Mer, le poiſſon qui
Mmm 2„ avoit
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9 m
Comédie,jouée devantle Calamin-ham& l'Am-baſſadeur.