AUXIINDES ORIENTALES, Lrv. II. 461
d'etendue à mes obſervations, que je veux les reſſerrer dans les bofnes demes lumieres..
LE Royaume de Pegu, qui n'a pas plus de cent quarante lieues de cir-cuit, eſt environné par le haut(m), d'une grande chaine de montagnes,nommées Pangacirau, qui ſont habitées par la Nation des Bramas, dont lePays a quatre-vingt lieues de largeur ſur environ deux cens de longueur.C'eſt au-delà de ces montagnes, qu'il s'eſt formé deux grandes Monarchies;celle du Siamon,& celle du Calaminham. On donne aà la ſeconde plus detrois cens lieues, dans les deux dimenſions de la longueur& de la largeur;& Pon prétend qu'elle étoit anciennement compoſée de vingt-ſept Royau-mes, dont tous les Habitans n'avoient qu'un même langage. Nous y vi-mes pluſieurs belles Villes trées-peuplées,& le Pays nous parut extrêème-ment fertile. La Capitale, qui eſt la réſidence ordinaire du Calaminham,porte aux Indes le nom de Timplam. Elle eſt ſituée ſur une grande Riviè-re, nommée Pituy. Ses fortifications conſiſtent dans un foſſé très-large,qui baigne le pied d'un mur de pierre de taille, avec un chäteau& de hau-tes tours à chaque porte. Quelques Marchands nous aſſurèrent que le nom-bre des maiſons eſt d'environ quatre cens mille, mais la plüpart d'un ou dedeux étages; quoique fort bien bàties, ſur-tout celles de la Nobleſſe&des Marchands. Celles des Seigneurs ſont ſéparées par de vaſtes enclos,qui contiennent des jardins, des vergers, de grands étangs,& tout ce quipeut ſervir aux délices de la vie. On comptoit dans la Ville& dans leslieux voiſins, à la diſtance d'une lieue, deux mille ſix cens Pagodes, dontquelques- unes ſont riches& ſomptueuſes. Les autres, à la vérité, ne ſontque de petites maiſons ou des hermitages. On ꝙ diſtingue juſqu'à vingt-quatre fortes de Préêtres, qui ſont attachés à différentes Doctrines, fur-tout dans les ſacrifices& les cérémonies(n).
LE Commerce eſt conſidérable, à Timplam,& s'exerce avec beaucoupde liberté pendant les foires. Elles attirent quantité d'Etrangers, qui ap-portent leurs richeſſes en échange pour celles du Pays;& cette communi-cation y fait trouver toutes fortes de marchandiſes. On n'y voit point demonnoye d'or ni dargent. Tout ſe vend ou s'achéte au poids des Catis,des Taels, des Mazes& des Conderins().
LàA Cour eſt faſtueuſe. La Nobleſſe, qui eſt riche& polie, ſe faithonneur de contribuer par ſa dépenſe à la grandeur du Monarque. On yvoit toüjours pluſieurs Capitaines étrangers, que le Calaminham s'’attachepar de groſſes penſions. II n'a jamais moins de ſoixante mille chevaux&de dix mille éléphans autour de ſa perſonne. Les vingt-ſept Royaumes,dont'Etat eſt compoſé, contiennent chacun vingt-ſix Provinces ou Gou-vernemens, qui ſont gardés par un prodigieux nombre d'autres troupes,diviſées en ſept cens Compagnies, dont chacune doit étre formée, ſui-
vant
(mn) Pag. 840. L'Auteur le met à ſeilze eſt trois& um: d'où l'on peut conclure que
degrés du Sud. ces Peuples ont eu quelque connoiſſance du(n) Lorſqu’'ils éternuent, dit'Auteur, Chriſtianiſme. Pag. 835.üls font le ſigne de la croix comme nous, eun(°) Pag. 833.
diſant dans leur langue, le Dieu de la veritéMmm 3
MENDIEZPINTo.Idée des
Etats du Ca-laminham.
Commercede Fimplan.
Forces&revenus duCalaminham,