DANS LEMPIRE DUJAPON, Lrv. IV. 33
rent les Ancêtres de cette puiſſante Nation qui les habite aujourd'hui. LesOrientaux racontent encore qu'un Empereur de la Chine, regrettant que lavie humaine ſoit ſi courte, entreprit de trouver quelque remede qui püt legarantir de la mort;& qu'il employa d'habiles gens, à cette recher-che, dans toutes les Parties du Monde: qu'un de ſes Médecins, las devivre ſous un Maftre qui ſe faiſoit déteſter par ſa barbarie, profita fortadroitement de Foccaſion, pour s'en délivrer: il fe prétendit bien infor-mé que le remêde, dont il étoit queſtion, ſe trouvoit dans les Iſles voiſi-nes; mais qu'il conſiſtoit dans quelques plantes d'une organiſation ſi ten-dre, que, pour conſerver toute leur vertu, elles demandoient d'être cueil-lies par des mains pures& délicates. L. Empereur ne fit pas difficultéde lui accorder trois cens jeunes hommes& autant de jeunes filles, furleſquels il lui remit toute ſon autorité;& cet habile Impoſteur s'enſervit heureuſement pour s'Stablir dans les IHles du Japon,& pour lespeupler(*).
KEMPFER allégue, contre la premiere de ces deux hiſtoires, le ſilen-ce des Hiſtoriens de la Chine& du Japon;& la différence qu'on remar-que entre les deux Nations, dans les points les plus eſſentiels, tels que laLangue, la Religion, le Caractére& les Uſages(†). II croit que la ſe-conde eſt la plus vraye. Les Japonois, dit-il, ne Ia deſavouent point. Aucontraire ils montrent, ſur leurs Côtes Méridionales, l'endroit où les Chi-nois aborderent, le Canton dans lequel ils établirent leur Colonie,& lesreſtes d'un Temple qui fut élevé à la mémoire de leur Chef, pour avoirapporté, au Japon, les Sciences, les Arts& la Politeſſe de la Chine:mais ils prouvent fort bien, par la Chronologie de leurs proprêès Monar-ques, que l'Empereur Chinois, au règne duquel on rapporte cet événement,régnoit quatre cens cinquante-trois ans après Syn-Mu, premier Monarque duJapon(&);& par conſéquent, que leurs Iſles étoient déja peuplées.
APREs quantité d'obſervations, le méme Auteur eſt porté à conclure,que la Langue Japonoiſe n'ayant aucune reſſemblance avec celle des autresPeuples de]'Orient,& paroifſant d'une pureté ſans mélange, c'eſt peut-Streune de ces Langues premières, que la Providence infuſa, dit-il„ dans l'eſ--prit& la mémoire de ceux qui avoient entrepris de bätir la Tour de Babel;X que les premiers Japonois étoient du nombre de ces téméraires Architec-tes. Il va juſqu'à tracer la route qu'ils doivent avoir ſuivie„ pour arriveraux Ifles du Japon(b). Mais, dans cette ſuppoſition même, il reconnottque Pextréme différence, qu'on remarque pour la figure& le caractère,entre les Habitans Japonois de pluſieurs Provinces(i), doit faire juger quedifférentes Nations ont contribué à peupler ces ITles, ſoit par des Colo-nies envoyces exprés, ſoit par des naufrages, qui peuvent avoir été fré-
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quens(2) Pàg. 129. ſans vraiſemblance.(†) Linſchoten donmne ences mè-(g) Deux cens neuf ans avant la Naiſſan-mes pour une preuve de de Phif- ce de jeſus-Chriſt.roire, parcequ'il les croit affectées, par les(5b) Kampfer, ubi ſuprà, pag. 139&
Japonois, pour déguiſer micux une oörigine ſuiv.dont ils ont bleſſés. Mais ce rafinement eſt(i) Ibid. pag. 151.
Tt 3
DeschRIPrIoNDU JApox.Autre tra-dition
Objectionzqui les dé-truiſent.
Conjecturesde Kæmpfer