DANS LEMPIRE DU JAPON, Lrv. IV. 361
remèdes; mais on ne s'accommoderoit point de leur méthode en Europe.IIs ne tirent jamais de ſang aux Malades. IIs ne leur donnent rien à man-ger qui ſoit cuit, parcequ ils ſuppoſent qu'un eſtomac affoibli ne peut riendigerer qui ne ſoit dans ſon état naturel. IIs ne leur refuſent rien dece quw'ils demandent, dans l'opinion que la Nature, toüjours fage, mal-gré les deſordres des humeurs, ne deſire rien qui puiſſe lui nuire.Leur plus grande attention eſt à prévenir les maladies, par Puſage fréquentdu bain.
CEEEE qui paſſe pour la plus commune au Japon, eſt une eſpéèce decolique, particuliere à cet Empire. Les Etrangers n'y ſont pas moins fu-jets, lorſqu'ils commencent à boire du Saki, liqueur du Pays, qui a la conſi-ſtence du vin dEſpagne,& qui ſe fait avec du riz. Quelques ſymptêòmesde cette maladie reſſemblent beaucoup à ceux de la Palfion biſterique. Ellemet ſouvent le Malade dans la crainte d'étre ſuffoque. Toute la régiondu bas-ventre, depuis les aines juſqu'aux côtes, eſt cruellement tiraillée;& quelquefois, après de longues douleurs, il ſurvient des tumeurs dange-reufes en divers endroits du corps, fur-tout aux teſticules& aux fondemens.La méthode, qu'on employe communément, pour la guériſon du mal, n'eſtpas moins ſingulieére que le mal même. On ſe ſert de petites aiguilles d'orHu d'argent fort pur, qu'on enfonce dans la chair, de la profondeur d'undemi pouce; les unes avec un petit marteau,& d'autres en les tournantcomme des vis. Cette opération ſe fait ſur le ventre, à la région du foye,& demande neuf trous en trois rangs, à la diſtance d'un demi pouce l'unde'autre. Kæmpfer, qui s'étend beaucoup ſur les circonſtances de la ponc-tion(½), rend témoignage que les douleurs ceſfent preſqu' auſſi- têôt, com-me ſi c'ctoit, dit-il, par enchantement. L'art de donner aux aiguilles la trem-pe& le degré de dureté qui conviennent, eſt connu de peu de perſonnes,& fait une profeſſion particuliére, qui ne peut êétre exercée qu'avec desLettres Patentes de l'Empereur.
LEs Japonois ont, pour la même maladie,& pour quantité d'autres, uncauſtique, dont ils font remonter l'origine à la plus haute antiquité. II n'eſtpas moins eſtimé des Chinois,& de toutes les Nations qui ſont en commer-ce avec eux. L'uſage en eſt ſi froquent, que'application s'en faiſant d'or-dinaire le long de'épine du dos& des deux côtés, juſqu'aux reins, il n'ya perſonne, au Japon, qui n'ait le dos cicatriſé, comme s'iil avoit été fouet-té cruellement. Ce cauſtique ſe nomme Mozxa(12). Ceſt un duvet doux,aſſez ſemblable à Ja filaſſe du lin, d'un gris cendré, qui prend feu aiſément,quoiqu'il brüle avec lenteur,& qui donne une chaleur moderée. II ſe faitde feuilles ſéchées de l'armoiſe ordinaire à grandes feuilles, qu'on arrachedans la jeuneſſe de la plante,& qu'on expoſe long-tems au grand air. Sabrülure ſe fait à peine ſentir. Elle paſſe pour un remèede ſi certain,& pourun préſervatif ſi puiſſant, que toute la Nation Japonoiſe étant perſuadéede fa vertu, on accorde, aux Malheureux mêmes qui ſont condamnés à
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(+) Dans l'Appendice ou le Supplémeut à l'-Hiſtoire du Japon, Tome III. pag. 264& ſuiv.(1) Ibidem, pag. 282& ſuiv.
XIIV. Part. 22
DrscarprronDU JAroN.
Coliquearticulièreau Japon.
Aiguillesd'or qu'onemploye pourla gucrir.
Fameuxcauſtique,nommMoxa.
De quoi ileſt compoſẽ.