DANS LEMPIRE DU JAPON, Lrv. IV. 363
cheval à droite, par Ia raiſon que dans une action ſi noble il ne faut pointappuyer fur le pied gauche; ſe revêtir de ſes habits de cérémonie dans lamaifon,& les quitter quand on en ſort,&c. Ce ſont de purs uſa-ges, qui n'ont aucun rapport à la maniére de penfer,& qui en ont„ encore moöins aux ſentimens du cœur, d'où réſulte le véritable carac-„ tère(m)*.
LHoNxEUR eſt le principe ſur lequel roulent tous les mouvemens desJaponois. De-là naiſſent la plüpart de leurs vertus& de leurs défauts. IIsſont ouverts, droits, bons amis, fidéeles juſqu'au prodige, officieux, géné-reux, prévenans, ſans attachement pour les richeſſes; ce qui leur fait re-garder le Commerce comme une profeſſion vile: auſſi n'y a-t'il point dePeuple policé, qui ſoit généralement plus pauvre, mais de cette pauvreté,que produit'indépendance, que la vertu rend reſpectable,& qui éleva ſifort les premiers Romains au-deſſus des autres hommes. On ne trouve,chez le commun des Japonois, que le pur néceſſaire; mais tout y eſt d'unepropreté charmante,& leur viſage reſpire un contentement parfait& unſouverain mépris du ſuperflu. Toutes les richeſſes de ce puiſſant Etat ſontentre les mains des Princes& des Grands, qui ſçavent s'en faire honneur.La magnificence ne va nulle part plus loin;&''Hiſtoire des plus opulentesMonarchies n'offre rien, en ce genre, qui ſoit au-deſſus de ce qu'on voitau Japon. Ce qu'il y a de plus merveilleux, c'eſt que le Peuple n'en con-Coit pas d'envie. S'il arrive même qulun Seigneur, par quelque accidentfuneſte, ou pour s'etre attiré la diſgrace du Prince, tombe dans l'indigen-ce, il n'eſt ni moins fier, ni moins reſpecté que dans ſa plus brillante fortu-ne;& la miſère ne le portera point à ſe meſallier. Le point d'honneureſt également vif dans toutes les conditions. Un homme de la lie du Peu-ple s offence de quelque terme un peu moins meſuré, de la part même q'unSeigneur,& ſe croit en droit de faire éclater ſon reſſentiment; d'ouù il arri-ve que chacun eſt fur ſes gardes,& que le reſpect eſt mutuel dans toutesles conditions. Il en eſt de meme de la grandeur d'ame, de la force d'eſ-prit, de la nobleſſe des ſentimens, du zeſe pour la Patrie, du mépris de lavie,& d'une certaine audace que tout Japonois porte marquée fur ſon vi-ſage,& qui l'excite à tout entreprendre(n).
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LES
(m) Hiſtoire du Japon. Tome I. pag. 125& ſuiv.
(n) LAuteur en cite des exemples. UnGentilhomme du Fingo avoit une femme d'u-ne beauté rare. L'Empereur le ſcut,& luifit Oter la vie. Quelques jours apres, il ſefit amener ſa veuve,& voulut l'obliger dedemeurer au Palais. Elle parut ſenſible à cethonneur; mais elle demanda trente jours,pour pleurer ſon mari,& la permiſſion derégaler ſes parens. L'Empereur y conſentit,& voulut être du feſtin. En ſortant de table,la Dame'approcha d'un balcon;& feignantde sy appuyer, elle ſe précipita d'un forthaut étage ou la fête s'etoit célebrée.— Un
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Seigneur devint gperdment amoureux d'unefille, qu'il avoit enlevée à la veuve d'un Sol-dat. La mere, apprenant la fortune de ſafille, lui&crivit pour obtenir d'elle quelqueſecours dans ſa miſére. Cet écrit fut décou-vert entre les mains de la fille, par le Sei-gneur, qui voulut abſolument le lire. Dansla néceſſiré de découvrir la honte de ſa mè-re, elle prit le parti d'avaller le billet, maisavec tant de précipitation, qu'elle en fut&-touffée. Un mouvement de jalouſie porta leSeigneur à lui faire ouvrir lje goſier. II futinſtruir;& dans ſa douleur, il ne trouvapoint d'autre ſoulagement que de faire venirla mere, qu'il entretint dans'abondance juſ-qu³
DEgschrIONDU JAPoON.
Qualitéscommunes auJapon.
Grandeurd'ame répan-due dans tou-tes les condi-tions.