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Tome quatorzième.
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DANS LEMPIRE DU JAPON, Lrv. IV. 365

II traite en public avec lui, il en parle bien, il lui rend ſervice; mais ilne perd pas un moment de vũe la réſolution de s'en vanger. Si l'occaſionlui manque, la dette paſſe à ſon fils;& toutes ces précautions ne regar-dent que la fuͤreté de la vengeance, car elle s'exerce toũjours noblement.Jamais le Japonois n'eſt plus à craindre que lorſqu'’il eſt tranquille& deſang froid.

IL s'eſtime infiniment,& ſon mépris eſt ſouverain pour les Etrangers;non-ſeulement par l'idée qu'il a de ſa Nation, mais parcequ'il n'a be-ſoin de perſonne& qu’il ne craint rien, pas même la mort, qu'il ſem-ble regarder avec une gayeté féroce,& qu'il ſe donne volontairementpour le plus leger ſujet. Le peu de cas qu’'il fait de ſa propre vie le rendCruel à I'égard des autres, ſans en excepter ſes proches; dur& inhumainpour les foibles& les infirmes; leger& inconſtant par caprice& par mépris.On l'a nommé, avec aſſez de raiſon, l'Anglois de' Aſie.

LE commerce de la vie eſt fort aiſé au japon. Les manières des Japo-nois, leur tour d'eſprit, un certain air libre& naturel les rendent propresà la ſociété,& les rapprochent beaucoup des Nations les plus polies deTEurope.-Kæmpfer attribue, à la conformité de mœurs& de caractère,les progrès ſurprenans que les Portugais firent d'abord dans cet Empire,pour l'avantage de leur Commerce. II fait conſiſter cette reſſemblance dansbeaucoup d'affabilité,& dans un mélange agréable de gravité& d'enjo0-ment. D'ailleurs on voit, dans les Lettres des premiers Miſſionnaires duJapon, que la manière dont ils étoient regus des Grands& des Petits n'a-voit rien d'étranger ni de gêné.

ENFIN, pour dernier trait, leur Hiſtorien joint la bonté du naturel à lanobleſſe& à'élevation de leur cœur. Les Seigneurs, les Pêres& les Ma-ris ont droit de vie& de mort ſur leurs Vaſſaux, leurs Femmes& leursEnfans. II n'en eſt pas tout-à- fait de méme pour leurs Domeſtiques. A lavérité, comme les Mattres répondent des fautes de ceux qui les ſervent,ils ont ſur eux tant d'autorité, que s'’ils les tuent dans un premier mouve-ment de colére, il leur ſuffit, pour être abſous, de prouver la juſtice de leuremportement. Cependant c'eſt bien moins la crainte que l'amour, qui re-tient chacun dans le devoir. Les ſentimens du cœur, dans ces Inſulaires,ſont tout à la fois ſi nobles& ſi tendres, que Saint François Navier n'enparloit qu'avec admiration.„ je ne ſgaurois finir, dit-il dans une de ſes„ Lettres, lorſque je parle des Japonois, qui ſont véritablement les délices„ de mon cœur.“ Ses Succeſſeurs ont tenu le même langage. Un de cesanciens Apôtres nous apprend, que les nouveaux Chrétiens egtoient extréme-ment ſenſibles aux moindres témoignages d'amitié; que les plus pauvres,après avoir travaillé pour eux tout un jour, étoient tranſportés de joyes'ils les voyoient contens; qu'au contraire ils étoient affligés des plus ſim-ples marques de froideur& d'indifférence; enfin, que de legers offices, ren-dus à des Particuliers, attiroient ſouvent, aux Miſſionnaires, des remerci-mens de la part même des Magiſtrats Payens. On ajoüte qu'un ſi beau fonds'enrichit encore par l'excellence de la culture. Le ſoin des pêres& desmeéres pour l'éducation de leurs enfans,& P'exactitude des Pretres pourinſtruire les Peuples des principes de la Religion& de la Morale, ne peuvent

DescairrroyDU JAPor.

Commercede la vie.

Bonté denaturel desJaponois.