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Tome quatorzième.
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370
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Ornemensdes ſalles de

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Meublesd'amuſement.

Jardins Ja-ponois,&leurs ſingula-rités.

370 VvOYAGE DE KEMPFER

le reſte de'Aſie, eſt de s'aſſeoir à terre;&, pour menager les nattes, onquitte, en entrant dans la maiſon, les ſandales, qui ſont la chauſſure du Pays.Ces méêmes nattes ſervent de lit pour le ſommeil, avec une machine de boisqui tient lieu- d'oreiller. Mais les perſonnes aiſées y étendent un riche tapis.Loreiller eſt un petit coffre, de forme à-peu-près cubique, compoſé de ſixpetits ais, joints fort proprement& verniſſés. La plüpart des autres uſten-ciles ſont d'un bois mince, revéètu d'un vernis épais, dont la couleur eſt unrouge foncé. Les fenêetres ſont de papier, avec des volets de bois en de-dans& en dehors; mais on ne les ferme que la nuit,& jamais ils ne pa-roiſſent pendant le jour. Leur unique uſage eſt de fermer la maiſon, ducôté de la cour& de la galerie.

La falle, oùu Fon regoit compagnie, a to0jours une grande armoire vis-à-vis la porte;& c'eſt contre cette armoire, qu'on place les perſonnes donton regoit la viſite. A côté eſt un buffet, ſur lequel on met quelques Livresqui traitent de Religion. L.a porte eſt accompagnée d'un balcon, par le-quel, ſans ſe lever du lieu oùú Fon eſt aſſis, la v0e donne ſur la campagne,ou ſur la rue, ou fur le jardin. Comme les cheminées ne ſont pas en uſageau Japon, on ménage, ſous le plancher des plus grandes chambres, un trouquarré& muré, qu'on remplit de charbons allumés, ou de cendre chaude,& qui donne une chaleur ſufffſante. Quelquefois on met, ſur ce foyer, unetable baſſe, qu'on couvre d'un tapis, ſur lequel on ſe tient aſſis dans legrand froid. Si la chambre n'a point de foyer, on y ſupplée par des potsde cuivre& de terre, qui produifene le mêeme effet. Au- lien de pincettes,on ſe fert de barres de fer pour attiſer le feu, avec autant d'adreſſe qu'on uſede deux petits bàtons pour manger.

DAns les maifons des Grands, ou des perſonnes fort riches,& dans lesgrandes hötelleries, on trouve quantité de choſes curieuſes, qui ſervent d'a-muſement. Ceſt premiérement un grand papier, bordé d'un cadre de bro-derie fort riche, qui contient la figure d'une Divinité, oude quelque per-ſonne renommée par ſa vertu. Le pinceau en paroit groſſier; mais lestraits en font hardis,& ſi fideles, qu'on eſt frappé de la reſſemblance. Quel-quefois, au lieu d'un Portrait, on ſe contente de tracer, ſur le papier, uneSentence Morale de quelque fameux Philofophe, ou d'un Poëte céléebre. Onvoit, d'un autre cêté, des peintures qui repréfentent de vieux Chinois engroteſque, des arbres, des payſages. On voit des pots de fleurs, qu'on aſoin de changer, ſuivant Ila faiſon,& d'entrelaſſer de branches, avec unart& un godt furprenant; des caſſolettes de cuivre, jettées en moule, dansa forme Tune grue, d'un lion, ou de quelque autre animal,& toſijoursd'un travail exquis; des piêces d'un bois rare, dont les veines& les couleursſe font admirer par leur diſpoſition, ſoit qu'elles ſoyent Touvrage de la Na-ture ou de PArt; des toilettes de rezeau, ou des étoffes à ramage, parfaite-ment travaillées, ſemblables à celles dont on orne les balcons, les fenêtres,le haut des portes& les paravents; enfin de la vaiſſelle, des porcelaines,& d'autres uſtenciles, rangés en fort bel ordre.

MaAls ce qu'on trouve de plus curieux dans les grandes maiſons, c'eſt lejardin, avec ſes ornemens. Tous les Voyageurs conviennent qu'on ne ſelaſſe point d'en admirer la magnificence& le goüt. II occupe tout Feſpa-

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