DANS LEMPIRE DU JAPON, Lrv. IV. 389
fait effacé de l'eſprit des Japonois, pour faire une tentative à la Cour deJedo;& dés l'année 1640, c'eſt-à-dire, Pannée d'après celle de leur ex-pulſion, il envoya deux Ambaſſadeurs à Empereur, avec un cortége defoixante-treize perſonnes. Le droit des gens, qu'il croyoit reſpecté de tou-tes les Nations, n'empécha point que ces deux Miniſtres ne fuſſent arrêtésà Nangaſaki, avec toutes les perſonnes de leurs ſuite;& quoiqu'ils n'euſ-ſent point de marchandiſes à bord, qui puſſent les faire accuſer d'ètre ve-nus pour le Commerce, un ordre de Empereur les condamna tous au der-nier ſupplice, ſans autre exception que douze Domeſtiques, du dernier rang,qui furent renvoyés à Macao, pour porter une ſi ſanglante nouvelle à leursCompatriotes, avec la ridicule commiſſion de les aſſurer, que, ſi le Roi dePortugal, ou le Dieu même des Chrétiens, oſoient mettre le pied dansTEmpire Japonois, ils y recevroient le même traitement. Ces douze hom-mes n'arrivêrent point à Macao,& l'on n’a jamais appris ce qu'ils étoientdevenus. II eſt aſſez vraiſemblable que, manquant d habileté dans la Mari-ne, ils périrent avec le Bàtiment qui les portoit. Les Malheureux, qui fuü-rent exécutés, avoient, ſuivant'uſage du Pays, chacun ſon Bourreau à
leur cêté; de-ſorte qu'au premier ſigne, toutes leurs tétes furent abbatues
dans un inſtant.
UNE Hiſtoire Japonoiſe raconte un autre événement tragique, qui ar-riva, peu de mois auparavant, à un grand Navire Eſpagnol des Philippi-nes. Les Caſtillans(c'eſt le nom que les Japonois donnoient à touss lesEſpagnols) avoient pris une Jonque du Japon, prêès de Manille,& F'a-voient coulée à fond, dans l'eſpérance d'éteindre la connoiſſance d'une ac-tion ſi barbare. Cependant elle parvint aux Japonois. Bien-têt un Vaiſ-ſeau Eſpagnol, à trois ponts, jetta l'ancre au Port de Nangaſaki. LesGouverneurs employèrent la diſſimulation; mais ce fut pour ſe donner letems d'informer la Cour. Auſſi-tôt le Prince d'Arima regut ordre de fairepérir le Bätiment, par les flammes, avec tout PEquipage& les marchan-diſes. Il ſe trouva, dans la Ville, quelques perſonnes mieux intention-nées, qui avertirent ſécrétement les Eſpagnols: mais l'avidité du gain leurfit d'abord négliger cette information,& leur perſuada que, s'ils étoientattaqués, leur Navire étoit en état de ſe défendre. IIs travailléèrent nuit& jour à le charger d'or, d'argent,& de marchandiſes précieuſes. En-ſuite, lorſqu'ouvrant les yeux für le danger, avec une double inquiétudepour eux-mêémes& pour leurs richeſſes, ils ſe diſpoſerent à partir, unvent contraire les arréta. Leurs Ennemis, qui avoient profité de cet in-tervalle pour exécuter les ordres de l'Empereur, arrivêèrent dans un grandnombre de Barques. Le Vaiſſeau Eſpagnol fut inveſti;& tous ceux quile montoient ſe virent réduits, pour unique reſſource, à vendre chere-ment leur vie. En effet, les Japonois apprirent, dans cette occaſion, àreſpecter la valeur des Européens. Le Prince d'Arima, comptant ſur unevictoire aiſée, encouragea d'abord ſes Soldats par eſpoir du butin; mais,lorſqu'il les vit effrayés d'une réſiſtance, à laquelle ils ne s'étoient pas at-tendus, il ſauta le premier à bord du Navire. Son exemple entratna un ſigrand nombre de Soldats apreés lui, que le tillac en fut couvert. LesEſpagnols ſe retirérent ſous le pont, avec le ſoin de fermer leurs écoutilles.
Cee Cet-
DEschmTIDuU JAPoR.
Leurs Am-baſſadeurs yſont condam-nés au ſup-plice.
Hiſtoiretragique d'unVaiſſfeauEſpagnol, auPort de Nan-gaſaki.