OU DE LANOUVELLE ESPAGNE, Lrv. II.
nom qu'aux Montagnes qui la ſéparoient de Chiapa, il n'y avoit aucunn Oratoire. Lesles
Temple public; mais chaque Maiſon avoit ſon Dieu&Monaſtêères y étoient en fort grand nombre;& cétoit d'eux, comme desſources de la Religion, que chaque Famille Fecevoit la Divinité qu'elldevoit adorer. La Loi de''héritage étoit en faveur des Ainés; mais elleles obligeoit d'entrer dans un Monaſtèͤre 1 rter l'habit Religieuxpendant Peſpace d'un an. Les Ainés des memes n'étoient pasdiſpenſés de cet uſage. Le jour qu'ils ch m pour Fobſerver, lesprincipaux Habitans de leur Canton venois prendre en proceſſion ſo-lemnelle, au bruit de tous les inſtrumens de leur muſique. En approchantdu Monaſtére, ils étoient dépouillés de leurs habits par les Prêtres, qui lesrevétoient de haillons, oints de gomme. On leur donnoit une lancette decaillou, pour ſe tirer du ſang. On leur frottoit le viſage, eſtomac&les Spaules, de feuilles venimeuſes, qui groient comme le ſceau de leurconſécration; parce qu'on ſuppoſoit qu'elles ne permettoient plus de tou-cher à ces parties ſans danger. Ils entroient alors dans le Monaſteère, oùils étoient formés à l'abſtinence, ſoumis à toutes ſortes de travaux,& cha-tiés rigoureuſement pour les moindres fautes. A la fin de l'année, leursParens& leurs Amis venoient les reprendre, avec la même pompe. Quatrejeunes Filles les lavoient dans une eau parfamée, pour leur üter la noir-ceur de réſine qu'ils avoient contractée au ſervice des Autels,& fur-toutjuſqu'aux moindres traces du poiſon des feuilles. Ceux qui attendoient lamort de leur Pêre, pour commencer leur épreuve, n'y étoient pas moinsobligés avant que de recueillir ſa ſucceſſion(X). Lorſqu'un Cacique étoitattaqué d'une maladie mortelle, tous les Monaſtères de ſon Domaine fai-ſoient des Sacrifices, des Pelerinages& des Vœux pour ſa guériſon. LesFétes étoient magnifiques après ſon rétabliſſement. Mais s'll mouroit, oncontinuoit de lui parler, comme s'il ent été vivant;& dans'intervalle onmettoit devant lui un Eſclave vêtu de tous les ornemens des Caciques, quirecevoit, pendant le reſte du jour, les honneurs das à cette dignité. Qua-tre Préetres enlevoient le Cadavre vers minuit,& alloient l'enterrer qansles Bois ou dans une Cave. A leur retour,'Eſclave qui repréſentoit leMort étoit étouff6. On P'enſeveliſſoit, avec un maſque au viſage& lemanteau de la dignité dont il avoit porté les apparences. II 6toit enterrédans cet érat, avec ceux qui avoient joué le même rôle avant lui, maidans une fépulture creuſe, ſur laquelle on ne mettoit aucune terre. Tousjes ans on faiſoit une Fêéte à Thonneur du dernier Cacique; mais c'étoitſa naiſſance qu'on célébroit,& jamais on ne parloit du jour de ſa mort. LesPeuples de la même Province avoient treize langages différens(2). Onattribue cette étrange variété à la diſpoſition du Pays, qui étant rempli deMontagnes fort hautes, rendoit le commerce fort difficile d'un Canton àFautre. Les Eſpagnols y ont trouvé des caverues& des labyrinthes, deplus d'une lieue de longueur, avec des grandes places,& des fontainesd'excellente cau. Dans la partie des Montagnes qui ſe nomment aujqpur-d'hui Saint-Antoine, les Indiens n'habitoient que des antres, de dix du
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