OU DE LA NOUVELELE ESPAGNE, L v. 11. 593
& les Eſpagnols, qui s'y ſont gtablis, font venir à grands fraix celle d'uneſource vive de la Montagne de Tlaſcala, par un canal qui la conduit juſ-qu'au milieu de leur Place. Malgré cette ſtérilité d'eau, le Pays des Tepea-ques eſt rempli d'excellens pàturages. Quoique leur Nation eũt adopté unepartie des ufages du Mexique, on y remarque plus d'eſprit& de politeſſeque dans la plüpart de leurs Voiſins. Ils adoroient, ſous le nom de Ca-matzleque, une Idole de figure humaine, armée d'un arc& d'une fléche;mais ils n'en reconnoiſſoient pas moins un Dieu ſupréème, Créateur de'U-nivers. Les Eclairs, la Foudre& tous les Météores paſſoient entr'euxpour des Eſprits deſcendus du Ciel, qui venoient obſerver Ja conquite desHommes, punir quelquefois les crimes,& veiller à la conſervation duMonde. L'éducation des Enfans& le bon ordre de la Police faiſoientleur principal ſoin. IIs étoient gouvernés, au nom de leurs Caciques, parquatre Juges, qui tenoient leur ſiege dans une grande Salle, où non-feu-lement les cauſes étoient vuidées ſur le champ, mais où les Sentences demort sexécutoient à leurs yeux. Les crimes capitaux étoient lhomicide,vadultere, le vol& le menſonge, parce qu'ils étoient regardés comme lesplus nuiſibles à. la Société().
LEs Tlaſcalans, dont on a tant de fois vanté le courage& la fidélité,n'avoient pris des Mexiquains que l'horrible uſage de ſacrifier leurs Enne-mis& d'en manger la chair. II paroit meme qu'ils ne s'y étoient accoutu-més que par repréſailles, pour rendre à ces cruels Ennemis le traitementqu'ils ne ceſſoient pas d'en recevoir. On a vu que l'amour de la libertéavoit donné naiſfance à leur République,& que Ia valeur& la juſtice enétoient comme le ſoutien. Les Relations Eſpagnoles s'étendent beaucoupſur leur caractére. IIs vouloient être élevés& corrigés par amour. IIsmangeoient peu,& leurs alimens étoient legers. La plüpart étoient in-duſtrieux,& capables d'apprendre ou d'imiter tout ce qu'on leur montroit.IIs puniſſoient de mort le menſonge, dans un Sujet de la République; maisils le pardonnoient aux Etrangers, comme s'’ils ne les euſſent pas crus ca-pables de la méême perfection qu'un Tlaſcalan. Auſſi tous leurs Traitéspublics sexécutoient-ils de bonne foi. La franchiſe ne réegnoit pas moinsdans leur Commerce.é C'etoit un ſujet d'opprobre, entre leurs Marchands,que d'emprunter de l'argent ou des marchandiſes, parce que l'emprunt ex-poſe toüjours à impuiſſance de rendre. IIls cheriſſoient les Vieillards. Ilschatioient rigoureuſement adultere& le larcin. Les jeunes Seigneurs,qui manquoient de reſpect& de ſoumiſſion pour leurs Pêres, étoient étran-glés par un ordre ſecret du Senat, comme des monſtres naiſſans, qui pou-voient devenir pernicieux à''Etat, lorſqu'ils ſeroient appellés à le gouver-ner. Ceux qui nuiſoient au Public, par quelque déſordre qui ne méritoitpas la mort, Stoient relegués aux Frontiêéres, avec défenſe de rentrer dansPintérieur du Pays;& ctoit le plus honteux de tous les chaàtimens, parcequ'il ſuppoſoit des vices dont on craignoit la contagion. On faiſoit mou-rir, avec les Trattres, tous leurs Parens juſqu'au ſeptieéme dégré; dans P'i-dée qu'un crime ſi noir ne Pouvoit venir à Peſprit de perſonne, s'il n'y étoit
porté(°) mid. Déc. 2. Chap. 21.XVIIII. Part. Ffff.
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DE LA Nov-
vELLE EsPpAà-. GNE.
Tlaſcalans.Vertus& Vi-ces de leurRépublique.