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DE LA Nov-
VELLE EsrPäA-GNE.
594 DESCRIPTION.DU MEXIQOUE,
porté par P'inclination du ſang. Les déſordres ſenſuels, qui bleſſent la na-
ture, étoient punis de mort, comme autant d'’obſtacles à la propagation
des Citoyens, dans le nombre deſquels la République faiſoit conſiſter tou-tes ſes forces. Entre mille ſujets de haine, les Tlaſcalans reprochoientaux Mexiquains d'avoir infecté leur Nation de ce déteſtable goüt. L ivro-gnerie étoit ſi rigoureuſement défendue, qu'il n'toit permis de boire desliqueurs fortes, qu'aux Vieillards, qui avoient épuiſé leurs forces dans laprofeſſion des Armes. Le Territoire de la République ne produiſant pointde ſel, ni de coton, ni de cacao, ni d'or& d'’argent, il n'y avoit pointd'excès, ou de luxé à craindre, dans la bonne chere& dans les habits:cependant les Loix y avoient pourvu, en défendant de porter des étoffesde coton, de boire du cacao,& d'employer de l'or& du ſel, ſi ces richeſ-ſes n'avoient été gagnées par les Armes. Les Tlaſcalans n'étoient pas nus.Ils portoient une camiſole fort étroite, ſans collet& ſans manches, avecune ouverture pour y paſſer la tete. Elle deſcendoit juſqu'aux genoux;& par-deſſus, ils avoient une ſorte de ſoutane, d'un tiſſu de fil. La Plan-te, dont ils tiroient ce fil, étoit ſi commune dans le Pays, qu'ils l'em-ployoient à divers uſages. C'eſt une eſpèce de Chardon, qui jette des feuil-les, larges de deux palmes, trées dures,& des épines fort pointues. Lefil ſe tire des feuilles: mais les Tlaſcalans employoient l'étouppe à faire deseſcarpins& de la corde; les bouts leur ſervoient à couvrir leurs Maiſons.IIs tiroient auſſi, de cette Plante, d'aſſez bon miel, du vin,& du vinaigre.Ils en faiſoient du papier gris, qui ſervoit pour leurs caractères. Des re-jertons, ils compoſoient une conſerve, d'un golt fort agréable& d'un ufa-ge fort ſain. Les pointes rôties leur donnoient un baume, qu'ils emplo-Joient heureuſement pour les playes. Enfin ces pointes tenoient auſſi lieude plumes d'écriture,& les Eſpagnols mêmes s'en ſervoient dans le beſoin.La Plante dure vingt ans,& ne commence à porter ſon fruit que dix ansapres avoir été plantée(p).
Lrs Caciques, ou les Seigneurs Tlaſcalans, étoient adorés du Peuple,qui s'accroupiſſoit preſqu'à terre pour leur parler, baiſſant la téte& lesyeux, ſans oſer faire le moindre mouvement,& ſe retirant en arrière ſanstourner les épaules. Les Tributs ſe payoient en fruits de la Terre, avec unejuſte proportion, qui n'étoit point à charge aux plus pauvres. La libertéqui régnoit à Tlaſcala,& les avantages d'un bon Gouvernement, y atti-rant de toutes parts quantité d Etrangers qui cherchoient à ſe garantir dela Tyrannie de leurs Caciques, ils y étoient regus, à la ſeule condi-tion de s'y conformer aux Loix. On y comptoit parmi la Nobleſſe envi-ron ſoixante Seigneurs, qui s'étoient mis volontairement ſous la protectionde la République, en quaſité de Vaſſaux. Elle avoit des Chevaliers, quiavoient mérité ce titre par des actions héroiques ou des conſeils ſalutaires,& qui en avoient été revêtus dans le Temple avec beaucoup de cérémo-nies. Les riches Marchands obtenoient aufſi des diſtinctions, qui les élevoient
par
(p) Herrera prétend que c'eſt le Maguey ſon Traducteur veut que ce ſoit l'Arréête-de PIfle Eſpagnole, dont le véritable nom, Bœuf. Voyez ci-deſſous,'Article des Arbresdit- il, eſt Metl. On a déja remarqué que& des Plantes.