Band 
Tome dix-huitième.
Seite
602
JPEG-Download
 

DEschIPrIoNDE LA Nouv-

602

DESCRIPTIONDU MEXID2UE,

TERMINONsS cet article par quelques obſervations ſur le Gouvernementdes Eſpagnols, dans les Pays qu'on a fait parcourir aux Lecteurs,& ſur ladiſpoſition des anciens Habitans pour leurs nouveaux Maitres. Le témoi-gnage des Etrangers ſeroit ſuſpect; mais, on n'oppoſera rien à celui d'unfidéſe Sujet de IEſpagne, dont le zele alloit ſi loin pour ſa Nation, quedans un tems où- la fortune ſembloit l'avoir abandonné, il ne trouvoit riende ſi douloureux que orgueil des Ennemis de ſon Roi,& que la fureuravec laquelle ils sjemportoient contre lui(d).

IE eſt certain, dit Correal, que nous devons la rapidité de nos Conquètesen Amérique, à la frayeur ſubite& preſque miraculeuſe, dont les Indiensſe trouvèrent frappés à notre approche;& que ſans cette faveur du Ciel,nos armes n'auroient pas eu les mêmes ſuccès. Mais''Artillerie, inconnuejuſqu'alors dans ces grandes Régions, la vue de nos Chevaux;& la Diſci-pline militaire, nous ouvrirent le chemin avec une rapidité ſans exemple.Malheureuſement cette facilité de nos Conquêtes produiſit bientêòt une né-gligence, qui na fait que s'accroitre par le luxe& voiſiveté. Dans le mè-pris que nous congumes pour les Indiens,& qui nous les faiſoit regardercomme des Etres d'un ordre inférieur au nêtre, nous nous perſuadàmes quedes avantages qui nous avoient ſi peu couté ne pouvoient nous être enlevésau même prix;& cette idée n'etoit pas ſfans vraiſemblance, parce quen'ayant point alors de Rivaux ſur Mer, nous n'avions à redouter que lesIndiens méêmes, dont nous connoiſſions toute la foibleſſe. Les motifs denotre ſécurité augmentèrent, avec l'aſcendant que la Monarchie d'Eſpagneprit ſur toute Europe;& lorſqu'elle devint moins formidable, il arrivatant de changemens dans la politique& les intérêts, qu'on fut obligé denous laiſſer paiſibles pofſeſſeurs d'un bien que nous aurions pu perdre avecautant de facilité que nous'avions acquis. Telle eſt la premiere cauſe denotre décadence en Amérique: mais on en doit compter beaucoup d'autres.Aufſi-tôt que les Vainqueurs ſe furent établis dans le Nouveau Monde, ony vit paroitre un grand nombre d'Avanturiers, qui ſe revêtant du nomd'Officiers ou de Soldats,& ſous mille prétextes indignes du Chriſtianiſme& de la gênẽroſitẽ Ep Enole„ ravagèrent ces riches Contrées, pillèrent les

tréſors des Indiens,& jeur enlevèrent leurs biens& leur liberté. PluſieursNa-

entre les fanges.

ou nonchalance, il les perdit,& churentEntre toutes les pierresqu'il avoit eues des Indiens, ces cinq étoientles plus riches& les plus fines. L'une étoittaillée comme une roſe; la ſeconde étoit enfacon d'une petite couronne; la tierce re-préſentoit un poiſſon, ayant pour les yeuxdeux grains d'or. Icelle démontroit l'ouvra-ge merveilleux des Indiens. La quarte étoittaillée en forme de Clochette, laquelle avoitpour batal une groſſe perle fine,& toutautour étoit garnie d'un cercle d'or. Lacinquième étoit comme une petite taſſe, ouencenſoir, ayant le pié d'or, avec quatre pe-tites chaines pour la tenir, leſquelles par

en haut étoient jointes enſemble moyennantune groſſe perle longue, laquelle ſervoit debouton. Des Marchands Génois, pour cet-te ſeule pierte, avoient voulu lui don-ner quarante mille ducats, eſperant la re-vendre à Sultan Soliman, Empereur desTurcs. Cortez fut fort dolent de cette per-te;& ce voyage lui coũta plus qu'à nul au-tre, exceptẽé à Sa Majeſté, encore que le Prin-ce André Dorie y perdit onze Galeres. Liv. 2.Chap. 99. Gomara ſe donne ici pour témoinoculaire. 3 3

(d4) Voyage de Frangçois Correal, troiſiè-me Partie, Chap. I1.