OUDE LA NOUVELLE ESPAGNE, Lrv. II. 619
devient courte, ils en font des tablettes; s'ils n'aiment mieux la mettre dans DescumxoNdes boettes, où elle durcit en refroidiſſant. Ceux, qui en font des tablet- 51886 ertes, mettent une cuillerée de la pâte ſur une feuille de palmier,& lui laiſ- ehne.ſent le tems de durcir à l'ombre, car elle fond& ſe liquefie au Soleil: en-ſuite, tournant la feuille, ils en font tomber facilement leur tablette, par-ceque la pâte eſt graſſe encore. Mais lorſqu'on la met ſécher dans un vaifsſeau de terre ou de bois, elle s'y attache ſi fort, qu'il devient difficile deyen tirer ſans rompre le vaiſſeau.
La maniére de boire le chocolat n'eſt pas la même, parmi tous les Indiensde la Nouvelle Eſpagne. A Mexico, ils le prennent chaud, avec un mé- manier, 2.lange de cette autre liqueur qu'ils nomment Kolle,& dont on a déja rap-porté la compoſition(g). Leur méthode conſiſte uniquement à faire diſ- Chocolat.ſoudre une tablette dans de'eau chaude; à la remuer enſuite dans la cou-pe, avec un inſtrument, qu'ils appellent Moulinet dans leur langue;&lorſqu'ils en voient ſortir'écume, à verſer de»'Atolle chaud par deſſus.
IIs le boivent ainſi, ſans biſcuit& ſans ſucre. D'autres font diſſoudre lechocolat dans de l'eau froide,& le font écumer avec le moulinet. EnſuitedOtant écume, qu'ils conſervent dans un autre vaſe, ils mettent le reſte ſurle feu, avec autant de ſucre qu'il en faut pour le rendre doux. Lorfqu'ileſt chaud, ils le verſent ſur l'écume qu'ils ont ſéparée;& c'eſt dans cet statqu'ils le boivent. La manière la plus commune eſt de faire chauffer l'cau& d'en remplir la moitié d'une coupe; d'y faire diſſfoudre une tablette ouplus, juſqu'à ce que Peau ſoit bien épaiſſie; de remuer& de battre tout,pour faire nattre Pécume,& d'y remettre alors de'eau, pour achever deremplir la coupe. Mais les Mexiquains ont une autre maniére de prendrele chocolat, qu'ils n'emploient que dans leurs Feſtins& leurs réjouiſſances,pour ſe rafraichir apres la danſe ou la bonne chere. IIs font diſfoudre lestablettes, dans l'eau froide; ils en ötent'écume, qu'ils mettent à parrt; ilsmélent du ſucre dans ce qui reſte;& le verſant de fort haut ſur Pécume,ils ſe font de ce melange un breuvage ſi froid, qu'ils ſont les ſeuls quipuiſſent en uſer. L'experience a fait connoitre aux Eſpagnols qu'il eſt fortnuiſible à eſtomac, juſqu'à cauſer“de violentes douleurs, particulière-ment aux Femmes. Gage, de qui l'on emprunte ce détail, proteſtequ'ayant employé pendant douze ans la troifiéme de ces quatre prépara-tions, il a joui d'une parfaite ſanté dans la Nouvelle Eſpagne. Son ufa-ge, dit-il, étoit de prendre un verre de chocolat le matin; un autre,deux heures avant le diner; un autre encore, deux heures après,& unquatriéme vers le ſoir(b). S'il avoit deſſein de donner toute la foirée àFétude, il en prenoit encore un verre ſur les ſept ou huit heures; aprésquoi, il bravoit le ſommeil& toute ſorte d'appéſantiſſement juſqu'à mi-nuit. Au contraire, lorſqu'il manquoit à prendre cette liqueur favorite,aux mémes heures, il fentoit des foibleffes d'eſtomac, des maux& desdefaillances de cœur(i). IT
(g) Ceſt un breuvage des anciens Mexi- pouvoient entendre une Meſſe entière, ſansguains, compoſé de fleur de farine de Maiz, fe faire apporter du chocolat à l'Egliſe.4 Atolle& de Chile, infuſés dans l'eau.(i) Tomée I. Part. 2. pages 146& précéd.(5) On a vu qu'à Chiapa les Femmes neIiii 3