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Tome dix-huitième.
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OU DE LA NOUVELLE ESPAGNE, Lrv. II. 623

droite; mais ſe renverſant fur le fruit, deux ou trois jours après qu'elleeſt écloſe, elle ſe fanne, elle ſeche& tombe en moins de deux fois vingt·quatre heures. Le fruit s'ouvre alors, comme une grenade ou une figue.Le dedans parott rempli de petites graines, dont le deſſus eſt d'un trèsbeau rouge incarnat. Elles ſont enveloppées dans une matiere, épaiſſecomme de la gelée, du plus beau rouge du monde,& d'un goũt char-mant, avec une petite pointe d'aigreur qui aiguiſe l'appetit, rejouit lecœur& rafralchit extr'mement. Mais ces roſes ſont environnées d'épi-nes; car la belle peau de ce fruit eſt couverte d'une infinité de petitespointes, preſqu'imperceptibles, ſi fines, ſi faciles à rompre& ſi piquan-tes, qu'on n'y peut toucher ſans ſe mettre les doigts en ſang. Elles per-cent au travers des meilleurs gants,& cauſent une demangeaiſön infup-portable. Pour les cueillir ſans ſe bleſſer, on les regoit dans une manneà meſure qu'on les ſépare de leur tige avec un couteau; après quoi on levede chaque côté, avec le couteau, une petite tranche dont l'eſpace ſert à lestenir d'une main, tandis qu'avec le couteau qu'on tient de Pautre, on en-leve toute la ſuperficie épineuſe. Quelques jours après que le fruit s'eſtouvert de lui-même, il n'a preſque plus de conſiſtence,& reſſemblantalors à une gelée liquide, on le mange avec une cuilliére. Son ſuc tachele linge,& teint les urines, comme celui du Nuchtli, mais avec ſi peu dedanger, qu'on en fait prendre aux Malades.

Crsr dans ce fruit qu'on trouve un Inſecte que Labat nomme Coche-nille,& qui eſt, dit-il, àpeu- pres de la taille d'une groſſe Punaiſe. Sa tè-te ne ſe diſtingue du reſte du corps, que par deux petits yeux qu'on y re-marque& par une très petite gueule. Le deſſous du ventre eſt garni deſix piés, trois de chaque côté. IIs ont chacun trois articles; ils ne ſontpas plus gros par une extrémité que par l'autre,& ne paſſent pas la groſ-ſeur d'un cheveu fort délié. Le dos de l'Animal eſt couvert de deux atles,qui ne ſont pas étendues comme celles des Mouches, mais qui ſans exce-der la longueur du corps en embraſſent& couvrent exactement toute larondeur. Leur délicateſſe eſt ſi grande, qu'elles ſont preſqu'inutiles àP'Animal, qui ne peut s'en ſervir pour s'élever, mais ſeulement pour ſeſoutenir quelques momens en l'air,& pour retarder un peu ſa chute, lorſ-qu'on lui fait quitter les fruits où il ſe nourriſſoit,& odù il prenoit la cou-leur qui le fait rechercher. Les alles, les piés,& l'extrémité de la têeteſont ſi délicates, qu'elles ne peuvent reſſentir l'ardeur du Soleil, ſans êtrebientêt réduites en pouſſiéère; aufſi Animal perd-il ſa figure,& n'a-t'ilplus que celle d'une graine, de mediocre groſſeur, brune& preſque noire,chagrinée, luiſante& comme argentée, ou du moins legèrement couverted'une poudre impalpable,&- tout- à fait adherente à la peau.

LE même Voyageur éleva deux fois pluſieurs de ces Inſectes. La pre-mière fois, ce fut le haſard qui les lui fit remarquer dans le fruit des Ra-quettes. II les y laiſſa, juſqu'à ce que le fruit commengant à paſſer, illes fit tomber, en frappant la Plante d'un bàton, ſur une ſerviette qu'ilavoit étendue ſous les branches. Ces petits Animaux, contraints de quit-ter leur demeure, tächoient de ſe fauver en s'élevant un peu en l'air avecluers atles; mais leur foibleſſe& Pardeur du Soleil ne leur permettoient

XVIIII. Part. K kkk pas

Deschmrron

DE LA Nou-

VvELLE Esra-OCNE.

Deſcriptionde l'Inſecte.

Experiencesqui le fontprendre pourla Cochenille.