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Tome dix-huitième.
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DeschrPTIoNDE LA Nov-vELLk EsrA

Le Nuchtli.

Allarmesque le Nuchtlirouge caufeaux premiersEſpagnols.

625 DESCRIPTION DU MEXIQDVUE,

de, que le noyau renferme,& amere,& ſe nomme Peſtle. On lui attribuedes vertus médecinales, ſut tout dans les lavemens.

LE fruit, que les Eſpagnols ont nommé Granadille, crott dans la Nou-velle Eſpagne ſur une Plante ſemblable au Lierre, qui s'entortillant autourd'un arbre le couvre tout-à-fait de ſes feuilles. IIl eſt de la groſſeur d'unœuf, auffft uni, jaune& vert en dehors, blanchâtre en dedans, avec despepins qui reſſemblent beaucoup à ceux du raiſin. Il joint, à la douceurde ſon goũt, uffe charmante acidité, qui le fait aimer beaucoup des Fem-mes. On croit diſtinguer dans ſa fleur, tous les inſtrumens de la Paſ-ſion(v), comme dans celle de la Grenadille Chinoiſe.

LE fruit qui porte le nom de Nuchtli,& dont on croit que Mexico avoittiré celui de Tenuchtlitlan, eſt aujourdhui répandu dans toute Amérique;mais il paroit originaire de la Nouvelle Eſpagne, où du moins il eſt pluscommun& meilleur que dans toute autre Contrée. C'eſt une ſorte de Fi-gue, dont la poulpe eſt mêlée de pluſieurs grains, mais plus gros que ceuxdes figues. Il eſt couronné, comme la nefle. On en diſtingue pluſieurseſpêces, dont les noms ne ſont pas moins différens que la couleur. Lesuns font verds en dehors; d'autres jaunes; d'autres tachetés; mais quoi-qu'’ils ſoient tous d'un goũt excellent, c'eſt au blanc qu'on donne la préefé-rence. On lui trouve le goũt de la poire& du raiſin. Il ſe conſerve long-tems. Sa principale qualité eſt de rafratchir beaucoup; ce qui le fait re-chercher avidement pendant PEté. Le meilleur eſt celui qui crott dans lesterres labourées. Gage parle d'une eſpèce rouge, qu'il ne trouve pas demauvais goũt, mais dont on fait peu d'uſage, parcequ'elle teint, de cou-leur de ſang, la bouche, le linge& l'urine. Ces effets donnèrent de l'in-quiétude aux premiers Eſpagnols. IIs avoient recours aux Médecins, pourarréter le ſang qu'ils croyoient perdre;& les remedes, qu' ils employoientà la gueriſon d'un mal imaginaire, leur cauſoient de véritables maladies.La peau extérieure de ce Nuchtli eſt épaiſſe& remplie de petites pointes;mais en l'ouvrant juſqu'aux grains, on en tire aiſément le fruit ſans la rom-pre. Aujourd'hui, les Eſpagnols ſe font un jeu de ce qui les a jettés long-tems dans une vive allarme. Il n'arrive point d'Etranger auquel ils ne pren-nent plaiſir à préſenter des Nuchtlis rouges. IIs agitent auffi le fruit entierdans une ſerviette. Les petites pointes, qui ſont preſqu'imperceptibles, s'yattachent ſans étre appergues;& ceux, qui emploient la ſerviette à s'ef-ſuyer la bouche, ſe trouvent tout d'un coup les levres collées& comme cou-ſues, juſqu'à perdre le pouvoir de parler. IIs n'en reſſentent aucune dou-leur; mais ce n'eſt qu'après s'étre lavés& frottés long-tems, qu'ils ſe dé-livrent de cet embarras(x).

LEs

(v) Carreri, Ibidem. page 216. tellement qu'elles deviennent arbres, qui ne

(x) Gage, ubi ſupraà, page 179. Herreranous apprend que l'arbre eſt fort épineux,& qu'il ne faut pas le confondre avec le Mo-pali, qui n'eſt preſque compoſé que de feuil-jes vertes. Celles du Nuchtli ſont d'un gris-minime. Les feuilles naiſſent les unes ſur lesautres. Lorſqu'on les plante, elles croiſſent

produiſent pas ſeulement des feuilles, lesunes ſur les autres, mais qui en pouſſentd'autres par les cêtés. II ajoũte que dans leCanton des Chichimeques, qui eſt ſtérile,&qui manque d'’eau, ces arbres ſervent d'ali-ment& de boiſſon; on mange le fruit,& l'onboit le ſuc des feuilles. Dec. 2. L. 7. C. 13.