Band 
Tome premier.
Seite
161
JPEG-Download
 

DE GASTRONOMIE MODERNE, iíi

la mesure de la terre : le froid même de cette contrée est: enpartie feffet de l’absence des hommes ; une atmosphère glacéeSc neigeuse, un íol humide 6e fangeux font le deuil de la natureréduite à elle-même. Ne fait-on pas que l’homme la maîtrise Lela façonne à son gré pour la rendre plus féconde, plus faineSc plus belle? II abat les forêts, il desteche les eaux stagnantespour purifier, échauffer l’air qu’il respire; comme dans les cli-mats brûlans, il partage les fleuves , il ouvre des canaux pourrépandre une humidité salutaire, Sc fe procurer des rosées ,qui abreuvent le sein de la terre, Sc rafraîchissent l’atmofphereenflammée. Le froid , les déserts de l’Asie septentrionale , lagrossièreté de leurs hôtes nomades, n’empêchent donc pas quela mesure de la terre n’ait été entreprise Sc exécutée dans desrems plus heureux dont le souvenir est perdu : Sc comment's’y refuser, quand on voit que ce souvenir n’est pas totalementeffacé; quand on rencontre à la Chine, même avant notre ère,une tradition de la terre mesurée , fans aucune notion de lamesure même ; quand on trouve à Babylone une anciennemesure conservée, fans aucune tradition ni de fes auteurs, nid u tems, ni des moyens employés ! Ces faits de la Chine Scde la Babylonie, fe rejoignent malgré la distance des lieux : lamesure Sc la tradition font venues d’ailleurs ; mais ce n’estpas de lTnde, oh tout fe conserve, Sc oh il n’en reste aucunemémoire. Cette antique mesure, exprimée en stades, en cou-dées , qui fe retrouvent aujourd’hui dans la Tartarie , indi-que elle-même le pays d’oh elle est sortie. C’est celui qui futla pépinière constante des hommes ; c’est celui d’oh fe fontéchappés les conquérans de la Chine Sc de l’Inde ; c’est sur-tout le pays oh le travail a commencé (a) , oh l’homme a

(a) Voyei la VIII* de nos Lettres à M, de Voltaire.

Tome I.

X