AMÉ
TROISIÈME PARTIE.
De l'aménagement des taillis.
Ciiap. 1 er . Observations préliminaires.
Nous examinerons dans cette partie les questions
f irincipales qui intéressent l’ aménagement des tail-is, sous le rapport des produits et de la reproduc-tion. 11 nous sera peut-être difficile d’éviter des dé-tails assez longs , parce que nous voulons motiverconvenablement ies propositions que nous aurons àfaire. Nous nous sommes d’ailleurs imposé l’obliga-tion de rendre compte, dans ces dissertations, des ex-périences faites par nos bons auteurs, et cette mé-thode qui nous a déjà servi à éclaircir plusieurs dif-ficultés , est d’autant plus nécessaire dans cette oc-casion , que la matière a occupé des physiciens d’ungrand mérite. Un travail de ce genre , sur les diffé-rentes parties de l’économie forestière , est devenuindispensable pour tirer parti des observations ré-pandues dans une foule d'ouvrages plus ou moinsrecommandables. Ce n’est point une nouvelle com-position originale que la science réclame : elle estassez riche ; mais ses richesses sont éparses ; maisles vérités qu’elle renferme sont mêlées d’erreurs etsuivies quelquefois de fausses conséquences A quoiserviraient un système de plus ajouté à tant de sys-tèmes et des hypothèses nouvelles, nous dirons plus,des nouvelles expériences ? A multiplier les douteset les incertitudes. Ce qu’il faut , c'est une analyseraisonnée des expériences faites en différens tempset en différens lieux ; ce sont des conséquences biendéduites de ces expériences, et une doctrine établiesur ce que la science et la législation peuvent ad-mettre à-la-fois ; car il ne suffit pas qu’un systèmesoit , physiquement parlant , meilleur , il fautaussi qu’il puisse se prêter aux règles de l’admi-nistration , sans quoi il doit rester dans la classe desthéories.
Nous ne nous dissimulons point les difficultés d’unsemblable travail, qui exige des recherches et desconnaissances fort étendues ; mais s’il ne nous est»pas permis de le rendre parfait, nous tâcherons aumoins , par notre exactitude à rapporter et à com-parer les objets de nos recherches, de ne pas restertrop loin du but.
Nous allons d’abord essayer de fixer les idées surle caractère distinctif des taillis et sur celui des fu-taies.
§ I er . De la définition des taillis et des futaies.
Une bonne définition est une chose toujours dif-ficile : omnis definitio periculosa. Cette vérité, quitrouve ici une application particulière , aurait peut-être dû nous détourner du projet de donner unedéfinition des taillis et des futaies ; mais les recher-ches que nous avons faites nous ont paru offrir quel-que intérêt, et nous nous sommes déterminés à lesprésenter.
La plupart des auteurs forestiers et la loi du 20juillet 179» nous disent que les taillis sont des boisque l’on coupe jusqu’à l’âge de 3 o ans , et que lesfutaies sont ceux qui s’exploitent après cet âge.
Tome I.
Cette distinction est assez juste pour un grandnombre d’espèces de bois ; mais elle ne convientpas à toutes , et elle ne nous apprend point d’ail-leurs la différence naturelle qui doit exister entreun taillis et une futaie, ni le caractère propre à l’unet à l’autre. Elle est donc insuffisante et fautive sousle rapport physique.
Le mot ta'ilis vient de talea, taille, branche cou-pée. Ce mot s’appliquait autrefois plus particulière-ment aux bois que l’on coupait fort jeunes, c’est-à-dire à 10 ou i 5 ans, et l’on remarque que lesaménagemens fixés pour les taillis avant l’ordon-nance de 1669, ne se prolongeaient pas beaucoupau-delà de cet âge. M. Defroidour, dans son ins-truction pour les ventes des bois du roi (1), annoncecomme une espèce de révolution qu’il aurait opéréedans Vaménagement des forêts de la grande maîtrisede l’lle-de-Fran#e, d’avoir réglé les coupes de plu-sieurs taillis à t 5 , 16, 18 et 20 ans. 11 dit que lebois taillis est celui qu’on coupe de 10 en 10 ans , etil rappelle les ordonnances de i 563 , i 5 y 3 , 1587 etj 588 , qui avaient défendu que l’on coupât , non-seulement les bois du roi, mais encore les boisdes communautés ecclésiastiques et séculières, etmême ceux des particuliers , avant l’âge de 10 ans.11 paraît donc bien certain qu’autrefois les taillisse coupaient très-jeunes, et qu’ils tiraient leur dé-nomination de la fréquence des coupes. On les ap-pelait aussi bois de serpe , apparemment parce quela serpe suffisait pour le façonnage de ces bois, etbois de coupe lorsqu’ils étaient au-dessus de 10 ansjusqu’à 3 o. Après cet âge , les bois prenaient ladénomination de futaie (2).
Par la suite l’expérience ayant appris qu’il yavait beaucoup d’avantages, tant pour la prospéritédes baliveaux réservés, que pour l’utilité des pro-duits en matières , à éloigner l’époque de la coupedes taillis, on les a aménagés à 20, 25 , 3 o et Jjoans, et on leur a toujours conservé la même déno-mination. Il y a même aujourd’hui des bois amé-nagés à 5 o et 60 ans, qu’on appelle encore taillis ,hauts taillis. Ainsi, petit à-petit, cette dénomina-tion a pris une signification plus étendue , puis-qu’elle 11e désignait d’abord que des bois fréquem-ment coupés, taillés , et qu'aujourd’hui elle s’ap-plique aussi aux bois aménagés à des époques assezreculées. On doit la respecter pour tous les boisauxquels peut convenir la définition que les Latinsavaient donnée des taillis. Voici cette définition ti-rée du Digeste , et rapportée au mot taillis , dansl’ouvrage de Saint-Yon, imprimé en 1610 : Sylvaccedua est quæ in hoc habetur , ut ccndatur; velquœ succisa rursùs ex stirpibus aut radicibusrenascitur. (Dig. de verb. signif. ) Ainsi, un taillisest un bois qui, étant coupé, se reproduit, ou desouches ou de racines. C’est aussi là définition quel’on a adoptée en Allemagne : Ein ganter DistrictTV:lcher ans solchem kolze (Stockauschlag, TVur-zelholz), besteht, wird niederwald genannt ( 3 ).D’après cette définition , il 11’est pas exact de dire.
1) Ouvrage terminé en 1668.
■2) Voyez de Saint-Yon , au mot Taillis ,if) Hartig, Anweisung sur holzzucht.
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