Band 
Tome premier.
Seite
337
JPEG-Download
 

BAL

c'est une chose reconnue par une expérience déjàtrop longue. »

Voici comment M. de Perthuis répond à cette as-sertion : «Dans les belles expériences que Buffon etDuhamel ont faites sur les bois , ils ont reconnu queles (mauvais) nœuds diminuent leur force ; et commeles futaies sur taillis en ont généralement plus quelés futaies pleines , et que les constructipns civileset navales exigent quelquefois des arbres de grandeslongueurs et sans nœuds, que l’on ne peut trouverque dans les futaies pleines , M. de Buffon en aconclu que les futaies sur taillis, ne réunissant pasces deux avantages, étaient toutes de mauvaise qua-lité. Si cette conséquence était rigoureusement vraie,il en résulterait que les arbres des futaies pleinesseraient les meilleurs à employer pour toute espècede charpente ; que les futaies sur taillis n’auraientque le second rang dans cet ordre d'utilité , et quela charpente des arbres isolés serait la plus mauvaisede toutes , car ces derniers sont encore moins élevéset beaucoup plus chargés de nœuds que les futaiessur taillis.

n Maintenant , si l'on consulte l’expérience deceux qui les mettent en œuvre , les architectes , lesfournisseurs de la marine , les charpentiers, tousconviendront qu’à l’exception des longues piècesdont nous venons de parler, la charpente des arbresisolés , lorsqu’ils sont sans défaut , est regardéecomme la meilleure, parce que son bois est plus ré-sistant ; que celle des futaies sur taillis est au secondrang de qualité; enfin que la charpente des arbresdes futaies pleines est de la qualité la plus infé-rieure.

» Sixième défaut. Les baliveaux occasionnent lagelée des taillis.53 (Buffon et Varennes de Feuille .)

Notre autre auteur pense qu’il eût été plus con-forme à l’expérience de dire que des taillis très-fourrés occasionnent quelquefois la gelée des bali-veaux. .

Quoi qu’il en soit, ces physiciens attribuent cesixième défaut « à l’ombre et à l’humidité que lesbaliveaux jettent sur les taillis , et à l’obstacle qu’ilsforment au dessèchement de cette humidité, en in-terrompant l'action du vent et du soleil. »

« D’abord, répond M de Perthuis, il est cons-tant pour tous ceux qui fréquentent habituellementles bois , que l’humidité du sol ne se conserve long-temps que dans les parties fourrées des taillis , etque les premiers points desséchés que l’on rencontreaprès l’hiver, sont autour des réserves , à commencerpar les plus anciennes. Cet effet est produit au moyer.du vide inévitable qui existe autour de leur tronc ,et sur lequel le vent ou le haie de mars peut exercerson action. 33

Au surplus , il ne regarde pas comme suffisantl’èxemple unique cité par Buffon , pour établir oudétruire une règle générale ; il a observé le con-traire dans ses propres bois en 1795 , et il croitd’ailleurs que les causes de la gelée dans des taillistiennent à une infinité de circonstances locales in-térieures et extérieures , tellement qu’il est impos-sible de les saisir toutes. Au surplus , il reconnaît,avec tous les forestiers , que si les baliveaux nuisent

Tome I.

BAL 53 7

à la végétation des taillis, ce dommage est bien plusque compensé par la plus-value de ces futaies.

n Septième défaut. Les baliveaux contribuenttrès-peu aurepeuplement des forêts comme étalons-.ss

Cette assertion parait extraordinaire à M. de Per-lliuis et à tous ceux qui connaissent les forêts. Eneffet, si les futaies sur taillis ne repeuplaient pa.seffectivement les forêts comme étalons , il y a long-temps qu’on ne pourrait plus y trouver de baliveauxde brins; il y a long-temps qu’ellesseraientdétruitos.Observonscependantquece repeuplement serait bienplus complet, si on avait soin , comme le conseilleGuyot, d’enlever, lors des exploitations, cette cou-verture épaisse de mousse qui , dans plusieurs en-droits, empêche les graines de s’enfoncer.

De plusieurs millions de graines, à peine, dit encoreBuffon, en voit-on lever quelques centaines? Cela peutêtre, répond notre auteur praticien , mais cette im-mense quantité de graines n’est pas perdue, et toutle monde sait apprécier les avantages de la glandée.Celles qui lèvent dans les vides remplissent leur des-tination , et la perte des glands levés au milieu descépées de même essence devient indifférente , parceque leur existence n’est pas nécessaire dans ces en-droits.

Les mulots et les oiseaux en sèment une grandequantité dans les clairières. M. de Perthuis trouvéqu’il y a exagération dans cette expression de grandequantité ; mais il reconnaît qu’ils en sèment, et quec’est un des moyens employés par la nature pourmultiplier certaines essences de bois, et qui n’exis-teraient pas si les étalons qui produisent ces grainesn’étaient pas à la portée des animaux qui les dissé-minent.

Il faut donc conclure de cette discussion, ajouteAI. de Perthuis, que si ces savans justement célè-bres eussent eu plus d'expérience dans la végéta-tion des bois en massif et dans leur exploitation ;si , avec leur excellent esprit d’observation , ilsavaient examiné les futaies sur taillis placés en bonsfonds , meublés de bonnes essences, aménagés à unâge convenable et balivés dans une bonne propor-tion , ils auraient réduit à leur juste valeur les dé-fauts qu’ils reprochent à cesfutaies, et auraient suen apprécier tous les avantages.

Il termine en disant que les moyehs qu’on a pro-posés pour remplacer les baliveaux sur taillis, et quise bornent en général à établir des futaies pleines ,sont inadmissibles, parce qu’il y a peu de terrainsqui puissent nourrir ces futaies, parce que la con-duite en est difficile et que les particuliers ne peu-vent attendre les époques de leur exploitation. Ilcroit , et cette opinion ne sera pas contestée par lesforestiers, que si on détruisait les futaies sur taillis,nous serions privés de grandes ressources, que l’onne pourrait pas retrouver dans les futaies pleines ,quelque extension qu’on pût leur donner ; et qu’enproportionnant le nombre de ces réserves , commeil l’a fait dans les aménagemens qu’il a proposés (V.aménagement) , les produits des bois taillis de laFrance concourront puissamment , avec les arbresisolés et les futaies pleines qu’il sera possible d’éta-blir , à élever nos ressources au niveau de nos be-soins.

43