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bounier en juge le degré par la couleur et l'odeurde la fumée. J’ai dit plus haut que dès que le four-neau était allumé , le bois encore entier donnait unefumée d’un gris foncé ; cette couleur s’éclaircit peu-à-peu, et devient bleue ou d’un bleu brun;\tre dèsque le bois est converti en charbon. Lorsque le char-bonnier remarque que les trous qu’il a pratiquésavant d’allumer le feu, ne donnent plus qu’un peu defumée, dé couleur bleu de ciel et d’une odeur rési-neuse, et qu’en outre les charbons se cassent ou s’af-faissent lorsqu’on marche sur le fourneau, ou qu’onles frappe avec le marteau d’essai (1), ce sont desindices que les charbons sont suffisamment cuits dansles endroits où le feu a donné: le charbonnier pra-tique alors quelques rangées de trous plus profondsvers la base du fourneau, afin d’y favoriser l’action dufeu, et il bouche les trous supérieurs avec de la terre,pour éteindre , dans cette partie , le feu qui n’y estplus nécessaire , et où par conséquent son action
E lus long-temps prolongée deviendrait nuisible.
'ouvrier continue d’opérer de cette manière jusqu’àce que les derniers trous arrivent au pied du four-neau , et qu’ainsi tout le fourneau soit cuit.
Si le charbonnier entend bien son métier, lefourneau doit, dans l’affaissement, conserver saforme régulière , et représenter , à la fin de la cuis-son , un véritable cône, qui, à la vérité , n’a'ordi-nairement que la moitié au plus de la grandeur qu’ilavait avant l’opération ; mais une cuisson aussi ré-gulière exige beaucoup d’attention et une habile di-rection du feu. C’est sur - tout par les temps ora-geux que le charbonnier a besoin d’être attentif;il doit alors former contre le vent des abris avec desbourrées. Si le temps est très-sec, il devra jeter detemps en temps un peu d’eau sur la couverture dufourneau, ou rendre cette couverture assez épaissepour empêcher l’action trop forte de l’air, et il doit,en général, s’occuper de boucher de suite avec dufrasil toutes les crevasses et trous qui se forment àla couverturedu fourneau, afin que le feu ne perce pas.
Le charbonnier doit particulièrement éviter deprécipiter la cuisson. Une cuisson trop prompte ale double inconvénient de donner du charbon demoindre qualité et en plus petite quantité, parceque la trop grande activité de l’air dans le fourneautait perdre au charbon une trop forte partie de samatière inflammable et qu’elle réduit beaucoup debois en cendre. On ne peut pas , il est vrai, déter-miner d’une manière précise le temps que doit du-rer la cuisson d’un fourneau d’une grandeur donnée,parce que cela dépend beaucoup de la nature du boiset de l’état de la température ; cependant j’ai tou-jours trouvé que l’on obtenait la plus grande quan-tité et la meilleure qualité de charbon en employantle temps ci-après :
i°. Pour un fourneau de 16 cordes, ou de 1,600 piedscubes , composé de bois de fente , pas trop sec, es-sence chêne ou hêtre , et lorsque le temps est favo-rable , il faut seize et jusqu’à dix-huit fois vingt-quatre heures (c’est-à-dire seize ou dix-huit jours);
(i) Je traduis litte'ralement le mot wakrhammer , qui pa-rait désigner une espèce particulière de marteau pour es-sayer le degré de cuisson des charbons.
?.°. Pour un fourneau de la même grande*r, com-posé de bois de bouleau et de bois résineux, de vingt-deux à vingt-quatre jours;
3 °. Pour un fourneau de la même grandeur, com-posé de bois d’aune, de vingt-quatre jusqu’à vingt-six jours.
Les plus petits fourneaux, le bois bien sec et lesessences très-tendres, exigent un peu moins de temps.
K. Du refroidissement du fourneau.
Lorsque le fourneau est complètement cuit, onbouche tous les trous pour étouffer le feu; maiscomme le feu ne s’éteindrait pas assez vite dans l’in-térieur du fourneau, les charbonniers sont presquegénéralementdans l’usage, vingt-quatre heures aprèsqu’ils ont bouché les trous, d’emporter, par rayons,avec un râteau , la couverture du fourneau jus-qu’au charbon, pour la diviser et la rendre plusmenue, et de la rejeter ensuite sur les rayons misà découvert. Cette poussière fine s’introduit mieuxet plus avant dans le fourneau à travers les char-bons , et opère plus promptement l’extinction dufeu. Cependant j’ai vu des charbonniers qui, lors-que le fourneau était bien réduit en charbon et le feuétouffé , se contentaient d’augmenter l’épaisseur dela couverture en y jetant du frasil , et qui laissaientainsi refroidir le fourneau. Dans le premier cas, onpeut extraire les charbons quelques jours plus tôt quedans le second.
L. De l'extraction des charbons.
Dès que le fourneau est refroidi au point que lacouche extérieure du charbon ne contient plus defeu , ce qui arrive après quelques jours, on peutcommencer à extraire le charbon. Cette opération sefait de la manière suivante : le charbonnier enlève,comme lorsqu’il s’agit d’éteindre le fourneau , unrayon étroit de la couverture de ce fourneau, et ilretire une couche mince de charbon , partie avec lamain , partie avec un râteau armé de longues dentsde fer. Cela fait, il recouvre de nouveau ce rayonavec delà poussière, et il continue ainsi tout au-tour du fourneau jusqu’à ce qu’il ait retiré quelquescharretées de charbon. Il les dépose séparément surun tas de frasil ou bien à côté du fourneau, et ilévite de les casser en deux , parce que les gros char-bons se paient plus cher que les petits. Cette extrac -tion doit toujours se faire le soir, pour que l’onpuisse, pendantlanuit, apercevoir le feu qui pourraitencore se trouver dans les charbons, et les éteindreavec de la poussière ou avec de l’eau, et acquérirainsi la certitude qu’à l’arrivée des charretiers, dèsle matin, tous les charbons sont entièrement éteints.
On continue de cette manière, tous les soirs, àtirer une partie des charbons du fourneau, jusqu’a.ce que le tout soit épuisé et qu’il ne reste plus queles charbons du milieu. Ceux-ci sont plus petits etplus légers que les autres, et donnent moins de cha-leur , parce qu’ils ont été trop long-temps exposas àl’action du feu : c’est pourquoi on les vend ordinai-rement moins cher, ou du moins on en fait destas séparés, pour les employer aux usages qui exi-