CHE
CHE
653
mère d’y procéderai). — L’art. 28 du tit. XXVII del’ordonnance de 1 669, défend à tous marchands de pe-ler les boisde leursventeslorsqu’ils sontdeboutetsurpied, à peine de Doo fr. d’amende et de confiscation.Des arrêls du conseil ont dérogé à cette dispositionen faveur de quelques contrées; mais elle est main-tenue par-tout ailleurs, et les adjudicataires ne peu-vent s’en affranchir, à moins que le procès-verbald’adjudication n’en contienne la clause expresse.
Voici, d’après Duhamel, la manière de lever l’é-corce du^chêne pour en faire du tan :
« Cette opération se fait dans le mois de mai, etquand les chênes sont en pleine sève. Les ouvriersemportent avec leur serpe toutes les branches quipartent du tronc; puis ils font, avec le même outil,une coupure circulaire au haut et au bas des troncsdes jeunes chênes qui peuvent avoir depuis 6 jus-qu’à 12 et i 5 pouces de circonférence. Ils fendentensuite l’écorce avec la pointe de leur serpe , danstoute la longueur du tronc; puis ils y passent un ou-til de fer ou de bois dur, qui ressemble à une spa-tule, et dont le plan est un peu recourbé entre lebois et l’écorce, qui, dans cette saison, se détache ai-sément du bois. Vers le soir, on ramasse ces écorces;on les met l’une dans l’autre pour en faire des pa-quets, qui se resserrent à mesure que ces écorces sedessèchent. La vente de l’écorce ne tourne pas en-tièrement au profit des marchands; car outre qu’ilspaient un assez fort prix (18 fr. en 1764) P ar 100de bottes pour la façon, l’écorce soustraite diminued’un huitième la mesure ordinaire d’une corde debois, et, d’un autre côté, le bois pelard se vendmoins que le bois qui porte son écorce (2). La bonneécorce doit être unie, vive et brillante ; néanmoins,on lève quelquefois de l’écorce sur de gros bois. Ilfaut communément 6 à 8 cordes de bois pour faireun 100 de bottes d’écorce; savoir, 8 cordes pour lesbois de vingt ans et au-dessus, et 6 cordes lorsqueles taillis sont plus jeunes.
33 On vend l’écorce aux tanneurs ou à ceux quiont des moulins prop>res à la piler : dans quelques-uns de ces moulins, on broie le tan avec de grossesmeules verticales, comme celles des moulins à cidre,dans d’autres, c’est avec des pilons; et quand lameule ou les maillets l’ont pulvérisée, on la passepar des cribles ; ce qui passe au travers est du tanpropre à mettre dans des fosses de tanneurs, ce quireste sur le crible est repassé an moulin.
33 Dans tel pays où le bois se vend 26 fr. la corde,le cent de bottes d’écorce se vend 124 fr. On sentbien que ce prix est sujet aux mêmes variations quecelui de toute autre marchandise.
33 11 est défendu de lever l’écorce sur pied dansles bois du roi. Beaucoup de propriétaires ont peineà accorder cette permission aux acquéreurs de leursbois, parce qu’ils appréhendent que cette opération,qui ne peut se faire que vers la fin de mai, ne re-tarde l’abattage des bois, et 11e fasse tort au recru
(>) Nous no parlerons pas ici de récorcrmeiit des chênes ,dans la vue d'augmenter la force du bois, ayant traité cetobjet an mot Ècorcement , auquel nous renvoyons.
(2) l'es maitr’s de forges prétendent que le bois pelardne dorne pas au fer la même qualité que le bois revêtu deson écorce.
Tome I.
des souches. 11 est néanmoins d’expérience que laplupart des souches repoussent avant la fin de l’an-née , quand les bois sont abattus aussitôt après qu’ilssont écorces; mais aussi on perd la moitié d’unefeuille. 11 serait possible d’écorcer les bois aussitôtqu’ils sont abattus, sur-tout dans les années fraîcheset humides; mais, comme les années sont quelque-fois sèches et liàleuses, les marchands ne veulentpas courir le risque de perdre leur écorce ; d’ailleurs,cette opération leur cox’iterait plus cher : pour cesraisons, on trouve peu de marchands qui consententà ne faire lever l’écorce qu’après que les arbres ontété coupés. Ainsi, c’est au propriétaire à trouver lemoyen de se dédommager de la perte qu’il fait d’unedemi-feuille, sur le prix du bois qu’il vend, et àavoir une grande attention qu’on abatte les arbresaussitôt qu’ils ont été écorcés.
33 J’ai vu dans un mémoire publié en anglais ,qu’au midi de l’Angleterre, on abat au printemps lesarbres qu’on veut écorcer, dès qu’ils commencent àpousser, et qu’on lève l’écorce aussitôt que les arbressont abattus , afin de profiter de la sève qui est en-core dans le corps de ces arbres; au lieu que dansle pays de Staffort, on lève l’écorce au printemps,lendant que les arbres sont encore sur pied, et qu’ones laisse en cet état jusqu’à l’hiver suivant, où alorson les abat. Je crois que cette dernière méthode estmauvaise; car on ne peut pas avoir en vue d’aug-menter la densité du bois de ces jeunes arbres, quisont trop menus pour pouvoir servir à autre choseqnîà brûler. Quoique ces arbres restent sur pied ,leurs souches peuvent bien faire quelques faiblesproductions; mais elles seront entièrement détruiteslorsqu’on abattra les arbres écorcés : par conséquent,on perd l’avantage d’une sève, et on fatigue beau-coup ces souches. »
Voici le procédé indiqué par M. Hartig pour l’é—corccment, et ses observations sur cette opération :« Quand on veut faire de l’écorce, dit-il, on attendl’époque où les feuilles sont sur le point de se dé-velopper. Alors, et après qu’on a abattu et rangéles brins trop faibles pour être écorcés, on procèdeà l’écorcement sur pied des autres brins. Pour ceteffet, on les ébranche aussi haut que possible; onfait une incision circulaire autour de ces tiges, à4 pouces de terre; puis on fend l’écorce de haut enbas , en prenant d’aussi haut que possible, et on ar-rache à la main les bandes d’écorce , qu’on laissependre à la partie supérieure de la tige ; ensuite onabat très-près de terre les arbres ainsi écorcés, eton achève l’écorcement sur le reste de la tige. Onfait sécher les écorces au soleil ; on les met en bottes,et on les abrite de suite , parce qu’elles perdraientde leur qualité , sur-tout si elles étaient long-tempsexposées à la pluie. Quand on peut se procurer assezd’ouvriers pour pouvoir écorcer les tiges à mesurequ’on les abat, ou lorsque ces brins sont trop élevéspour que la plus grande partie de leur longueurpuisse être écorcée avant la coupe, alors on ne lesécorce que lorsqu’ils sont abattus; mais il faut avoirl’attention de n’en couper que la quantité qu’onpeut écorcer en peu de jours, parce que l’écorce selève plus difficilement, à mesure que la sève se dis-sipe.
80