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Tome premier.
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trouver une bonne affaire. Achètera-t-on pour con-server? non, mais pour abattre. Achètera-t-or. lesbois médiocres ou mauvais? non... Il y a plus à ga-gner avec la bonne marchandise quavec la mauvaise.Achètera-t-on, enfin, pour laisser dormir ses fonds,et pour lavantage de la postérité ? Vous ny croyez

1 >as , sans doute, messieurs.... On choisira les meil-eures parties des forêts; on fera des offres séduisan-tes, des avances ; ce qui sera vendu le sera à vil prix,parce quon naura que des évaluations rapides oususpectes ; le ministre sera trompé ; lorsquil croiraavoir un marché favorable au trésor, on lui en sur-prendra un très-mauvais. Cest pour arriver à ce butque lon cherche à écarter lAdministration fores-tière , les formes des ventes et les désignations. Il nerestera bientôt quun simulacre de richesses , desbois mutilés, des bois dont ladministration seracoûteuse, et lon aura perdu des ressources inappré-ciables pour la marine, les arts, la haute charpente,les besoins imprévus, une guerre inopinée. Ce mor-cellement une fois effectué, une fois la hache portéesur 3 oo,ooo hectares çà et, on tiendra bien moinsà la conservation du surplus ; on répétera avec suc-cès ces argumens toujours repoussés, et que je dé-truirai bientôt; on aliénera ce surplus... , et on peutprédire quavant trente ans , la totalité des bois delétat sera hors de ses mains , et détruite en grandepartie.

» Avant que la population et la civilisation eus-sent constitué de grandes sociétés policées, les peu-ples nont considérer les forêts qui couvraient laterre que comme des asiles pour leurs hordes erran-tes , et comme la demeure des animaux dont ils senourrissaient: leur épaisseur impénétrable, leur obs-curité imposante en faisaient le séjour de leursdieux... Mais à mesure que les sociétés se sont for-mées , que les habitations se sont fixées et rassem-blées, les forêts leur ont cédé une portion du terri-toire; la culture sétant introduite, ses conquêtessur elles ont augmenté , et la diminution des forêtsa eu lieu en raison des progrès de la population, delagriculture et des arts. Peu-à-peu les sociétés hu-maines ont reconnu que les bois restés sur le solquelles occupaient, leur devenaient nécessaires.Cest ainsi quelles sont arrivées au point de consi-dérer lexistence de ces bois comme liée à leurs be-soins et à leur prospérité, et de commencer à soccu-per de leur conservation. Chez plusieurs nations ,notamment chez les Gaulois , les idées religieusesen furent la première sauvegarde, et le chêne de-vint un objet sacré. Bientôt lautorité civile se joignità lautorité de la religion; des règles de surveillancesintroduisirent pour la conservation de ces dépôtsdune utilité commune ; ces règles se sont insensi-blement perfectionnées , et des agens particuliersont été préposés à leur maintien. Ces précautions ,usitées dans tous les pays éclairés, ont retardé ladisparition absolue des bois, disparition qui est lefatal précurseur de la décadence du sol, et de lappa-rition des déserts aux lieux quembellissaient autre-fois des forêts majestueuses. (V. notre Discourspré-liminaire. )

» Linfluence des bois sur le climat et le sol estincontestable ; les lois de la physique, et linspec-

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tion seule des régions qui en sont dépouillées, enfournissent la preuve dans les parties de la surfacedu globe autrefois riches et peuplées , aujourdhuistériles ou tendant à la stérilité. Si cette influencegénérale est si grande sur la présence de leau, la fé-condité delà terre etla salubrité de lair, ellenestpasmoins sensible sur nos besoins et nos jouissances.Voyez ces chênes antiques dont les rameaux touffusont concouru à de si grands effets physiques lorsquilsdominaient dans la forêt... Debout, ils vous proté-gèrent de leur ombre bienfaisante ; ils sont renver-sés , mais leurs vénérables troncs , employés souscent formes différentes, vont consolider, orner etcouvrir vos habitations , unir les deux rives dunfleuve, faire mouvoir vos usines, vous procurer desmeubles utiles ou agréables, vous donner vos chars,vos instrumens aratoires, vos barques, vos vaisseaux;leurs débris, dévorés par les flammes, vous garanti-ront des rigueurs de lhiver , cuiront vos alimens ;enfin leurs cendres dispersées sur cette même terrequi les avait vus naître, lui rendront des sels fécon-dans et augmenteront vos récoltes !

» Ceux qui ne voient que le présent ; ceux qui necalculent point les maux éloignés, ne seront peut-être pas fort ébranlés par ces considérations géné-rales ; ils les regarderont peut-être aussi comme desdéclamations intempestives dans la discussion dunbudget; car, selon eux, il ny a pas beaucoup derapport entre des faits physiques et un arriéré definance : heureusement lopinion publique nen ju-gera probablement pas ainsi.

» Dautres diront que labondance des combusti-bles fossiles en France atténue beaucoup le dangerde la disette des bois ; mais je leur répondrai que larecherche et lemploi multiplié de ces combustiblesest une preuve de la diminution réelle des forêts,quelle annonce une sorte dinquiétude nationale àcet égard ; que dailleurs ces dépôts précieux ne gi-sent quen certaines contrées ; que celles qui sentrouvent trop éloignées ne peuvent se passer debois; que ces substances ne remplacent point celui-ci dans une foule dusages, dans les arts , les cons-tructions, la marine, etc.

53 11 nest donc que trop démontré que la dimi-nution des bois est une calamité.... et que les gou-vernemens , bien loin dy concourir, doivent appor-ter tous leurs soins à lécarter. Cette observationnéchappait pas à cet homme public célèbre, à cesage et éclairé Colbert lorsquil prononça ce mot

quon ne peut oublier. la France périra faute de

bois _Quand on défend la cause de ceux-ci sous

légide dune autorité aussi respectable; quand onse rappelle que sous Colbert , dans le dix-septièmesiècle, le territoire de la France avait plus du dou-ble de bois et futaies quil ny en existe aujourdhui ;quand on remarque que, depuis moins de cinquanteans , on a vu vendre, détruire et défricher une mul-titude de forêts , et que les moyens de diminuer laconsommation de ce combustible sont lobjet de larecherche générale, on doit rendre hommage à laprévoyance profonde de ce grand ministre.

» Lorsquil tenait ce langage, le clergé séculieret régulier, les grands seigneurs, les riches proprié-taires, possédaient et conservaient une grande quan-

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