Band 
Tome premier.
Seite
796
JPEG-Download
 

DOM

DOM

79 6

tité de forêts; malgré cela, Colbert prédisait notredécadence sur ce point, mais il la croyait plus éloi-gnée. Il attira lattention de Louis XIVsur un ob-jet auquel il attachait tant dimportance, et lordon-nance sur les eaux et forêts , ce beau monumentdadministration publique, parut; elle a survécu àlancienne législation, et formeencore la base denoslois forestières.

33 Les revers de la fin de ce règne illustre , lacrise du système de Lavv, la guerre de la succession,celle de sept ans et autres, qui épuisèrent nos finan-ces , ninspirèrent point la pensée daliéner une par-tie des forêts de létat ; et plus les ventes des parti-culiers se multiplièrent, plus on sappliqua à con-server les propriétés publiques dans leur intégrité.

33 Ce ne fut quà lépoque de léruption volcani-que de la révolution , que les projets daliénationdes forêts de létat se manifestèrent ; elles devinrentlobjet des spéculations , de la cupidité et du désirde senrichir auxdépensde nosneveux. LAssemblée constituante résista à toutes ces tentatives; elle soc-cupa dune loi dorganisation forestière : mais (com-me lobserva, dans un rapport, M. Poulain-Grand-pré, le 16 ventôse an 7) , ce fut ce système daliéna-tion, auquel une main puissante et invisible poussaitdepuis long-temps la France , qui empêcha que cetteloi , portée dans les derniers jours de lAssemblée constituante , 11e pôt recevoir son complément. Lesmêmes efforts en retardèrent et suspendirent lexé-cution dans lAssemblée législative ; ils parvinrentaussi à écarter les mêmes mesures à la Convention,et dans les législatures de lan 4 et 5 : les partisansde laliénation invoquaient tous les motifs quonfait valoir aujourdhui, la difficulté des circonstan-ces , la pénurie des ressources , linconvénient despropriétés publiques.... Mais, malgré cette impul-sion, qui dura onze années, et fut mise en oeuvre souscinq Assemblées, elles reconnurent toutes que lesmots 'ventes des forêts étaient synonymes avecanéantissement des forêts. Le Corps législatif de lan7 consacra de nouveau leur inaliéuabilité ; les inté-rêts des générations et ceux de notre marine furentrespectés; ce corps sentit que permettre cette me-sure, cétait favoriser les vœux de lAngleterre, aveclaquelle on était en guerre. Le dernier gouverne-ment, malgré ses besoins, ses dépenses et ses guer-res continuelles , na songé à recourir aux bois delétat quà lapproche de ses derniers momens : ilavait porté pour 100 milli ns de produits de ventesde bois dans son projet de budget de 1814» mais ilnaftecta à celte rentrée que les portions au-dessousde 25 o hectares, et éloignées des grandes forêts , àla distance déterminée par la loi, sauf, est-il dit ,à en proposer laliénation ultérieurement. Ainsi ilindiquait les parties isolées et les moins dommagea-bles aux grandes forêts, quil laissait intactes , et neprescrivait pas définitivement laliénation de ces par-celles. Aujourdhui, que la France est rentrée dansson état antérieur à la révolution , ne doit-elle pasménager les uniques ressources de sa marine? Ira-t-elle en chercher dans les états voisins "u dans leXord ? Mais , outre linconvénient dexporter le nu-méraire, naura-t-elle pas à craindre, en cas deguerre avec quelque puissance maritime, de ne pou-

voir effectuer ses transports, et dêtre dans limpos-sibilité dapprovisionner ses arsenaux ?

33 Je sais quen cet instant nous avons des vais-seaux ; mais je ne parle pas pour le moment actuel ;la durée des vaisseaux est connue : il faut dailleursentretenir , réparer, avoir sans cesse des approvi-sionnemens prêts , construire pour la marine mar-chande , qui va nécessairement prendre de lactivitépar le rétablissement de nos relations et par leffetde la paix; la chose la plus importante à considérer,cest lavenir.Les futaies sont louvrage des siè-

cles et non des jours.... Ce serait une grande erreurque de compter sur celles des particuliers : ellessappauvrissent, et diminueront de plus en plus enmoins de vingt ans , parce quil est impossible dedouter que beaucoup de ventes de bois de particu-liers auront lieu pendant ce temps ; les secousses dela révolution qui ont anéanti tant de fortunes , lesmaux éprouvés en tous genres , le font malheureu-sementtropprévoir. Ne mettons donc point la France

dans la dépendance de létranger. Conservons

intact le dépôt des forêts de létat, qui nous a été re-mis par la nature et transmis par nos pères ; conser-vons ce dépôt pour lintérêt et lhonneur de la pa-trie , et cherchons davitres moyens qui, quels quilssoient, nentraîneronfjamais les conséquences decelui quon vous propose.

33 Vainement, pour en déterminer ladoption ,cherche-t-on à persuader que des propriétés territo-riales ne conviennent point à un grand étal; que lin-térêt particulier est le meilleur administrateur; queles forêts seraient.mieux surveillées et conservéespar des propriétaires particuliers ; que dailleurs ilsseraient soumis eux-mêmes à des règles et à unesurveillance.

33 Sil sagissait de tout autre genre de propriétésterritoriales, je conviens que cette opinion seraitfondée , et que laliénation serait convenable : desbàtimens, des prés , des terres, des usines et autresimmeubles ont un revenu annuel; ces propriétésexigent des réparations,des avances, et perdent, chi-que jour, de leur valeur, tandis que celle des torètssaccroît au lieu de déchoir. Les autres biens rurauxgagnent par les soins et lindustrie du propriétaire,tandis quils périclitent entre les mains dun gou-vernement , qui ne peut eri tirer parti et les amé-liorer comme lagriculteur. Il nen est pas de mêmedes grandes forêts, leurs possesseurs doivent êtreassez puissans et riches pour se passer long-tempsde revenus , et débourser au contraire annuellementpour lentretien : elles doivent donc moins prospé-rer entre les mains des particuliers, quen celles delétat, qui ne meurt pas. Dailleurs, daprès le coursordinaire des choses , et dans notre législation ac-tuelle sur les successions, le propriétaire particuliernest jamais certain de les conserver dans leur inté-grité: une circonstance malheureuse, des dettes ,des besoins , le forcent à vendre; il nest jamais as-suré que ses enfans pourront garder une propriétépresque inerte pour eux ; des partages, des subdivi-sions arrivent et entraînent des démembren:ens, descoupes partielles, la distraction : il 11y a donc quunétat ou des corps toujours subsistans qui peuventmaintenir des forêts ou en élever de nouvelles.