DUN
ies sommets de ces montagnes, et d’augmenter laLrgeurde leurs bases.
33 Toutes les irrégularités que nous venons de re-marquer sur la surface, existent nécessairement dansl’intérieurdes dunes,puisque toujours un vent moinsfort succède à la tempête. Lorsque ce vent est sec ,tous les trous sont remplis,et les buttes recouvertes>ar de nouveaux sables sans avoir éprouvé d’ail-eurs de dérangemens trop sensibles, et sans que lescauses que nous avons détaillées aient eu le tempsd’opérer leur destruction.
33 II est, sans doute , très-possible que ces mon-tagnes soient un jour absolument et invariablementfixées et habitées, et que quelques établissemens pu-blics exigent des ouvertures de route, des construc-tions de puits, des coupures, des excavations pro-fondes. Il s’élèvera indubitablement alors des dis-cussions sur les édifices anciennement enfouis, donton retrouvera des traces ; sur des arbres enracinéset debout, de 100 pieds de hauteur, surmontés de100 pieds de terre, qui, pétrifiés ou changés de na-ture, n’auront pas changé de forme , et dont lesfeuilles, pourainsi dire dans leur position naturelle,quoique décomposées , auront cependant laissé leurempreinte. On formera des conjectures, peut-êtrefausses, sur ces bizarreries dans l’arrangement deces terres , qui n’est véritablement que l’effet toutsimple et toutnaturel du mouvement des eaux, desimpressions de l’air et du jeu des vents ; mais on entrouvera facilement l’explication dans la seule étudede la nature, si l’on veut prendre la peine sur-toutde suivre sa marche sur le rivage de la mer et sur sesbords.
» Les vallons qui se trouvent entre les duneschangent de place comme ces montagnes; leur sol,successivement couvert et découvert, ne produit quequelques espèces de grarnen, dont les jets traçaus etgenouillés s’échappent par rayons , forment, à cha-que nœud , de nouvelles racines et de nouvellesplantes, qui, par la facilité qu’elles ont de s’éten-dre et de se propager en tous sens, remplissent enpeu de temps le terrain qu’elles peuvent parcourir,et gagnent de vitesse les autres sables qui le 6 pour-suivent. Les autres plantes, n’ayant pas les mêmesmoyens , n’ont pas le temps de s’y reproduire , etc’est par cette raison qu’elles y sont en très - petitequantité.
» Quoique ces herbes soient peu serrées entreelles ou clair-semées, elles suffisent cependant pourla nourriture de quelques troupeaux épars de veauxet de vaches, que ceux à qui ils appartiennent nepeuvent reconnaître qu’à des marques particulières,qu’ils ont l’attention de faire quand le nourrissori estencore faible , et avant qu’il ait quitté sa mère , quin’est reconnue elle - même que par ce moyen. Cestroupeaux quelquefois appartiennent à la commune;dans ce cas , les bêtes qui les composent sont abso-lument sauvages. On les tire à coups de fusil, etelles se vendent à l’enchère : ces produits sont em-ployés pour les besoins de la commune et par lesordres de la municipalité ; le prix le plus ordinairede ces vaches est de 3 o à 40 liv. (en 1790).
33 Après avoir fait la description des dunes, et lesavoir suivies dans leur marche , dans leur accrois-
DUN 811
sement et dans leurs effets , nous ne devons pas né-gliger de parler de quelques dangers auxquels 011 estexposé en les parcourant, et d’indiquer ce qu’ilconvient de faire pour les éviter.
33 II se forme, au pied de ces montagnes, aprèsdes pluies abondantes et d’uue certaine durée, depetits lacs ou amas d’eau, quelquefois de plusieurspieds de profondeur. (Nous avons dit que les ventsenlevaient des parties de sable en les arrachant dela masse pour les transporterai! loin. Ces sables re-tombent en pluie sur la surface de ces lacs, ordinai-rement tranquilles et bien abrités , descendent sansfrottement et sans aucun mouvement forcé, descen-dent, pour ainsi dire, en équilibre au milieu des-eaux, et y forment une infinité de petites voûtes;ces voûtes en soutiennent d’autres , celles-ci d’au-tres encore, et ainsi de suite : ces dernières s’élè-vent souvent à plusieurs pieds au-dessus des eaux.La partie supérieure de ces sables étant alors blan-che et sèche , le piège, bien recouvert, est parfaite-ment voilé. Celui qui marche sur cette surface met ledésordre dans l’édifice; toutes les voûtes s’écroulent,et il s’enterre quelquefois jusqu’aux reins; mais lafrayeur est presque toujours plus grande que ledanger. En supposant même qu’il fût possible des’y enfoncer jusqu’au cou, il serait aisé de s’en ti-rer, en observant pourtant de ne pas faire d’efforts,ni trop précipiter ses mouveniens, car on pourraitpar là contribuer à sa perte. L’équilibre de ces sa-bles dérangé, ils se tassent d’eux-mêmes, et il nefaut que donner le temps à ce tassement de s’opérer;lorsqu’il est fait, on lève une jambe, et on restequelques instans sans mouvement; un nouveau tas-sement se fait sous le pied levé, et le fond devientplus solide : on lève l’autre jambe avec les mêmesprécautions, ainsi successivement, et on se trouvepeu-à-peu au-dessus. Alors l’eau qui remplissait levide de toutes ces voûtes remonte à la surface, etforme une mare de 3 ou 4 pouces de profondeurplus ou moins , dans laquelle on peut marcher entoute assurance. Les vaches , les chiens et autresanimaux qui fréquentent souvent les dunes, et quipar hasard tombent dans ces blouses (c’est ainsiqu’on nomme ces sortes de gouffres) , soit par ins-tinct ou par expérience , emploient ce moyen mé-thodique pour en sortir, toutefois lorsqu’ils n’y sontpas trop profondément engagés, et qu’ils conserventau moins la liberté du mouvement des jointures desépaules ; autrement ils n’en sortiraient jamais sanssecours. J’en ai fait deux fois l’expérience dans lemême jour : mon cheval s’ensabla dans l’une de casblouses jusqu’au-dessus du poitrail ; quoique très-vigoureux , ses efforts furent impuissans; nous par-vînmes cependant à le dégager en écartant et en en-levant les sables dont ses jointures étaient embar-rassées. 33
L’auteur assure que les animaux accoutumés àvivre dans les dunes savent très-bien éviter ces piè-ges, qui n’ont cependant d’autre indication qu’unesurface plane et un peu ridée, et que le moyen leplus sûr de les éviter , c’est de suivre la trace destroupeaux lorsqu’elle peut être aperçue.
Le second chapitre du mémoire est consacré àfaire connaître les causes qui concourent à la forma-it
102