8x2 DUN DU N
tion des dunes. L’auteur combat l’opinion de quel-ques naturalistes qui ont prétendu que les matièresqui composent les dunes ne provenaient que desdépôts charriés dans la mer par les eaux des rivièresou des ruisseaux qui s’y réunissent, et que ces ma-tières , rejetées par les flots, en étaient le seul ali-ment. Il reconnaît que cette cause peut entrer pourquelque chose dans la formation et l’accroissementde ces sables ; mais il est convaincu de son insuffi-sance par la prodigieuse quantité de ceux qui setrouvent entre l’embouchure de la Gironde et cellede l’Adour , et par la comparaison de cette quantitéavec le vide des vallons creusés par deux fleuves, oupar les ruisseaux, par les rivières qu’ils reçoivent.
Le chapitre 111 présente des conjectures sur l’é-poque de la formation des dunes dans le golfe deGascogne. L’auteur rappelle que, d’après des re-marques faites dans le courant de mai 1776, l’unede ces montagnes, par un vent d’ouest assez régu-lièrement soutenu, avança de 3 pieds environ en sixjours; puis il calcule le cube de sable enlevé de laplage pendant cet intervalle, et la marche réduitede ces sables du côté des terres, qu’il estime être de60 pieds dans une année; et il trouve que la massetotale des sables , depuis la pointe du Grave jusqu’àl’embouchure de l’Adour, a dû sortir en quatre milledeux cent dix-huit années. Il termine ce chapitrepar des observations sur la distance que les sablesont dxl parcourir pendant ce nombre d’années, dis-tance qui serait de 42,180 toises, mais qui n’est quede 2,5oo toises, parce que, de son côté, la mer auraitempiété sur les terres de 3 g, 5 oo toises.
« Par tous ces faits , dit JVI. Brémontier, on peutprésumer encore que la mer a successivement atta-qué et abandonné à plusieurs reprises la partie duContinent que nous habitons, et qu’elle éprouve desbalancemens alternatifs, tantôt d’un côté et tantôtde l’autre, effets dont les vents régnans sont la prin-cipale cause.
» L’engloutissement d’une chaîne de montagnes,événement très-possible et qui peut être l’effet desfeux souterrains; une irruption de l’Océan dans lesterres; une grande révolution dans l’intérieur duglobe, qui peut être produite par la même cause ,doivent nécessairement occasionner également degrands effets, même dans l’atmosphère : et 11e serait-il pas possible enfin qu’une de ces crises violentesauxquelles le monde paraît sujet comme touslesêtresqui en font partie, eût, à différentes reprises, dé-rangé l’ordre des vents et ramené la mer sur lesterres qu’elle avait anciennement formées, pour lesdétruire et les recomposer encore, et qu’alors pré-cisément ait commencé la formation des dunes surnos côtes?
» 11 est assez singulier que cette époque, qui, d’a-près notre calcul, remonte à quatre mille deux centdix-huit ans (en 1790), se reporte, à peu de choseprés, à celle du déluge. »
Dans le chapitre IV, l’auteur parlait de la diffi-culté de fixer les dunes en grand, des tentativesinutiles faites à cet égard sur plusieurs côtes duroyaume de Danemarck, des prix proposés par l’A-cadémie de Leyde pour la fixation des sables deSkwelingue, enfin des divers moyens tentés parquel-
ques particuliers pour arrêter les progrès des dunesdu golfe de Gascogne, en jetant au hasard sur lessables au bord de la mer, des graines de pin et degramen, qui avaient été emportées par les vents ouqui n’avaient produit que des plants isolés.
11 établissait l’indispensable nécessité non-seule-ment de fixer les sables sur toute lenir longueur , etdepuis leur extrémité du côté des terres jusqu’à leurorigine sur les bords de la mer , mais encore de serendre maître des sables préparés et rejetés par cetélément. 11 conseillait de s’occuper d’abord d’empê-cher les sables de s’échapper de la plage et de pré-venir les dégâts qu’ils pouvaient faire dans de jeunessemis, jusqu’à ce qu’ils aient acquis assez de hauteurpour s’en défendre par leur propre force ; ce qui luiparaissait pouvoir être exécuté au moyeu d’un cor-don de fascines de 4 ou 5 pieds de hauteur, établiparallèlement à 20 ou 25 toises au-delà de la laissedes vives eaux, cordon qui arrêterait les sables, et aubesoin pourrait être exhaussé par un nouveau cordon.
On trouve le plusordinairement, observe l’auteur,entre le pied des dunes et la laisse des hautes marées,un espace quelquefois de 100 toises , et même sou-vent plus considérable, dont la surface est plane etpresque de niveau, et sur laquelle les sables, sor-tant de la mer, glissent sans s’arrêter jusqu’à cesmontagnes : c’est cette partie qu’il est absolumentindispensable de fixer par des semis. Tout travaildans le milieu des dunes, ou à leur extrémité du côtédes terres, serait tôt ou tard détruit ou mutilé. Dusuccès de cette première plantation , doit dépendrecelui de l’entreprise.
« On propose donc, continvie-t-il, de semertoute cette partie plane et presque de niveau , engraines de pin et de genêt ordinaire et épineux, quipousseront d’autant plus promptement, que ce ter-rain leur est très-favorable. On ne doit pas craindreque cette graine soit ensevelie dans les sables etqu’elle ne puisse germer, sur-tout si on emploie lemoyen des cordons pour en protéger la pousse pen-dant les trois ou quatre premières années; on saitque ce temps est plus que suffisant pour que lesgraines, semées dans un terrain de cette espèce, enquantité assez abondante, forment une fourrée im-pénétrable de 2 à 3 pieds au moins de hauteur : alorsnotre principal objet sera rempli.
» Les nouveaux sables qui sortiront annuellementde la mer en trop petite quantité pour leur nuireet les surmonter, seront retenus par ces plantations,s'accumuleront à la longue, formeront nue nouvelledune contenue sur ses bords, qui protégera le ter-rain et les plantations qui se trouveront après elle n on-seulement contre les vents mais encore contre les ef-forts de la mer, qu’elle tendra à retenir dans son litet dont elle diminuera les progrès sur nos côtes. Ceteffet paraît naturel : la dune fixée sera sapée pat sabase ; les sables éboulés retomberont alternative-ment surla plage et seront reportés au dehors. Cettelutte continuelle , cotte opposition renaissaoite, doitproduire un ralentissement d’autant plus sensibledans les irruptions des eaux, que, par la naturequartzeuse de oes sables et leur petitesse, ils résis-teront plus long-temps et ne seront pas susceptiblesd’en être aussi promptement décomposés.