n6 HISTOIRE
C’est bien assez des efforts de l’invention pour consumer la vie:l’homme ne crée qu’aux dépens de la force qui le fait exister ,c’étoit trop d’y ajouter le chagrin qui mine sourdement cetteexistence. II avoit subi à Prague pendant onze années les hor-reurs de la disette, il étoit encore dans le besoin , il follicitoitencore à Ratisbonnc ce qui lui étoit dû , lorfqu’il y mourut lei 5 Novembre 1631, âgé de cinquante - neuf ans (a). II n’alaissé à fa femme Sc à ses enfans, que son souvenir avec lagloire de son nom ; mais fa gloire, qui n’avoit pu le fairevivre , fut inutile à fa .veuve Sc à fes orphelins ; leur pauvretéest marquée par une anecdote singulière. Kepler , avant demourir , avoit composé un ouvrage intitulé Songe de Kepler;il fe fuppofoit transporté fur le globe de la lune , il y détail—loit les apparences de l’univers, la longueur des années Sc desjours si différons fur ce globe de ce qu’ils font fur le notre. Lamort de Kepler interrompit l’impreffion de cet ouvrage : songendre (b) en prit foin , il fut de même arrêté par la mort.Dans un siecle ou régnoient encore la superstition Sc l’astro-logie , Louis Kepler son fils , frappé de ces destinées , laissalong - te m s cette impreílìon fatale , il craignoit d’y perdre lavie ; rien ne put le déterminer que les larmes de fa belle-mereSc le spectacle de la mifere de fes enfans. Voilà donc le fortdes grands hommes , la gloire 6c la pauvreté ! Leur gloiren’intéreste qu’eux , futilité , souvent très - grande , de leursinventions est éloignée ; on ne paye bien que les services pré-fens. Pour avoir le courage de reculer les bornes des sciences,il faut s’ifoler de tout intérêt, Sc vivre dans l’avenir, qui rendtoujours justice. Mais quand à du génie on joint une ame sen-sible , on s’afflige pour les siens , pour des estes chéris , qui
(«) Veidler, p. 41;,
(í) Jacques Barcích.