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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE

rens, jusque chez les nations les plus reculées de l’Europe , car il est aunombre des divinités qui se trouvent chez les Scandinaves, peuples quicôtoyaient la mer Baltique. Outre Teutatès , dont nous avons déjà parlé,les Gaulois avaient un Mercure barbu qu’ils appelaient Mercure Jrtœïen }surnom qui, selon eux, signifiait auguste , grand ou excellent. Us en avaientencore un autre sous le nom de Cessonius. Ils le représentaient avec delongues oreilles de chèvre ou dane, semblables à celles des faunes, dessatyres et de Silène. Ce dieu présidait aux forêts et à la chasse.

Le bas-relief suivant, que nous avons découvert dans l’église pa-roissiale de Saint-Marcel de Paris , représente un bœuf couché, que noussupposons être un des signes du zodiaque. La sculpture du monument deSaint-Marcel nous paraît être de l’époque des autels que nous venons dedécrire, c’est-à-dire du commencement de notre ère : le dessin, le style,tout ce qui appartient à l’art du statuaire est parfaitement semblable ; lapierre est aussi de la même nature ; et si on veut se donner la peined’examiner le taureau qui est sculpté sur une des faces de l’autelfig. 2 , on verra que la forme de celui - ci est absolument la même.On peut les comparer au Musée du Iloi, où ils ont été placés l’un etl’autre après la suppression du Musée des monumens français . Nous nedoutons pas que ce monument, qui ornait l’église Saint-Marcel, et quiétait ajusté sur une des faces de la tour de l’église, n’ait été retiré d’unédifice beaucoup plus ancien, et appliqué par suite où on le voyait, lors dela construction de celte tour, qui ne date, suivant quelques auteurs, quedu onzième siècle.

La cuve en porphyre gravée au bas de cette planche est d’une dimensionconsidérable par rapport à la matière. Le travail nous a paru dater du bas-empire. Elle est ornée d’une forte tête de tigre sculptée en relief. Elle a étédéterrée à l’entrée de la ville de Metz , où il y avait des thermes, et où ellepourrait bien avoir servi de baignoire. On la voit aujourd’hui dans la prin-cipale église de cette ville. Elle est employée comme fonts baptismaux.

Cette cuve, creusée et sculptée dans une seule masse de porphyre , portedeux mètres neuf cent vingt-deux millimètres de long, un mètre cinq centsoixante-neuf millimètres de large; sa profondeur est de cinq cent quatre-vingt-quinze millimètres , et sa hauteur d’un mètre cent trente-six milli-mètres ; ses bords portent d’épaisseur cent soixante-deux millimètres.

Monumens de Cassel. Le dernier monument de cette planche représente unecolonne tronquée, montée sur un piédestal orné de bas-reliefs et d’inscriptions :selon les apparences, il est un hommage public rendu à plusieurs divinitésgauloises. On en fit la découverte le 27 mars 1793, en creusant dans les en-virons de Cassel, département du Nord , pour établir de nouvelles fortifications.Il fut généralement considéré comme un ouvrage des Gaulois. Les espècesd’écailles de poisson, qui couvrent la colonne (i)-, les divinités, Jupiter,Hercule , Mercure, qui sont sculptées sur le piédestal, et les inscriptions eiilettres mêlées ou informes , qu’on y voit, et qui rappellent celles des autelstrouvés dans l’église Notre-Dame de Paris , indiquent assez à quelle époquece monument appartient pour qu’il soit inutile d’en dire davantage.

PLANCHE III.

Monument découvert a Andrezi. Ce monument en marbre nous paraît êtred’une meilleure main que ceux que nous avons vus jusqu’à présent. Aprèsavoir appartenu au comte de Caylus, il est passé au cabinet des antiques dela bibliothèque du Roi. Il fut découvert à Maisons , près Andrezi, départe-ment de Seine-et-Oise , vers le milieu du siècle dernier. Caylus, qui a décritet fait graver ce monument, pense qu’il pourrait être un vœu consacrépar le collège des nautœ parisiaci, ou les chefs de la navigation de Paris .

On y voit quatre figures nues , formant bas-relief, représentant un vieil-lard , que nous croyons être le dieu Neptune ; un homme dans lage viril,tenant dans scs mains une gerbe de blé ; une femme ayant pour attributun serpent, ce qui peut la faire considérer comme la déesse Hygie ; et enfinune Vénus marine , reconnaissable à l’espèce d’aviron qu’on lui a mis à lamain. Toutes ces figures sont debout, et posées sur une eau courante, quel’on exprime toujours en sculpture par des traits ondulés. Nous pensonsque la femme qui tient un aviron pourrait bien être une représentation dela rivière de Seine , dont les eaux et le courant rapide sont indiqués par lesondulations. Si, comme le dit Caylus , les deux figures d’homme sont lareprésentation des navigateurs parisiens qui ont consacré le monument àtitre de vœu, nous dirons que ce vœu s adresse à Vénus marine, figurée icià la place de la rivière de Seine ; que celle-ci est accompagnée de la déesseHygie , par allusion à la salubrité de ses eaux ; et enfin que l’on a posé lesquatre figures dont le bas-relief se compose sur la rivière elle -mtyne,pour désigner que les personnages qui ont consacré cet autel tenaient leurexistence du commerce qu’ils faisaient sur 1 eau. Ce monument serait doncun hommage public qui aurait été rendu aux divinités protectrices de lanavigation. Nous sommes autorisé à parler ainsi , d’après une noticedu temps de l’empereur Honorius (2), qui porte que le préfet de la

(1) Je considéré cet espèce de dessin , qui se répète souvënt sur les tombeaux et surbeaucoup d’autres monumens des anciens, comme une précaution prise pour faciliterl’écoulement des eaux pluviales, et comme une imitation des tuiles dont on couvrait lesmaisons.

(2) Honorius, empereur d’occident, fils de l’empereur Théodose et de Flaçcille, est né

flotte des Andérétiens demeurait à Paris : Prœfectus classis Anderetiano-rwm Parisiis. Le commissaire de La Mare, dans son Traité de la police,comme le dit Caylus ( t. 2, p. 365 ), croit que la dénomination d ’Andèré-tiens vient du nom Aÿxdereciacum , ou Andrezi, bourg situé sur laSeine, à l’embouchure de l’Oise , où cette flotte avait eu d’abord sa principalestation. Ces flottes, dit Caylus, établies sur ces rivières, parcouraient, tant enmontant qu’en descendant, un certain espace de pays, pour s’opposer ,conjointement avec des troupes cantonnées dans différens châteaux bâtissur les bords, aux incursions des barbares. Ce passage de la notice quenous venons de citer aurait pu nous autoriser à considérer les deux femmesqui sont figurées sur le monument d’Andrezi ; comme l’union de la Seine avec l’Oise, union qui aurait été d’autant plus motivée, que Paris était le chef-lieu du commerce qui se faisait sur les deux rivières. Ainsi la Seine , con-sidérée comme la plus importante, aurait été désignée par la figure quiporte un aviron. Cependant, sans rejeter entièrement cette idée, nous nousen tenons à la première. Cet autel a quinze pouces de haut. Il a été dessinéà la Bibliothèque du Roi.

Les trois druides gravés ici d’après un bas-relief en pierre découvert àAutun font voir les costumes et les attributs que ces prêtres portaientdans les difl’érens emplois dont ils étaient chargés. Les deux premiers ,vêtus de la tunique longue et du grand manteau , paraissent être les chefsde l’un des collèges de la Gaule . Le premier de tous , comme chef su-prême , est couronné de chêne , et porte un sceptre. Le second n’a pointde couronne; mais il tient de la main droite l’emblème du croissant de lalune , qu’il portait le jour de la cérémonie du Gui , qui se célébrait lesixième jour de la première apparition de cet astre.

Le troisième, gravé d’après un bronze découvert dans le département duDoubs , représente Un druïde sacrificateur. II est vêtu de la tunique , ousagum , à manches longues et du haut de chausse large, qui envelop-pait les jambes et les pieds, comme en portaient les Germains. On voit àsa ceinture l’instrument de sa fonction. Ce bronze, de cinq pouces de hautappartient à M. Bruant de Besançon .

Apollon. Il y a peu d’années que l’on a découvert dans les environs de Lyon une statue d’Apollon en bronze, dans la proportion de deux pieds, dont lapose, le caractère, le style et l’exécution rappellent les belles productionsgrecques. L’inscription An©AAf 2 N, tracée au bas en gros caractères, nelaisse aucun doute sur le personnage représenté. Elle a été achetée par lecorps municipal pour le musée de Lyon .

La statue de ce dieu est figurée assise. Son attitude rappelle celleque les anciens donnaient à leur Jupiter. Apollon n’est point représentéici dans son état de vënustê , comme le veut Tibulle ; il est barbu, mâle etvigoureux : c’est Apollon homme, dans l’âge viril, tel qu’on nous peintEsculape ou Esmunus. Suivant Lucien, il y avait à Hiérapolis une statued’Apollon barbu, et vêtu de la même manière que celui de la ville de Lyon .

Vénus d’Arles. Sur la même planche on voit la belle statue antique dé-couverte en 1661 dans la ville d’Arles , et que l’on croit être une Vénuspudique. Cette statue , d’un travail grec, a six pieds de haut. Elle est demi-nue , en marbre de Paros , et passe pour un des plus beaux ouvrages del’antiquité. L’attitude est belle, noble et aisée. La tête est un modèle degrâce et de beauté. L’espèce de bandeau, en forme de diadème , qui relèvel’éclat de son front , et dont les extrémités flottent sur ses épaules,avait fait supposer que cette statue était celle de Diane. Pour justifiercette opinion , on s’étayait du sacrifice de trois enfans que le chefdes druides de la ville d’Arles lui offrait tous les ans, le premier jour demai. Tout cependant nous peint Vénus décente ; la draperie qui couvre lapartie inferieure de son corps, et en dessine parfaitement le nu, indiqueassez quelle s est dépouillée de sa tunique et de son manteau pour laisservoiries formes qui caractérisent sa beauté, sans néanmoins se découvrirentièrement. Winckelmann ( t. 2 , p. 77 ), en parlant de Vénus céleste,fille de Jupiter et d’Harmonie, dit que cette déesse est reconnaissable audiadème élevé sur sa tête, dans le goût de celui que porte Junon . II parleégalement d’une statue antique de Vénus victorieuse , que l’on voit dans lepalais de Caserte , et qui porte aussi un diadème. Enfin, si le bandeau quel’on remarque à la statue de la ville d’Arles n’est pas un des attributs ordi-naires de la fille de Jupiter, ce n’est pas une raison pour que cette statuene soit pas une Vénus, puisque les Anciens représentaient cette déesse avecou sans diadème. Virgile (Georgigues , liv. 1, v. 168) dit que les statues desdieux étaient ornées de bandelettes. Nous 11e parlerons pas de la pommeet du miroir quelle tient dans ses mains , parce qu’étant des objets de res-tauration ajoutés par Girardon, ils ne sauraient être invoqués à l’appui denotre opinion. Celte statue est au Musée du Louvre.

L’arc d’Orange, dont on voit ici la gravure, est sans doute un des plusremarquables qui existent. Son seul défaut est d’être trop riche; mais lesbas-reliefs historiques , les trophées et les ornemens de toute espèce dontil est surchargé sont d’un si bon goût, si bien sculptés et si judicieusementdistribués sur toutes ses parties, qu’on n’en saurait faire une critiquesérieuse. Le fronton, les impostes, les archivoltes étaient ornés, commele reste, des plus belles sculptures ; mais les marbres qui étaient incrustésdans la pierre, ayant disparu, laissent maintenant les murs à nu : comme

à Constantinople en 584 - Il mourut à Ravenne l’an 423. Je rapporte ici ces dates, parcequ’elles peuvent servir à fixer l'époque de l’érection du monument dont je parle.