I
ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE
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Trône de Dagobert. Celle espèce de chaise curule est en fer ciselé et par-faitement doré; on la voit à la Bibliothèque du Roi, où elle a été dessinée.
La statue assise DE Dagobert que l’on voit ici est, suivant JVIontfaucon,la plus authentique de toutes celles que l’on a publiées de ce prince.L’époque où elle a été renversée est inconnue; mais ce qu’il y a de certain,c’est qu’elle existait encore du temps de ce savant, qui dit l’avoir vueau bas de l’église de Saint-Denis , près la porte d’entrée à gauche; ce seraitdonc à l’endroit où nous avons fait placer le tombeau de Dagobert , qui aété restitué depuis peu à cette antique basilique. Montfaucon dit, sur la foide son dessinateur, que cette statue est d’un goût et d’un temps tout différentde celui des statues du grand portail. Quant à moi, je suis persuadé que c’estcelle qu’on fît faire ou après la mort de Dagobert , grand bienfaiteur del’abbaye, ou peut-être même de son vivant. Comme on le voit, il est proba-blement assis sur son trône, quoique rien ne l’indique, et revêtu de sonmanteau royal ou de la grande chlamyde attachée à l’épaule droite à lamanière romaine. La disposition de ses bras indique assez qu’il tenait unsceptre d'une main, et un globe de l’autre, comme on a représenté depuisl’empereur Charlemagne .
Le sceau et le monogramme de Dagobert , gravés dans le haut de cetteplanche , et que nous avons tirés de l’ouvrage de Montfaucon, sont pris desarchives de Saint-Maximin de Trêves. Ce qu’il y a de remarquable dans cemonument curieux , c’est le sceptre du roi, dont la forme ressemble à celled’une palme,ou d’une branche à plusieurs rameaux, et sa couronne, ferméepar le haut (1).
PLANCHE VIL
Clotaire I er et sigebert. Ces deux figures, qu’on considère comme étantdu onzième siècle , sont sculptées en creux sur les pierres sépulcrales deClotaire et de son fils, inhumés dans l’église de Saint-Médard de Soissons .Les deux princes sont représentés tenant à la main le modèle de celte église,fondée par le premier et achevée par le second. Les monstres qu’ils foulentaux pieds expriment la victoire du christianisme sur l’hérésie.
Chilpéric (2). Cette figure, de grandeur naturelle, n’est guère qu’unesimple gravure taillée dans une pierre de liais. Le roi est représenté couché,tenant d’une main son sceptre et sa barbe de l’autre. Ou a formé plusieursconjectures sur le motif de cette attitude singulière. Les uns n’y ont vuqu’une invention de l’artiste, sans y attacher aucune autre idée; d’aulres ontcru y reconnaître l’expression d’un geste particulier à Chilpéric ; d’autresenfin ont voulu y voir un signe qui indiquait que ce prince était mortassassiné. On fait remonter l’exécution de cette figure au règne du roiRobert, fils de Hugues Capet , c’est-à-dire au temps où l’abbé Morarcl fitreconstruire l'église de Saint-Germain-des-Prés. Les corps de Childebert ,de la reine sa femme, de Chilpéric et de Frédégonde , de Clotaire 11 et deBertrude, enterrés sous le porche de cette église, qui était, au rapport desliistorieus du temps, lelieu de sépulture le plus ordinaire de uos premiers roischrétiens, furent en eflèt à cette époque déposés dans le choeur, où l’on élevaà chacun un tombeau, avec leurs figures et des inscriptions, parmi les-quelles on lit celle de Chilpéric , ainsi conçue :
Rex Chilpericus hoc tegitur lapide.
Clovis ii . Cette statue en pierre n’est guère qu’une copie d’une figureplus ancienne , comme la plupart de celles de la première et de la seconderace; elle date du douzième siècle. Elle est d’assez bon goût; les formes ontde la rondeur, et les draperies de la vérité et de la grâce. La couronne duroi est formée de plusieurs trèfles et ornée de pierreries. Son long manteau,ouvert par-devant, laisse voir la tunique longue qui lui sert de vêtement.Cette statue est à Saint-Denis .
Costume des papes. Cette figure, gravée d’après une peinture grecquemoderne , représente le grand costume papal au temps des rois mérovin-giens. Elle est revêtue de la grande robe des lévites, d’un manteau, et dupaliitom ou longue bande de laine blariche ornée de croix noires. Il n’étaitplus permis de quitter ce pallium lorsqu on en était une fois revêtu, pasmême en entrant dans la tombe.
Monnaies de Childebert a Dagobert . Les monnaies qui se voient sur cetteplanche appartiennent aux règnes de Childebert, de Thierry et de Dagobert ;une seule a été frappée en 1 honneur de Brunehaut .
Monnaies de Childebert . Les figures 1, 2 et 5, frappées sous Childe-bert i er et Childebert n, sont des tiers de sol d or. Au revers de la premièreon fit la légende BANIS FIT, qui indiquerait, selon Duchesne et Blondel,la ville de Bar , où la pièce aurait été frappée. Sur ces trois pièces, commeon le voit, le nom du roi est écrit de trois manières, Childebertus, Eldebertuset Hildebertus.
Monnaies attribuées d Thierry. Cette pièce, dessinée figure 4, est rare.La légende qui entoure les deux têtes a donné lieu à de longues discussions.Chifflet a lu Sigebertus , et Le Blanc Badulfijs. A 1 appui d e son opinion,ce dernier ajoute que Surius fait mention d’un Baudulfus ou Badulfus
(1) S’il était permis de hasarder une conjecture sur le sceau, on pourrait croire, àcause de la palme que le roi tient à la main, qu’il a scellé une charte ou une ordonnancequ’il aurait rendue après sa victoire sur les Saxons.
(2) C’est par erreur que la figure de Chilpéric se trouve gravée sur celte planche; elledevrait être sur la planche précédente à la place de la statue de Dagobert .
envoyé à Saint-Colomban par Thierry et Brunehaut pour le chasser dumonastère de Luxeu. ( Voyez Le Blanc, Traité des monnaies , p. 47et 48.) L’un et l’autre s’accordent à penser que la lettre M qui suit le nomest la première lettre du mot monetarius. Le Blanc dit avec raison quecette pièce, curieuse, pourrait appartenir à Thierry, et qu’elle fut frappéepar ordre de Brunehaut, tutrice de ses petits-fils Théodebert et Thierry.Sa tête aurait été placée à côté de celle du roi, en qualité de régente.
Monnaies attribuées à Brunehaut . La figure 5 est un tiers de sol d’or,sur laquelle Bouterouë a cru reconnaître l’effigie de la reine Brunehautavec des pendans d’oreilles et un manteau retenu par un fermoir de perles.Le mot cabéonno désigne Châlons-sur-Saône . Au revers, le C et l’A sont lesdeux premières lettres du même mot; et le mot Magnoaldus qu’on y lit serait,selon Le Blanc, le nom du comté de Châïons.
Monnaies de Dagobert . Les figures 6,7, 8,9, 10, 11 et 12, sont desmonnaies d’or frappées sous les règnes de Dagobert I er , Dagobert n etDagobert ni. La plupart ont été fabriquées à Paris , dans le palais même desrois , comme l’indiquent plusieurs légendes.
Les n os 6 et 7, qui appartiennent au premier, sont l’ouvrage de saintÉloi, célèbre en orfèvrerie. Au revers n° 6, on voit une M et un A, qui in-diquent , selon Le Blanc, Massilia, Marseille . Le mot victuria serait, selonle même, le reste de la légende, d’où a disparu le mot régis ou Dagoberti;et la médaille aurait été frappée en mémoire de la victoire remportéel’an 635 par Dagobert sur les Gascons. Au revers n° 7, on litELiGius, qui estle nom de saint Eloi, monétaire.
Bouterouë donne à Dagobert ni la pièce n° 8 , attribuée à Dagobert i er parLe Blanc.
Au revers de la suivante, on lit Cautofiano. , qu’on croit être le nom dumonétaire ou du fieu où la pièce a été fabriquée.
Le n° 10 est donné par Valois et Mabillon à Dagobert T r . Le savant] béné-dictin prouve que les deux lettres v. c., qu’on lit au revers, signifientvincit crux ou vincit Christus. Bouterouë l’attribue à Dagobert 11, et voitdans l’inscription rexdeus, et dans les deux lettres v. c. un acte d’humilité duprince envers Dieu qui l’avait rétabli dans une partie du royaume de sonpère.
La pièce n° 11 appartient nécessairement à Dagobert i cr , car la tête du roiest parfaitement semblable à celle de la statue couchée du tombeau de Da-gobert qu’on voit à Saint-Denis . L’inscription du revers est à moitié effacée.
Si l’on en croit Bouterouë , la monnaie n° 12 appartiendrait à Dagobert m,et aurait été fabriquée à Marseille ; ce que Le Blanc réfute avec avantage,puisqu’on lit autour de la tête du prince parisius fit, et au revers mone.elegius. Elle a donc été frappée à Paris sous la direction de saint Éloi, etappartient par conséquent à Dagobert I er .
Monnaies de Clovis ii et de ses fils. Les quatre pièces gravées sous lesn os 14, i5, 16 et 17, sont des tiers de sol d’or. La première , qui appartientà Clovis, a été frappée à Paris par saint Eloi; la seconde, de Childéric n, àMarseille : on lit aussi au revers de celle-ci Chlotarius rex. On peut considérercette double inscription comme un témoignage public de l’amitié des deuxfrères, ou comme une indication de quelque droit que Clotaire avait sur Mar-seille. La pièce 11 0 16 appartient à Childéric ii ou Childéric m. La figure 17est un denier bitlon sans figure, avec l’inscription Teudorici, Thèodorieon Thierry. Les lettre TRF peuvent être interprétées ainsi, Teudoricus rexFrancorum, puisque ce roi a régné seul en France .
Tombeau de saint Drauzin (1), évêque de Soissons . Ce sarcophage, enmarbre blanc, est d’un travail grec; il est creusé dans toute sa longueur, etorné, selon le goût du temps, de quatre petites colonnes isolées , de deux mé-daillons, et de sculptures représentant des branches de vigne enlacées avecdes tiges de froment.
Dans 1 un des médaillons on voit le monogramme de Christus, et dans1 autre un alpha et un oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabetgrec : Jésus-Christ a dit je suis Yalpha et Y oméga, le commencement etla fin.
Les raisins et les épis de blé sont un symbole des deux espèces consacréesdans le mystère de l’Eucharistie . Il n’est pas rare de voir figurer des ceps devigne sur les portails des églises, comme sur les tombeaux des saints martyrs,des évêques et des abbés. La vigne était regardée comme une image qui rap-pelait le Seigneur, et Jésus-Christ lui-même se compara à la vigne : Je suisune vraie vigne, disait-il à ses disciples; je suis une vigne, et vous enêtes le bois.... Mon, père retranchera tout bois gui ne portera pas defruits en moi.
Ce tombeau, tiré de l’église de l’abbaye de Notre-dame de Soissons , fondéeen 655 par Lantrade, femme d’Ébroin, maire du palais de Clotaire ni, estmaintenant au Musée du Roi. II a environ six pieds de long.
Costumes des évêques et des diacres. La première de ces trois figures re-présente saint Vincent en habit de diacre , foulant aux pieds une figurehumaine décorée des dignités royales, par allusion sans doute à l’abolitiondu paganisme et au triomphe de la religion chrétienne , établie dans toute laFrance par le baptême de Clovis . Cette figure, qui en a remplacé au dou-
(*) Dans une dissertation publiée en 1700, le père Poupart a cherché à prouver que cetombeau n’était pas celui de saint Drauzin, mais d’un autre évêque, qu’il ne nommepas , ou de toute autre personne de distinction. Quoi qu’il en soit, nous nous en tenons àl’ancienne tradition de la ville, qui l’attribue à ce saint évêque.