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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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ANALYSE RAISONNEE ET DESCRIPTIVE

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Monnaie de Mérovée, fils de Ghiipéric. La fig. 53 est un tiers de sol d’or.

Monnaies de Sigebert . La fig. 54 est un tiers de sol d’or, avec la tête deSigebert ornée du diadème et d’un manteau , avec le mot MASSILIA. Lafig. 35 offre la même répétition. La fig. 36 est un demi-sol d’or.

Cirque de Soissons . Féübien et d’autres savans ont avancé que ce monu-ment fut élevé par Ghiipéric près du palais bâti par Clotaire 1 C1 son père,pour y jouir du spectacle où, à limitation des anciens, les nobles et lesgrands du royaume venaient, dans les jours de réjouissance, faire parade deleur force ou de leur adresse. Mais, malgré les nombreuses restaurations etadditions qui ont défiguré ce monument, il reste encore assez de ses partiesprimitives pour en faire reporter l’origine à une époque plus reculée. Ladisposition de son plan, son ordonnance, le plein cintre de ses arcades, lanoble simplicité de son ensemble, l’appellent assez le style des monumensélevés dans les Gaules par les Romains pour que son antiquité ne puisse êtrecontestée. Quant aux tourelles et aux parties ruinées du palais contre lequelce cirque est appuyé, elles ne remontent pas si loin, elle nous paraissentêtre du dixième siècle; elles datent probablement de 948, année où la villede Soissons , saccagée et brûlée par les Normands, lut reconstruite et sonpalais restauré. Ses parties les plus modernes, mais auxquelles on ne peutcependant assigner d’époque précise,sont celles qui couronnentl’édifice, c’est-à-dire la terrasse qui règne au-dessus des grandes arcades , et sur laquelle seplaçait le public pour jouir du spectacle, la balustrade qui borde cette terrasse,l’arrière-corps percé de fenêtres irrégulières, et le comble qui le surmonte.

Pierriers ET aütres machines de guerre. De chaque côté du cirque deSoissons on voit les machines de guerre en usage sous les rois de la premièreet de la seconde race de nos rois. Les figures a et b représentent plusieurspierriers de différentes formes, nommés aussi balistes, d’un mot grec quisignifie jeter. Ces machines servaient en effet à jeter des pierres énormespour démonter celles des ennemis ou enfoncer des murailles. On lançaitaussi delà même manière des boulets de plomb, des sacs , des tonneaux,des paniers remplis de pierres , quelquefois même des cadavres d’hommesou de chevaux pour infecter le camp des ennemis. La plupart de ces ma-chines étaient tout simplement une bascule ou trébuche! élevé, placé entredeux pièces de bois verticales, et à l’extrémité duquel pendait une espèce defronde qui recevait l’objet qu’on voulait lancer. La première des deux fig. ane diffère qu’eu ce qu elle est composée d’une double fronde, si l’on peutnommer ainsi l’espèce de caisse qui recevait les pierres ou tout autre objet.Les deux fig. b étaient mises en mouvement à l’aide de cordages.

Les autres machines de guerre, fig. c et ù,sont des catapultes, queplusieurs auteurs confondent avec les balistes. La catapulte servait à lancerdes flèches ou des javelots. Par la fig. c, on voit que le trait était lancé parune pièce de bois flexible, qu’on courbait à l’aide d’un moulinet, et qui,ense redressant avec force, frappait contre l’objet, qui partait aussitôt. La fig. dest plus compliquée que la première.On la faisait mouvoir à l’aide de roues;elle lançait plusieurs traits à la fois , et avec tant de force, quelle portaitjusqu’à cent vingt-cinq pas des javelots de trois coudées de long. Us étaientlancés par la détente de cordages fabriqués avec des nerfs d’animaux, descrins de cheval ou des cheveux de femmes. Abbon dit que , lors du siège deParis par les Normands, on voyait sur les murailles de la ville jusqu’à centbatteries de ces machines. ( Voyez Daniel, Histoire de la milice française 3t. î, p. 59 et suiv. )

Restes d’un édifice mérovingien a Beauvais . Parmi les nombreuses an-tiquités de la ville de Beauvais et de scs environs , le fragment de l’édificechrétien dont nous donnons la gravure mérite une attention particulière.Malgré son analogie avec les cloîtres élevés en Italie et en France dans lesdixième et onzième siècles, et dont celui de Notrc-Dame-de-l’Isîe , gravéplanche XIV, peut servir d’exemple, nous n’hésitons pas à lui reconnaîtrel’antiquité que lui donne la tradition conservée à Beauvais . Le style deses chapitaux corinthiens tronqués, de la décoration de ses archivoltes etde sa frise surmontée d’un reste d’attique, enfin toute sa sculpture, quitient du bas-empire et. 1 appelle celle du tombeau de saint Drauzin , etgravé planche VII, et dont 1 antiquité est constatée, ne laissent aucun doutesur le temps de férection de ce monument.

Ce qui en reste peut autoriser a penser que son plan offrait un parallélo-gramme , au centre duquel était une cour décorée d’un portique continuformant galerie. Les colonnes qui bordaient cette galerie étaient disposéesdiagonalement, et surmontées de statues sur lesquelles il nous reste peu derenseignemens. Groupées par faisceaux de quatre , et de manière à se pré-senter toujours par trois aux yeux du spectateur, cès colonnes devaientoffrir un modèle de grâce, de légèreté et de solidité. On retrouve dans cettearchitecture dégénérée quelque chose de la grandeur et de la noblesse desmonumens dont les Romains embellirent le sol de la France .

S’il est vrai, comme il y a tout lieu de le croire , que cet édifice fut uncloître, le sol devait cire à l’intérieur beaucoup plus élevé qu’au-dehors. Lesoubassement sur lequel repose la totalité du monument ne présentait néces-sairement du côté de la cour qu’une base continue.

On ne voit plus aujourd hui de ce monument précieux que les trois prin-cipales arcades figurées sur notre planche ; le surplus est ou détruit ouengagé dans des constructions étrangères.

Plans, coupe et vue extérieure de la rotonde de l’église St.-Bénigne deDijon. L’église de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon fut fondée en 5o6 par

saint Grégoire , évêque de Langres , et sa construction fort avancée la meiiieannée. Réparée en 989 par Isaac , évêque de la même ville, considérablementaugmentée en iooi par l’abbé Guillaume et l’évêque Bruno, elle ne fut tota-lement terminée que dans le douzième siècle. La chute d’une tour, qui s’é-croula en 1271 , ayant singulièrement endommage la plus grande partie del’édifice , l’abbé Hugues d’Arc le fit aussitôt reconstruire presqu’en entier.On conserva toutefois les anciennes fondations et les deux extrémités du mo-nument, qui n’avaient point souffert , savoir, la rolonde à l’orient, et le por-tail à l’occident.

La rotonde étant la partie la plus originale de l’église, et celle qui a con-servé le plus de traces de son antiquité, c est sur elle que nous fixerons 1 at-tention de l’observateur ; et quoique les plans, coupe et élévation que nousavons fait graver soient suffisons pour que 1 artiste exercé puisse prendre uneidée assez exacte de l’ensemble et des details de ce monument, nous allonspasser brièvement en revue les différentes parties qui le composent, en indi-quant, autant que possible, la date de chacune déliés. Afin que lœil puissesaisir facilement les âges de ces diverses constructions, nous avons marquésur le plan, par une teinte très-foncée, les parties les plus anciennes, et cellesqui le sont moins par des teintes plus claires. Pour l’intelligence de nos ex-plications, nous avons placé sur les plans et sur la coupe des lettres qui sontrépétées dans le texte. Lorsqu’une même lettre se retrouve dans le plan etdans la coupe, c’est quelle indique le même objet dansl’un comme dansl’autre.

Celte rotonde a trois étages, dont un souterrain. Us ont chacun cinquante-cinq pieds de diamètre dans œuvre , et quatorze à quinze pieds d’élévationsous clef. La tour octogone qui est au centre est soutenue par de gros piliers.Elle a seize pieds de diamètre et soixante-cinq pieds de haut. Les trois rangsde colonnes de la partie souterraine a sont en pierre dure. Celles qui décri-vent le plus grand cercle sont engagées dans l’épaisseur du mur. Elles ont envi-ron cinq pieds de circonférence et six pieds de fût. Leurs bases sont attiques ,c’est-à-dire quelles sont formées de deux toYes et d’une scolie. Leurs cha-piteaux , de deux pieds de haut, sont massifs, ornés seulement aux angles defeuilles de palmier et autres plantes, selon l’usage du temps.

Les colonnes du premier étage b, c’est-à-dire de celui qui est de plain-piedavec le rez-de-chaussée de l’église , ne diffèrent de celles de l’étage souterrainque par la matière dont elles sont formées. On en compte une vingtaine enmarbre de différentes espèces, telles que granit, cipolin, campan , etc., tiréessans doute de quelque édifice plus ancien. La plupart des basiliques élevéesdans les premiers temps du christianisme furent en partie construites defragmens de temples païens. L’église d’Aix-la-Chapelle , dédiée à la Viergepar Charlemagne, gravée pl. X, en est un autre exemple parmi nous. Le murde ce premier étage ayant moins depaisseur que celui de l’étage inférieur,les vingt-quatre colonnes qui l’avoisinent 11e sont point tronquées.

Le second étage c n’a que deux rangs de colonnes qui diffèrent de hauteur.Les plus éloignées du centre n’ont que cinq pieds de fût; les autres six pieds.Cet étage a trente pieds d’élévation. La tour d , au-dessus, forme une espècede clocher. Elle est percée de plusieurs ouvertures.

Les autres parties de ce magnifique édifice, dont la coupe ou le plan ren-dentcompte, sont : e, chapelle de l’étage souterrain, où se conservait la châsseen or enrichie de pierreries, qui contenait les restes de saint Bénigne, patron del’éMise et apôtre de la Bourgogne ; nous l’avons ponctuée au plan du pre-mier étage pour en faire connaître la place; f, chapelle de Notre-Dame , bâtiepar l’évêque Grégoire en 5 o 6 (dans laquelle était un pavé en mosaïque représen-tant des figures d’animaux au milieu de comparlimens symétriques ); <7, lerond-point et parties adjacentes de l’église, de 5 o 6 ; h, ailes de cette ancienneéglise. Au-dessus étaient des galeries qui répondaient au second étage de larotonde c, et faisaient le tour de la nef. i, mur qui sépare la rotonde de l’é-glise moderne; h, piles qui soutenaient l’ancienne église. Elles étaient aunombre de quarante. Au second étage , elles étaient ornées de quatre colonnesaux angles, ainsi que cela est figuré sur le plan de cet étage. I, escalier pra-tiqué dans les deux tours construites en iooi par l’abbé Guillaume, aumoyen desquelles on communiquait aux différens étages de la rotonde et auxgaleries de l’église, en passant par les corridors m, qui faisaient extérieure-ment le tour de l’édifice jusqu’au portail. L’escalier n du premier étage con-duit à la chapelle Saint-Michel 0. La mosaïque indiquée sur le plan commeappartenant à cette chapelle o , bâtie en 1001, aurait du 1 etre a la chapellep est une autre tour exhaussée dans le même temps, mais dont les fondationssont appuyées sur l’ancien massif de 5 o 6 . La totalité del église, depuis le por-tail jusques et y compris larotonde, pouvait avoir trois cent quarante-cinq piedsde long. Cet édifice, devenu propriété particulière , est détruit totalement de-puis quelques années. On doit d’autant plus en déplorer la perte, qu’il était leseul exemple en France de ces baptistères ( c’est le nom que nous croyonsdevoir donner à cette rotonde) que, dans les premiers temps du christia-nisme , on construisait près des grandes basiliques lorsque des princes ou dessouverains abjuraient le culte des faux dieux et se faisaient baptiser. Celui deConstantin, près Saint-Jean-de-Latran , est l’un des plus beaux de l’Italie .Pour jouir du spectacle neuf, magnifique et édifiant tout à la fois que pré-sentait une cérémonie aussi auguste, aucun édifice n était mieux disposé quele baptistère de Saint-Bénigne , puisqu’un peuple nombreux, réparti dansl’église, dans les galeries et dans les étages supérieurs de la rotonde, pou-vait voir tout à la fois et sans aucun obstacle la célébration du baptême , qui^administrait dans la tour octogone placée au centre de la rotonde.

La diversité de construction de cetédifice a servi à éclaircir lesdoutes que pou.