DES MONUMENS
deux plus petites , avec le nom du chateau ou il a été frappe; ce qui faitsupposer que les rois de France avaient un palais a Chateau-Landon .
La fig. 7 a été frappée à Bourges . La tête du roi y est figurée barbue avecune couronne élevée qui a la forme d un bonnet carré, dont les pointessont ornées de fleurs de lis. Le nom du roi est écrit autour de son effigie :on remarquera qu’il y a RIX au lieu de REX. Au revers est une espèce decroix composée de trois fleurs de crocus ou de lis, montées sur une tige,avec le mot VRBS au lieu de CIVIÏAS. (Voyez Traité hist des mon. deFrance, p. 167. )
PLANCHE XXIV.
Intérieurs d’appartemens et costumes be differens comtes de Toulouse .Les miniatures curieuses d’après lesquelles nous donnons ces gravures appar-tiennent à un manuscrit en langue provençale del an 1280. On ne peut douterque le peintre y ait figuré les décorations intérieures , les meubles et lescostumes en usage de son temps. Ces tableaux servent de frontispice à troisdifférentes parties du discours manuscrit.
Le premier tableau représente deux comtes, dont l’un, nommé Pons,tient une hallebarde à la main. 11 est coiffé d’un chapeau à haute forme, etvêtu d’un grand manteau de cérémonie herminé. Le second, nommé Guil-laume, porte une tunique courte et le manteau de ville également herminé.
Il est coiffé d’un chaperon, noué au-dessus de l’oreille gauche. Tous deuxse dessinent sur une broderie très-riche. Le fond du tableau laisse voir plu-sieurs maisons en perspective.
Le second sujet représente l’intérieur d’un appartement. On y voit lecomte Bertrand couvert d’une robe longue et d’un grand manteau , tenantà la main un cœur qu’il présente au comte Esavert. Celui-ci, tenant son épéepar le pommeau, est dans une altitude qui exprime la surprise. Il est coifféd’un filet, et vêtu d’une camisole et d’un pantalon serré.
Dans le troisième tableau figurent le comte Guillaume, dans le costumedes magistrats de son temps, et le comte Raimond. Us sont dans l’intérieurd’un appartement décoré de plusieurs colonnes, dont une, celle qui est aucentre de la pièce, est entourée de feuillages de lauriers. Debout devant soninterlocuteur, le comte Raimond, vêtu d’une camisole, d’un pantalon serréet d’un petit manteau, tenant un cœur à la main, semble protester de soninnocence sur les reproches qui lui sont adressés par Guillaume. Il a desgants ; ce qui indiquerait qu’il est en habit de chasse. Ce personnage pour-rait bien être Raimond Bérenger 111, comte de Provence , mort en 1 a/| 5 , quicultivait la poésie et protégeait ceux qui s’y distinguaient. On sait qu’il futcompté parmi les troubadours de son temps, et peut-être pourrait-on penserque le manuscrit d’où sont tirées ces miniatures est un ouvrage de sa com-position.
Quoi qu’il en soit, on pourrait dire que les costumes que l’on voit ici sontremarquables. Les chapeaux ne sont pas tous absolument de même forme.Les uns ont beaucoup plus d’ampleur que les autres; plusieurs s’attachentsur l’oreille , d’autres tombent sur l’épaule. Les vêtemens sont tantôt longs ,tantôt plus courts, mais toujours doublés d’hermine.
Portail de Saint-Germain-l’Auxerrois. La fondation de l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois est fort ancienne. On l’attribue à Childebert , qui ladédia à saint Germain, évêque d’Auxerre , dont elle porte le nom. Considéréecomme une dépendance de la cathédrale de Paris , cette église avait le titrede basilique (1), et dès l’an 58 1 elle était au nombre des quatre abbayesqui environnaient Paris . Plus tard elle prit le nom de Saint-Germain-lc-rond, à cause de sa figure roude, mais, depuis, le premier a prévalu.
Ruinée par les Normands, cette église fut entièrement rebâtie sous le roiRobert ; mais , comme le remarque l’abbé Lebeuf, il n’existe plus rien del’édifice que fit élever Robert; et si l’on en croit Piganiol,'le grand portailqu’on voit aujourd’hui date du règne de Philippe-le-Bel (2).
Nous ne partageons point l’opinion de Piganiol. L’architecture et la sculp-ture de ce portail ont tous les caractères de celles du douzième siècle. Onretrouve dans les statues qui le décorent un goût, une élégance et une pu-reté qu’on ne voit plus dans les figures du quatorzième siècle. Piganiolaura été trompé par l’ajustement qui couronne les deux portes, et par lesdécorations intérieures du porche, dont nous portons 1 exécution à la findu quinzième siècle , mais dont la décoration extérieure pourrait bien êtredu règne de Philipp-le-Bel . Du moins c’est ce que semblent indiquer etl’espèce de rose à jour et les balustrades de la partie supérieure.
Dessiné et construit dans le goût arabesque , le portail de Saint-Germainest d’une architecture pure et d’une belle proportion. On voit un grand arcen ogive renfonce formé par quatre bandeaux ornes de figures représen-tant des saints, des anges et des démons. Quoique le sujet qu ils représen-tent ne soit pas très-bien caractérisé, nous pensons que 1 artiste, gêné parle manque d’espace , à voulu figurer le jugement dernier.
Le premier bandeau du cote de la porte présente a son centre un ange,à la droite duquel un autre ange debout conduit des aines dans le paradis.
A gauche sont trois anges, dont l’un sonne la trompette du jugement de-nier, tandis qu’avec ses pieds un autre précipite dans l’enfer les âmes per-verses. L’enfer est figuré par des flammes qui sortent de l’extrémité du
(1) Voyez Mabill. Diplomat., p. 47 3 -
(2) Piganiol, t. 2, p.
bandeau. On y voit un démon hideux, dans la gueule duquel on a figuréplusieurs âmes.
Le bandeau suivant se compose des saintes du paradis. Elles sont debout,vêtues de longues tuniques blanches, et portent chacune l’attribut qui leurest particulier.
Des saints figurés assis décorent le troisième bandeau.
Enfin le dernier, qui enveloppe tous les autres, est orné de feuilles dechardon aussi bien sculptées qu on peut le supposer.
Les quatre divisions de l’arc s’appuient de chaque côté du portail sursept colonnes légères , ornées de chapiteaux diversement composés , et debases posées sur un massif dans le milieu duquel est un avant-corps ornéd’une petite galerie formée par des colonnes et des arcades en ogive.
Les belles figures, au nombre de six, trois de chaque côte, adossées auxcolonnes qui décorent ce portail, sont sculptées en pierre dans la proportionde six pieds environ. A droite on voit saint Marcel, évêque de Paris , re-gardé par les uns comme le premier fondateur de l’église, vêtu de ses habitsépiscopaux; il tient un livre à la main. ( Voyez planche VII, cette figuregravée séparément. ) Vient ensuite sainte Geneviève tenant un cierge allumé,puis un ange debout comme les autres, tenant aussi un cierge. A gauche onvoit saint Vincent, diacre de saint Germain ( voyez planche VII ), Childe-bert et Ultrogothe sa femme.
Toutes ces figures sont couvertes de petits édifices comme ceux que l’ona vus au tombeau de Dagobert. ( Planche XX 1 IL ) Elles sont posées sur desmonstres, qu’on peut considérer comme une image des vices qu’elles foulentaux pieds.
Le fond de la porte est une espèce de rose sculptée à jour, posée sur unbandeau d’une seule pierre, soutenue par deux consoles ornées de têtes dechérubins. Les portes en bois, bien travaillées selon le goût du temps, re-présentent des galeries composées de colonnes et d’ogives.
Vases précieux, bijoux et orfèvreries. Du moment où les artistes, pluslibres, purent s’adonner aux arts avec sécurité, le bon goût passa dans toutesles branches de ceux qui ont pour base le dessin. De nombreux talens, quis étaient vus , pendant le règne des iconoclastes , forcés de s’enfoncer dansles cloîtres, en sortirent, et les rois se piurent â les encourager. L orfèvrerieet la bijouterie, exécutées sur des modèles plus épurés et d’une compositionplus raisonnée, parurent avec un nouvel éclat. C’est ce que pourraient aubesoin attester les monumens que nous avons fait graver.
Fig. 1 et 2. Ces deux jolis petits vases en forme de burettes appartenaientà l’abbé Suger . Le premier est en béril taillé en pointes de diamant, dans legoût des cristaux que l’on fabrique de nos jours ; le second est en cristal deroche.
Fig. 5 . Croix d’or. Cette croix est due à Philippe-Auguste , qui la fit fairepour enfermer un morceau de la vraie croix d’un pied de long. On sait qu’àsa mort ce roi légua par testament à l’abbaye de Saint-Denis tous ses joyaux,croix d’or, etc , pour être vendus au profit de l’abbaye. La croix que nousavons gravée fut alors estimée quatre cents livres, somme considérable pourle temps : aussi est-elle parfaitement travaillée, enrichie de rubis, de sa-phirs et d’émeraudes. Les dessins intérieurs et la bordure sont’ forméspar des perles fines.
Fig. 4 et 5 - Ces deux vases, de forme et d’un goût oriental, ont été donnésà l’abbaye de Saint-Denis par l’abbé Suger . Le premier ( fig. 4 ) est en cris-tal de roche garni de pierreries. Sur le pied on lit les deux vers suivans :
Hoc vas sporisa dédit Anor régi Ludovico
Mitadolus avo mihi rex sanctisque Sugerus.
Le second ( fig- 5 ) est en agathe. Le pied, l’anse et le couvercle sont envermeil émaillé. On lit autour les vers suivans en lettres émaillées :
Dùm tvbare Deo gemmis debemus et auro ,
Hoc ego Sugerius offero vas Domino.
Fig. fi. Livre des épîtres et des évangiles, dont la couverture d’or, d’unexcellent goût et d’un travail précieux, est enrichie de pierreries.
Fig. 7. Vase en porphyre, dont la monture représente un aigle les ailesdéployées. L’aigle, fort bien dessiné, est en vermeil orné de pierres pré-cieuses. On y lit l’inscription :
1NCLUDI GEMMIS LAPIS 1STE MERETUR ET AURO.
MARMOR ERAT, SED IN HIS MARMORE CARIOR EST.
Oratoire de Philippe-Auguste . Ce reliquaire, qui contenait plus de trentereliques différentes, figurait dans le trésor de Saint-Denis, où il était désignésous le nom d 'oratoire de Philippe-A uguste , par les ordres duquel il avaitété exécuté. Sa forme est celle d’une église. Ses faces latérales sont ornéesde dix-huit carrés formés par des bandeaux en or. Le reste est en vermeilenrichi de pierres précieuses de toute espèce. Le crucifix, monté sur uneboule qui occupe le milieu de la toiture, ainsi que le pied qui supportel’édifice, ne datent point du temps de l’exécution du reliquaire.
Consécration d’un évêque. La peinture du vitrail de l’église de Saint-Denis , d après laquelle nous avons fait cette gravure, date de l’époque de laconstruction de l'église par l’abbé Suger . Elle est grossièrement exécutée ;mais le style en est beau et le coloris vigoureux. Le tau tracé sur le frontd’une des personnes qui figurent ici, et l’inscription S1GNVM TAV, dessinée