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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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I

ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE

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au-dessous des figures, indiquent que l’artiste a voulu représenter la con-sécration d’un évêque. Comme on voit, le peintre a dessiné les personnagesen habit civil, tels que le portaient les premiers évêques : ils ont la tuniquelongue et le manteau.

Tombeau d’Héloïse et d’Abeilard. On connaît trop la célébrité, l’amouret les malheurs d’Héloïse et d’Abeilard pour que nous nous y arrêtions.Nous dirons seulement que nous avons cru devoir réunir sous une mêmetombe, au musée des Petits-Augustins, les cendres de ces deux amans, quela vente du Paraclet aurait infailliblement dispersées sans notre prévoyance.Nous croyons avoir rempli un devoir pieux, et conservé un monument pré-cieux et pour les arts et pour l’histoire (1) ; et si les artistes de leur tempsn’ont rien fait pour nous conserver l’image de ces amans malheureux (2) ;si Héloïse elle-même, soumise aux règles sévères prescrites à ses compa-gnes par Abeilard, qui qualifiât de luxe coupable les peintures, les sculp-tures et toute autre espèce d’ornemens dans l’intérieur des cloîtres, ne putavoir un portrait de son amant, à la possession duquel elle attachait tantde prix, du moins le monument qui renferme leurs cendres pourra quel-quefois reporter notre attention sur ces personnages, dont les aventuressont, pour ainsi dire, devenues des faits historiques.

La chapelle sépulcrale d’Héloïse et d’Abeilard, que nous avons fait con-struire avec les débris du cloître du paraclet, peut donner une idée dupremier style de l’architecture dite gothique , telle quelle fut pratiquée auxpremières époques de son introduction en France . On peut remarquer quela forme ogive des voûtes est plus aplatie, et dessine moins l’œuf que sousle règne de saint Louis, époque où ce genre d’architecture fut perfectionné.C’est ce qu’on peut vérifier en jetant les yeux sur la gravure du portail deSaint-Germain-l’Auxerrois, planche XXIV , et sur celui de l’église de

Notre-Dame j planches XXV et XXVI.

Le premier style de cette architecture est moins élégant et moins richeque le second. Les voûtes sont plus surbaissées ; les nervures qui les déco-rent, composées seulement de trois moulures, dessinent une feuille detrèfle. Les croisées et les arceaux ont la même forme, et les colonnes sontgénéralement peu multipliées et groupées par trois.

La forme de la chapelle dont nous avons à parler est un carré long dequatorze pieds sur onze. Sa hauteur est de vingt-quatre pieds. Un clocherde douze pieds d’élévation , percé à jour selon le goût de cette architecture,s’élève au-dessus de la toiture; il est supporté par quatre piliers décorés dequatre clochetons, d’un travail délicat. Quatre têtes d’animaux fantastiquesterminent les angles du monument. Les colonnes, de six pieds de haut,en pierre dure, sont ornées de chapiteaux variés de forme. Si l’on ajouteà cela des corniches décorées de fleurs des champs, et quatre frontonspointus, on aura une idée de l’ensemble de la chapelle. Les frontons sontdécorés*de deux grandes rosaces évidées et à jour, qui ont la figure d’un

trèfle.

C’est dans le milieu de cette chapelle qu’on voit le tombeau d’Abeilard,qu’avait fait élever à son ami, dans l’église de Saint-Marcel, près cleChâlons-sur-Saône, Pierre-le-Vénérable , abbé de Cluni . Abeilard y est sculptécouché, la tête faiblement inclinée sur un oreiller que soutiennent deuxpetits anges. Il a les mains jointes; il est vêtu en religieux; à ses pieds estun chien. La statue, aussi couchée, d’Héloïse vêtue en habit de veuve,habit qu’on portait alors dans les cloîtres, est placée à côté de celle d’Abei-lard. Les reliefs du sarcophage représentent les pères de l’Église et unecérémonie religieuse (3).

PLANCHE XXV.

Pians, élévations, coupes et détails de l’église Notre-Dame de Paris (4).La cathédrale de Paris est une des plus anciennes et des plus belles églisesde cette ville. Préciser l’époque certaine de sa fondation n’est pas une chosefacile, après la diversité des opinions de ceux qui ont écrit sur ce monument.

Launois et Valois ont supposé que cette basilique devait sa fondation àChîldebert I er , qui l’aurait élevée sur les fondations d’un ancien temple dédiéà Jupiter, comme on est en droit de le présumer depuis la découverte faitedans l’église, de plusieurs bas-reliefs qui avaient servi d’autels pour les sa-crifices offerts au père des dieux. (Voyez ces bas-reliefs, planche. II) Cetteopinion paraîtrait d’ailleurs appuyée d une pièce de vers faite sur l’église deParis, de eeclesiâ parisiacâ, par Fortunat, évêque de Poitiers , qui vivait

(1) Le transport à Paris des corps d'Héloi'se et d’Abeilard s’est effectué par ordre duministère public, dans le courant de 1800 (3 floréal an 8).

(2) Les deux médaillons si connus, sculptés en pierre tendre, qui ornaient la maisondu chanoine Fulbert, cloître Notre-Dame , ne peuvent plus être regardés comme les véri-tables portraits d’Héloïse et d’Abeilard; ce ne sont que d’anciens vestiges qu’on a réparésdans le quinzième siècle, en donnant, pour combler la mesure, des moustaches à Abeilardet une collerette à Héloïse ; de là toutes les erreurs des peintres modernes qui ont exercéleurs talens sur ces deux personnages célèbres. Nous avions d’abord l’intention de fairegraver ces deux médaillons ; mais nous avons été arrêté par leur inexactitude, dans lacrainte de propager des erreurs déjà trop accréditées.

(3) Depuis la suppression du musée des Petits-Augustins, cette chapelle et les corpsd’Héloïse et d’Abeilard ont été transportés au cimetière du père La Chaise, où le monu-ment a été rétabli et restauré avec beaucoup de succès.

(4) Les soins que nous avons mis à l’exécution des nouveaux dessins que nous avons

fait faire de cette intéressante et antique basilique peuvent faire considérer comme

inédites les gravures que nous en donnons, tant ce qui a été publié jusqu’à présent est

incorrect et inexact.

dans le même siècle que Childebert . Mais le père Daniel, qui l’a combattue,prétend que la pièce devers de Fortunat ne prouve autre chose sinon queChildebert donna les vitres de cette église, dont on vantait la hauteur desvoûtes et les colonnes de marbre, et en augmenta les revenus. Si Chil-debert n’est pas le fondateur de l’église de Notre-Dame , toujours est-ilconstant qu’il y avait là une église (1). .

Si nous écoutons maintenant l’abbé Lebeuf, qui nous fait connaître untitre de l’an 860, l’église cathédrale de Paris portait le nom de Saint-Etienne .

Mais il paraît certain qu’il y avait alors dans l’île deux églises. La plusancienne portait le nom de Saint-Etienne. Près de cette cathédrale onbâtit ensuite, comme c’était l’usage, une église plus petite sous l’invoca-tion de la Vierge. C’est sans doute cette dernière qui, devenue trop petitepar l’accroissement des fidèles, aura été refaite ou agrandie sous Childebert .U est constant du moins que cette église existait sous la première race denos rois. Une charte authentique de Childebert , par laquelle il donne laterre de Celle, près Montereau-faut-Yonne, à l’église mère de Paris , qui estdédiée en l’honneur de Sainte-Marie , ne permet pas d’en douter.

Depuis elle a toujours porté le nom de Notre-Dame. Un évêque de Senlis ,dit une vieille chronique, qui était venu à Paris en 1 o41 pour demander unegrâce au roi Henri , trouva ce prince à la grand’messe à Notre-Dame .On a aussi des preuves que Louis-le-Jeune y allait souvent.

Grégoire de Tours ne permet pas de douter de l’existence de deux églises,lorsqu’il dit, en parlant de l’incendie qui, en 586, consuma toutes les maisonsde l’île de Paris , que les seules églises furent respectées. Il confirme mêmecomplètement cette opinion lorsqu’il désigne par ces mots , senior ecclesia,l’église de Saint-Etienne , qui subsistait encore dans le neuvième siècle, puis-que c’est là que fut tenu le fameux concile de Paris , l’an 829. L’église bâtie, oudu moins embellie par Childebert , dura tout au plus trois siècles ; et, si l’onen croit le témoignage de Dubreuil (appuyé sur l’autorité d’un M. Bombe ,chanoine de la cathédrale), l’évêque Erkenrard avait commencé, sous le règnede Charlemagne , la réédification d’une nouvelle église , que l’on appelait en-core, en il 10, nova ecclesia, pour la distinguer de l’église Saint Etienne .

Depuis les ravages des Normands, en 857, l’église Notre-Dame a été ré-parée à diverses reprises , et notamment en 1010, suivant l’abbé Lebeuf (2) ;mais, comme elle tombait en ruine au temps de Louis-le-Jeune , Mauiicede Sully, évêque de Paris , entreprit, en 1168, de rebâtir cette église avecplus de magnificence qu’elle n’en avait eu jusque-là (3). La premièrepierre de l’édifice fut posée en 1163 par le pape Alexandre 111, alors réfugié enFrance . Il est à remarquer que les fondations de l’ancienne église paraissentavoir été conservées en partie. Le chœur de l’église, trop étroit pour sa hauteuret pour la largeur du monument entier, son manque sensible d’alignementavec la nef, le coude que fait celle-ci à l’endroit de la croisée, d’autres irré-gularités non moins remarquables en sont autant de preuves. Quant audéfaut d’alignement de la nef avec le chœur, il semble être le résultat d’unplan par lequel Maurice de Sully aurait voulu que le portail se trouvât enface de la rue qu’il avait fait ouvrir, et à laquelle il donna le nom de rueNotre-Dame , quelle porte encore.

Un auteur contemporain et témoin oculaire, Robert Dumont, rapportequ’en 1177 l’évêque Maurice faisait depuis long-temps travailler à la construc-tion de l’église, et que déjà le chevet ou rond-point était entièrement achevé,à l’exceptioii de la couverture. Le maître-autel fut consacré la quatrième fêtede la Pentecôte, de l’an 1182, par Henri deChâteau-Marçay, cardinal-évêqued’Albani, légat du saint-siège, et par l’évêque Maurice de Sully (4) ; ce quiprouve qu’alors le chœur était achevé. Plus tard les travaux furent continuésavec le même zèle par Eudes de Sully, parent de Philippe-Auguste , et deHenri 11, roi d’Angleterre. On démolit alors la vieille église de Saint-Etienne ,qui gênait pour la construction des ailes du côté méridional. Après la mortd’Eudes, arrivée en 1208, Pierre de Nemours, et, selon toute appa-rence, les évêques qui lui succédèrent terminèrent la totalité de la nef, où}’on travaillait encore en i 25 y, comme le constate l’inscription qui se litsur le portail méridional, du côté de l’archevêché. Cette inscription , quise voit au-dessous du premier bandeau du stylobate (5) , est sculptée en reliefen caractères du temps ; elle nous apprend que le portail est de maistreJean de Chelles : ANNO. DOM LM M. CCLVII. MENSE FKBRVARIO.ID. II. HOC FVIT INCOEPTUM CHRISTI GEN1TRICIS HONORI KAL-LENSI LAT. HOMO VIVENTE JOHANNE MAGISTRO.

Philippe-le-Bel fit bâtir, en i5i2 ou i3i3, le portail septentrional, etCharles vu, durant la vacance du siège épiscopal de Denis de Moulin,

(1) On sait que Childebert publia en 554 un édit qui ordonna la destruction entièredes idoles et des temples érigés aux dieux des Romains ; il y a donc lieu de croire queles débris de l’ancien temple de Jupiter dont nous parlons servirent à la construc-tion de l’église qui fut bâtie à la même place. Cette conjecture semble d’ailleurs prendreUne nouvelle force lorsqu’on se rappelle que, lors des fouilles faites en 1711, on découvrit,à six pieds au-dessous des pavés , deux anciens murs appliqués l’un à l’autre , quitraversaient le chœur dans toute sa largeur, et dont le moins large avait deux pieds etdemi d’épaisseur. C’est dans le massif de ce dernier qu’on trouva les bas-reliefs gravésplanche II. (Voyez sur ces découvertes Moreau deMautour, Baudelot, Léibnitz, Eccard,Félibien , Montfaucon , Keisler et Lobineau. Voyez aussi Piganiol, Description histor.de la ville de Paris , t. 1, P- 1 2 3 4 * * * 9 8 > Mém. de l’acad. des insenp., t. 3 ).

(2) Ilist. de la ville de Paris , p. 9.

(3) Félibien , Hist. de la ville de Paris , t. 1 , P* 2 °°-

(4) Chronique de Geoffroy de Viegois, imprimée dans la BiUiotheca nova manuscr.du père Labbe, t. 2 , p. 33o.

(5) Félibien et ceux qui l’ont répété après lui se sont trompés quand ils ont dit quecette inscription était gravée au-dessous de la croisée du portail méridional.