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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE

père en Dieu messire Jacques de Bazochcs , évesque de Soissons , etc.(Voyez Porte-Feuille de Gaignières , à la Bibliothèqme du Roi.)

Intérieur de l’étui de la vraie croix. Cet étui est celui dans lequel saintLouis avait apporté le principal morceau de la vraie croix, qu’il a donné à laSainte-Chapelle de Paris . Il était doublé en argent, et avait contenu trois croixgrecques de grandeurs différentes, que l’on a dessinées sur les parois de l’étui.Dans la partie supérieure de cette petite caisse, on voit deux anges et deux ar-changes en adoration auprès de la croix, avec leurs noms, Michel, Uriel,Gabriel, Raphaël. Dans la partie inférieure , on a peint debout et au pied dela croix sainte Hélène et Constantin, son fils.

Deux figures de Jeanne, comtesse de Toulouse et de Poitiers . Jeanne ,comtesse de Toulouse , vivait en 1249. Nous l’avons fait graver telle qu’on lavoit ici, parce que son costume est remarquable. Elle a les cheveux réunispar derrière, nattés et tombant sur le dos, et elle porte un chapel d’ou des-cend un petit voile. Ce costume a de l’analogie avec celui que portent encoreaujourd’hui les dames de la Provence. La seconde figure de cette comtessela représente en habit de veuve, telle qu’elle était figurée sur son tombeau.

ROBERT , COMTE DE CLERMONT. Deux FIGURES DE BÉATRIX DE BOURGOGNE. Robertde France, comte de Clermont, seigneur de Bourbon, sixième fils de saintLouis et de Marguerite de Provence , né en 1236 . Il épousa Béatrixde Bour-gogne , fille d’Agnès, héritière de Bourbon , et mourut en 1 5 17. Robert est lepremier de la tige royale des Bourbons. La baronnie de Bourbon fut érigéeen duché pairie en faveur de Louis, son fils aîné, en i 3 7. À son sujet, leprésident Hénault rapporte les paroles de Charles-le-Bel , qui ont un caractèrede prédiction. «J’espère, dit le roi Charles-le-Bel , que les descendans dunouveau duc contribueront par leur valeur à maintenir la dignité de la cou-ronne. » Robert est vêtu de deux robes; celle de dessus, plus courte quel’autre, est bleue, semée de fleurs de lys d’or et de diverses broderies aussid’or; son chapel est retroussé sur le devant et brodé.

Béatrix, femme de Robert, porte un vêtement très-riche, avec une cou-ronne fleuronnée; sa robe de dessous est d’hermine, ainsi que son surcot. Laseconde robe, dont les manches sont justes et d’une étoffe richement brochée,est ornée de ses armes. Pour sa coiffure , voir la statue de Marguerite de Pro-vence , pl. XXX. La seconde figure de Béatrix est celle qui était sur son tom-beau ; la première figure de Béatrix et celles de Robert sont dessinees d apresles vitres de l’église royale de Poissy .

PLANCHE XXXII.

Plans, élévation et coupe de la Sainte-Chapelle de Paris . E11 1268,saint Louis ayant acquis de l’empereur Baudouin, moyennant une fortesomme d’argent, la couronne d’épine de notre Seigneur, les clous et lalance dont il eut le côté percé, fit bâtir exprès et avec beaucoup de ma-gnificence la Sainte-Chapelle du Palais , pour y déposer ces précieuses reli-ques. Cet édifice dura dix ans à construire; il fut terminé l’an 1248, époqueoù l’on célébra l’intronisation des saintes reliques. On les retira de la chapelleSaint-Nicolas, où le roi les avait déposées à son retour. Louis-le-Gros avaitfondé la chapelle Saint-Nicolas, que Louis-le-Jeune convertit en oratoire du *Palais , en 1169, sous l’invocation de la sainte Vierge. La Sainte-Chapelle fut consacrée le 25 avril 1248, par Eudes ou Odon de Tusculum, légatdu pape Innocent IV . L’église haute fut dédiée en l’honneur de la cou-ronne et de la Sainte-Croix , et l’église basse en l’honneur de la Sainte-vierge .

Plan et élévation extérieure de l'église. Le plan des deux églises est sim-ple, agréable, et se renferme dans les convenances d’une chapelle consacréeau service d’un palais royal. On communique de l’une à l’autre chapelle pardeux petits escaliers qui sont pratiqués dans l’épaisseur des piliers de l’entrée :toutes deux sont précédées d un porche couvert.

L’église de la Sainte-Chapelle est une des plus hardies et des plus admira-bles construction du genre sarracénique. On en attribue l’exécution à Pierrede Montreuil , que d’autres nomment Eudes de Montreuil; mais noussommes autorisés à croire que c est le meme personnage, quoiqu’on fassenaître l’un au village de Montreuil près de Paris , et 1 autre à Montreau-Faut-Yonne (1). La sculpture du portail, qui est selon le goût du temps , repré-sente le jugeirfent dernier et des sujets pris dans 1 Ancien Testament . On y aaussi figuré les principaux événemens de la vie de Jonas, que l’on supposefaire allusion à la mort et à la résurrection de Jésus-Christ . On arrive à lachapelle haute par un grand escalier qui est construit dans la cour. Il est ornéd’arcades en ogives qui sont soutenues par des piliers richement décorés defleurs de lys et de dauphins qui indiquent une époque postérieure à celle dela fondation de la chapelle.

Vue intérieure et coupe des deux églises. L’intérieur de l'église n’est pasmoins curieux ; il frappe d’étonnement par le grandiose et la richesse qu’il

(1) Description de ta Sainte-Chapelle , par Morand, pag. 00.

présente. Quatre arcades occupaient toute la largeur jusqu’au rond-point,qui en avait sept, et toutes les parties de cette vaste nef, depuis la voûte jus-qu’au sol, étaient peintes et dorées ; les piliers et les colonnes, chargées desculptures d’une finesse extraordinaire, étaient également peints et dorés ,ainsi que les douze apôtres , de grandeur naturelle et sculptés en pierre, quiétaient adossés aux piliers de la nef.

Au fond du chœur est le maître-autel. Il est placé sous une grande voûteogive, formant le centre d’une petite galerie composée de six arcades poséessur des colonnes. Toutes les parties de cette architecture sont sculptées, do-rées , peintes et ornées de pièces d’émail ou de verres colorés , imitant toutesles espèces de pierres précieuses. Quatre colonnes de marbre noir, d’ordrecorinthien, avec leurs chapiteaux de bronze doré, sont autour de l’autel :elles soutiennent des anges qui portent les instrumens de la passion de Jésus-Christ. *

Au-dessus de ce petit temple, qui sert de jubé, on voit un petit modèlede l’édifie entier de la Sainte-Chapelle , exécuté en vermeil dans la proportionde trois pieds et demi environ. C’est dans cette châsse que sont enfermés lacouronne d’épine, l’éponge, la lance, les clous et le bois de la vraie croix, ap-portés en France par saint Louis. Un autre monument de cuivre doré, repré-sentant une espèce d’arc de triomphe, dont les courbes sont en ogive, couvrecette châsse, que l’on aperçoit à travers l’ouverture des arcs. On arrive au-dessus du jubé par deux petits escaliers tournés en bois, dans le goût gothi-que , dont la délicatesse et la légèreté du travail se font admirer ( 1 ).

La nef de la basilique , dite la Sainte-Chapelle du Palais , reçoit le jourpar des croisées d’une hauteur prodigieuse, et qui sont tellement multipliées,qu’il n’y a d’apparens, dans la totalité de l’édifice, que les principaux piliersqui le portent. Ces croisées , séparées par des jambages fort étroits, et for-mées elles-mêmes par des colonnes fort minces , sont garnies dans la totalitéde leur hauteur de peintures sur verre qui représentent les histoires de l’AncienTestament et quelques sujets pris dans la vie de saint Louis, ainsi que danscelle de la reine Blanche, sa mère.

C’est principalement la forme, la distribution des croisées , ainsi que lescharpentes du comble de l’église et du clocher, que l’on peut remarquer dansles coupes de ce beau monument, où on admirait l’effet magique des vitrauxqui garnissaient les croisées , surtout lorsque, frappées des rayons du soleil,ces peintures transparentes reportaient leurs reflets sur la voûte, sur les co-lonnes et sur les piliers. L’éclat de ces reflets était d’autant plus agréable àvoir, qu’il se combinait avec l’or et les autres couleurs qui décoraient la tota-lité de l’édifice.

Plan , élévation et coupe de l’église Notre-Dame de Dijon . On rangeau nombre des plus belles constructions de l’architecture sarracénique durègne de saint Louis l’église paroissiale de Dijon, fondée en n3o , et quireçut le nom de Notre-Dame, en i5i3 , d’une image de la Sainte-Vierge qu’elle renfermait, et qui, suivant la tradition commune, délivra cette villede la fureur des Suisses, qui, après la victoire de Novarre , assiégèrentDijon , dont ils avaient déjà pillé et brûlé les faubourgs. La construction decette église est généralement disposée avec beaucoup d’intelligence et de ta-lent , de manière que, malgré sa hardiesse, tout est en force et disposé pourse prêter de toutes parts de mutuels secours.

Fig- 1 . Le plan géométral du rez-de-chaussée, ainsi que celui de l’étage su-périeur, dessine une croix latine; ils présentent l’un et l’autre un grand dé-veloppement de construction et une belle ordonnance de distribution. Ils ontde l’analogie avec les plans des églises de Saint-Denis, de Notre-Dame de Paris et de Saint-Germain-des-Près , qui sont gravés planches XIV, XX, XXV.

Le plan du second étage mérite de fixer plus particulièrement l’attentionpar l’arrangement des colonnes de la galerie qui circule autour de la nef, dela croix et du chœur.

La nef a cinquante-six pieds de hauteur sur vingt-cinq pieds et demi delarge d’un pilier à l’autre; elle est terminée par un comble de vingt-deuxpieds d’élévation, dont on cite la coupe de la charpente comme une chose re-marquable.

L’élévation de cet édifice a de la noblesse dans son ensemble et des beautésdans ses détails. La galerie supérieure, qui tourne extérieurement autour dela construction, et qui est formée par un grand nombre de colonnes, donneà cette façade une élégance et une légèreté qui satisfait l’œil. Le clocher mé-rite aussi une attention particulière par sa disposition et sa forme agréable.Posé sur les quatre branches de la croix, il est orné de colonnes et s’élève àcent quatorze pieds au-dessus des voûtes de la nef ; on y monte par quatreescaliers tournans de deux pieds de large, qui sont pris habilement dans l’é-paisseur des murs de construction.

Fig. 2 . La coupe de ce bâtiment n’est pas moins agréable à voir que sonélévation; elle développe complètement la colonnade supérieure. C’est danscette construction, qui diffère pour quelques détails des autres édifices del’architecture sarracénique de notre recueil, qu’il convient d’admirer le jeu et

( 1 ) Toutes les pièces précieuses dont on vient de parler ont été fondues ou détruites àl’époque de la révolution.