Buch 
Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
Entstehung
Seite
40
JPEG-Download
 

4o

ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE

s’attacher au sommet de la tête. Les autres personnages sont figurés avecle costume qui était alors en usage parmi la bourgeoisie.

Monnaies de Piiiaippe-le-Bel. Les monnaies de Philippe-le-Bel sont plusornées et d’un meilleur goût pour le dessin que celles des rois ses prédéces-seurs. On en distingue de cinq espèces différentes : le gros royal, le petitroyal, le royal dur ou masse, l’agnelet et la reine. Cette dernière est fort rare :Le Blanc convient qu’il ne l’a jamais vu.

Fig. i. Le gros royal. L’effigie du roi, qui est figuré assis sur son trône ,est enfermée dans une rosace ; il tient son sceptre d’une main, et une fleurde lys de l’autre. Le revers est semblable à celle du petit royal, excepté que lacroix repose sur un carré qui renferme les quatre fleurs de lys. Cette mon-naie , d’or fin , valait vingt sous parisis, et pesait le double du petit royal.Dans une ordonnance de Philippe-le-Bel , de 1 298, il est fait mention de grosroyaux d’or nouvellement faits.

Fig. 2 Cette monnaie d’or est ce qu’on appelle masse ou royal dur. LeBlanc dit qu’il en est parlé dans deux ordonnances du Trésor des Chartes del’an i5o8 , l’une du 16 avril, et l’autre du 18 janvier. Le dessin delà faceprincipale et du revers ressemble , à quelques légères différences près, à laprécédente. On lui donna le nom de dur parce que, n étant qu’à vingt-deuxcarats, cette pièce est moins pliable que celles en or fin. On la nommamasse à cause que le roi tient une masse de la main droite ; on l’appelait aussigrand florin. On remarquera que les ailes du trône n’ont plus la figure d’unlion, et quelles se développent en cercle.

Fig. 3 . Cette pièce est celle qu’on nomme agnelet, à cause de l’agneauIraversé d’une croix qu’elle représente. Il est mention , dans le registre desmonnaies, qu’on les fit depuis le 8 février i 3 io jusqu’au I er septembre 1 5 11,et qu’ils valaient onze sous tournois. Le Blanc pense que sa valeur est de seizesous parisis au lieu de vingt sous tournois. Le roi régla le cours de cette mon-naie des moutons d’or le 1 5 janvier i 5 io. Agnels que nous faisons forgercomme au temps de saint Louis , dit-il, pour seize sous parisis. Le reversn’a rien de remarquable.

Fig. 4 et 5 . Denier tournois et obole. Philippe-le-Bel fit frapper trois es-pèces de tournois d’argent fin, le gros tournois, le demi-gros tournois et letiers de gros tournois. C’est le gros tournois qu’on a gravé fig. 4 - La marquedes autres est semblable à celui-ci. Selon Le Blanc, cinquante-huit pièces decette monnaie pèsent un marc. Fig. 5 . On avait divisé le gros tournois , quiétait la plus grosse pièce d’argent qui eût cours en France , en demi et entiers. Le demi-gros tournois était appelé maille ou obole ; le tiers se nom-mait maille-tierce ou obole-tierce , parce qu’il ne valait que le tiers du grostournois.

Fig. 6 et 7. Deniers tournois. Fig. 8. Petit royal d’or fin, espèce de mon-naie fort ancienne. Il y en avait soixante-dix au marc, et le marc d’or fin va-lait quarante-quatre livres. Le roi est figuré assis comme on le voit fig. 1 ,excepté que son effigie 11’est point enveloppée d’une rosace : le revers ressem-ble à celui du gros royal.

Fig. 9. Cette pièce est ce qu’on appelait les bourgeois doubles ou doubleparisis. Les bourgeois simples ou singles , selon le langage du temps, étaientles deniers parisis. Fig. 1 o. Gros tournois d’argent, dont il a été parlé. Ilest marqué d’une croix et d’une double légende. Toutes les légendes de cesmonnaies portent le nom de Philippus rex , sans autre désignation.

Les monnaies d’or qui portent le nom de la reine se trouvent décrites parune ordonnance du roi du L\ août i 3 io, dans laquelle Philippe-le-Bel s’ex-prime ainsi : « Les deniers d or que 1 on appelle deniers de la reine ont été« tant de fois et en tant de lieux contrefaits, que la plupart sont faux et de« plus petit prix que ceux qui furent faits en nos monnaies et à nos coins. »Ces derniers mots font voir que ces reines d’or n’étaient pas des monnaies dela reine Blanche, rnere de saint Louis, ni de Jeanne première, reine dç Na-ples , comme on l’a cru. (Voir ce que nous avons dit des monnaies de saintLouis. ) Pour moi, dit Le Blanc, je crois que ces reines d’or dont parlePhilippe-le-Bel étaient de la monnaie sur laquelle il était représenté lui-même avec la reine Jeanne, sa femme, qui était reine de Navarre de son chef.11 est aussi parlé de reines d’or dont les cinquante-quatre pesaient un marcd’or fin.

PLANCHE XXXV.

Vtlliers et Jeanne de Liste , sa femme. Villiers, chevalier, mort en 1280,avait son tombeau à l’abbaye de Saint-Val, où a été dessinée celte figure. Levêtement de guerre que porte ce chevalier est remarquable. A l’exception dubaume 3 il a tout ce qui complète le costume des chevaliers, savoir: legambsonj vêtement de dessous contre-pointé, garni de bourre et de laine en-trelacée et battue dans le vinaigre : c’est lui qui paraît aux poignets. Par-dessus ce vêtement est passé le haubertj cotte de mailles qui monte jusqu’aucou et descend jusqu aux genoux; sur cette cotte de mailles, on en voit uneseconde qui est moins ample. Par-dessus ces trois vêtemens de guerre , Vil—liers porte une petite tunique sans manches, qui tombe à peine au bas du

ventre. Ses jambes sont couvertes de jambières en fer battu ; clics s’attachentderrière la jambe, où elles laissent apercevoir des bas de mailles qui, suivantl’usage ordinaire , couvraient même le bout des pieds ; mais ici les pieds sontcouverts par des lames de fer battu fixées sur des chaussures en peau. Ceslames se repliaient les unes sur les autres, pour ne point gêner le mouvementdu pied et faciliter la marche du guerrier qui en était revêtu.

Jeanne de Lisle, sa femme , porte une robe à manches très-larges et très-longues , ouvertes pour laisser passer les bras. Cette robe est surmontée parune espèce de pèlerine qui, ainsi que le corps de cette femme, est couverted’un blazon. La pèlerine tient à une guimpe qui entoure le cou, et un largevoile, qui sert de coiffure, lui descend sur le front. Ce costume a beaucoupd’analogie avec celui que les religieuses portent encore de nos jours. Jeanne deLisle mourut en 1276.

Philippe-le-Bel sur son trône. Ce tableau, peint sur bois et à l’œuf, quiornait l’une des salles du palais, représente Philippe-le-Bel tenant un lit dejustice. Ce lit de justice est celui qu’il tint dans l’église Notre-Dame , le 10 avril1 3 o 1, en présence de tous les états de son royaume et du clergé, pour s’oppo-ser aux ridicules prétentions de Boniface VIII. Il y fut déclaré que la France ,à l’égard du temporel, ne reconnaissait d’autre supérieur que sou roi. (VoyezMézerai. )

Guillaume Malgeneste , veneur du roi. Cette figure est celle qui se voyaitsur sa tombe, dans le cloître de l’abbaye de Long-Pont. Malgeneste mouruten i 3 oi, le chien qui est à ses pieds caractérise sa profession.

Le costume, d’un goût assez agréable, se compose d’une espèce de sou-tane ou de tunique longue, recouverte par-dessus d’un vêtement égalementlong, qui est ouvert par en haut de manière à laisser les bras libres; ce se-cond vêtement est serré au-dessus des hanches par une ceinture. Malgenesteporte l’oliphant de chasse en bandoulière , et son épée placée de telle sorteque la poignée est sur le ventre et la lame traversant diagonalement la cuisse.

(Cette façon de porter lepée caractérise ordinairement un militaire. )

Jeanne de Saint Verain, morte en 1297, femme de Dreux Trainel,chevalier, mort en i3i2. Les femmes portaient alors des guhnpes qui ca-chaient plus ou moins le menton ; et par-dessus elles mettaient un chaperondont les bouts descendaient sur la poitrine.

Jean de Dreux, chevalier de l’ordre des Templiers , était le second fils deJean I er ., comte de Dreux, et de Marie de Bourbon , fille d’Archambaud VIII,sire de Bourbon. Jean de Dreux mourut en 1272.

Le concile de Troyes, en 11 /^6, ordonna que les chevaliers du Temple porteraient l’habit blanc, ainsi que le manteau, sur lequel on placerait unecroix rouge du côté du cœur et de lepée. Tel est le costume de Jean deDreux, qui a la tête couverte de la toque que les Templiers portaient, avecune plume rouge. La toque que l’on voit ici est sans plume. La barbe lon-gue, suivant l’usage des orientaux, était une des marques distinctives de cetordre, dont letendart était mi-partie de blanc et de noir ; et lorsque cetteinstitution fut abolie par Clément V et par Philippe-le-bel , ceux des cheva-liers qui avouèrent les prétendus crimes dont on les accusaient se firentraser la barbe en signe de deuil, pour marquer l’horreur qu’ils en avaient.

Jachemes Loucart, chevalier du roi, fonda la chapelle de la Madeleinedans l’église d’Orcamp. Il porte des brassarts et des grévières en fer battu, etsa cotte d’armes est armoriée d’un lion (1).

Pierre de Dreux. ( Sur la gravure, lisez Pierre de Dreux , au lieu dePierre de Boy. ) Comme on le voit par la statue de Pierre de Dreux , comtede Bretagne et surnommé Mauclaire, les chevaliers portaient un haubert fortlong, que 1 on ne voit pas ici complètement, à cause de la cotte de mailles quile couvre. Les manches, les chausses, ainsi que le chaperon de Pierre deDreux , sont en mailles de fer. Son chaperon, par derrière, lui couvre lesépaules. Il est ceint d’une large courroie, d’un baudrier brodé, auquel estattachée son épée. ( Ces pièces étaient le complément de l’habit de guerre deschevaliers. )

Guillaume de Chesey. Guillaume de Chescy était chantre de Marfaing,et vivait vers l’an 1 3 og. On voit cette figure intéressante, pour le costume,au cabinet des dessins de la bibliothèque du Boi.

Les prêtres avaient la tête rasée, et ne conservaient qu’une bande de cheveuxautour de la tête ; c’est ce qu on appelait couronne ; peu à peu ils élargirentcette couronne, et ne conservèrent plus qu’une tonsure (2).

Les bénédictins, les bernardins et les chartreux, plus scrupuleux observa-teurs des règles prescrites par les anciens conciles, furent les seuls religieuxqui conservèrent la tonsure et la couronne, prescrites à tous les prêtres.

Guillaume de Chesey, que nous avons gravé d’après l’effigie de son tom-beau, porte la couronne de cheveux ordonnée par les conciles; il est debout

(1) Celte figure a été dessinée d’après l’effigie de Jackemes Loucart, qui se voyait contrela muraille dans l’église d’Orcamp, avec son nom tel que nous l’avons ortographié. Margue-rite, sa femme, était représentée à côté de lui.

(?) Les prêtres négligèrent de conserver cette marque distinctive de leur caractère, etrenoncèrent à renouveler la tonsure. Le concile d’avignon , en 1007, leur enjoignit de lafaire raser tous les mois ; mais ils la firent si petite qu’on ne l’apercevait pas ; ce qui obligeaup autre concile de fixer, en i 388 , le diamètre de la tonsure à quatre doigts. ( Voyez lesCostumes français , par Maillot, pag. i 3 <). )