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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE

PLANCHE XXXVII.

Bataille navale de Guernesey. Cetle bataille sanglante entre les Français etles Anglais fut donnée vers l'ile de Guernesey , en avril 1342 , pour la succes-sion du duché de Bretagne . Ce tableau est peint dans le manuscrit de Frois-sart, que l’on conserve à la bibliothèque du Roi.

Robert d’Artois, dont il a été parlé plus haut, était à la tête des Anglais .La flotte française, composée de Génois et d’Espagnols , que commandaitLouis d’Espagne , frère d’Alphonse , qui depuis fut connétable, attaquavigoureusement les Anglais , et les eût empêché d’effectuer une descente surnos côtes, si un vent furieux n’eût séparé les combattans et n’eût forcé lesFrançais à prendre le large , ayant de trop gros vaisseaux pour aborder laterre. Ceux des Anglais étant plus petits, abordèrent auprès de Vannes. Ro-bert d’Artois étant dencendu à terre , assiégea cette ville, et l’emporta par as-saut, qu’il fit donner la nuit et le jour suivant.

Comme on le voit par ^ette peinture, les armes dont on se servait à bordsont, la flèche, la dague, l’épée , la lance et la pertuisanne.

Bataille de Poitiers . Cette seconde peinture, également tirée des manus-crits de Froissart, représente la célèbre bataille connue sous le nom de Poi-tiers ou de Maupertuis ; c’est celle où le roi Jean fut fait prisonnier parÉdouard, prince de Galles, fils d’Édouard III , roi d’Angleterre, en avril 1356.Le roi Jean se fit remarquer par son courage ,* par sa valeur, et il auraitremporté la victoire s’il eût été secondé. On voit des chevaux percés de plu-sieurs flèches qui emportent leurs cavaliers, des soldats et d’autres chevauxqui meurent sous les traits dont ils sont accablés. Selon Mézerai , il fut tuédans cette funeste journée six mille français , parmi lesquels il y avait huitcents gentilshommes. On trouva parmi les morts le duc de Bourbon et lecomte de Ponthieu , son frère ; le duc d’Athènes , connétable ; les maréchauxde Nesle et d’Andréhen , et plus de cinquante autres seigneurs. Le roi eut son.cheval tué sous lui.

Dans ce tableau, le roi est reconnaissable aux fleurs de lys dont sa cuirasseest couverte; la visière de son casque est baissée, de sorte qu’on ne voit passon visage. La plupart des autres casques, tant des Français que des Anglais ,sont sans visière ; les deux armées se distinguent seulement par leurs dra-peaux. Celui des Français , selon l’usage, est de fleurs de lys : celui du princede Galles est de France écartelé d’Angleterre, que le roi Édouard prit quandil déclara la guerre à Philippe-de-Valois . Dans le fond du tableau, on voit laville de Poitiers .

Monnaies de Piiieippe-de-Valois. Monnaies d’or et billon. Jamais princen’a fait fabriquer autant de monnaies en or que le roi Philippe-de-Valois ;jamais elles n’avaient été faites avec autant de soins que sous son règne.Celles en or sont nommées : royal, couronne , parisis, double royal, escu ,ange, lion , chaise, pavillons, et florin George. On désignait ainsi les monnaiesbillon : double parisis , doubles tournois, deniers parisis , deniers tournois ,et oboles ; on désignait aussi les monnaies d’argent par le nom de blanche ,et celle de cuivre par celui de noire. Les monnaies d’argent ont été dé-crites.

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Fig. i. Royal double. Cette monnaie a du rapport avec le royal doubled’or fin, de Charles-de-Valois . ( Voir pl. XXXY, fîg. i. ) Le roi est assis surson trône, et le revers est semblable. Fig. 2. Parisis d’or, frappé en oc-tobre i33o , et dont le cours a cessé en février 1336. Cette monnaie nouvellefut ainsi appelée, parce qu’elle valait une livre, ou vingt sols parisis. Le roi,la couronne sur la tête , est assis ; il a les pieds appuyés sur deux lions , etd’une main il tient son sceptre , et de l’autre la main de justice. Le revers n’arien de remarquable.

Fig- 3. Le denier d’or fin à l’écu, ou florin à l’écu , fut ainsi désigné,parce que le roi , qui est assis sur trône, appuie sa main sur* un écu seméde fleurs de lys sans nombre; ils furent frappés en février i336. Dans la suiteon les nomma écris premiers , parce qu’en 1547 valeur en fut diminuée;on les appela alors écris deuxième. Cette monnaie éprouva une troisièmealtération sur la fin du règne de Philippe-de-Valois .

Fig. 4. Les lions d’or, ainsi nommés parce que le roi est figuré sur sontrône ayant un lion à ses pieds. Cette monnaie, en 1538, succéda à l’écud’or. Suivant Le Blanc , ce lion faisait allusion au roi d’Angleterre , sur quiPhilippe-de-Valois avait eu l’avantage, lorsqu’il voulut lui disputer la cou-ronne de France . Le cours des lions d'or cessa le 14 juin 153g. Fig. 5. Lamonnaie d’or , dite le pavillon, parce qu’on y voit le roi sur le trône , assissous un pavillon hermine , fut mise en circulation le 7 février i34o.

Fig• 65 7 et 8. Monnaie billon. 6. Double tournois. 7. Denier tournois.8. Oboles. Deux de ces pièces sont marquées d’une couronne ; au revers ,toutes poi teu t une croix fleurdelysée

Fig• 9- Pièce dor, dite double royale; elle est semblable à la fig. 1, ex-cepté que le roi est debout devant son trône, tenant son sceptre. Fig. 1 o. En1 34o, aux pavillons succéda une monnaie d’or marquée d’une couronne etde six fleurs de lys; elle fut appelée la couronne. Fig. 11. Monnaie d’ornommée double.

Fig. 12. Le 7 février i54o, on cessa de fabriquer les doubles pour faire les

anges , autre monnaie d’or fin. Dans les ordonnances royales, cette monnaieest nommée angelots; sa fabrication cessa en 1342. Les premiers, qui pe-saient cinq deniers seize grains, furent nommés les premiers anges; on en fitensuite qui ne pesaient plus que cinq deniers, on les appela seconds anges;enfin , les troisièmes anges ne pesaient plus que quatre deniers treize grains.Sur cette monnaie, on voit un ange couronné et debout qui terrasse ledémon ; il a la main appuyée sur un écu orné de trois fleurs de lys. Fig. 1 3 .Florin Georges. Sur cette monnaie, le roi est représenté armé de pied en cap ,et à cheval, terrassant un dragon. Les florins Georges, dit Le Blanc, furentfaits à Orléans par l’ordre de Philippe, duc d’Orléans, quatrième fils du roi,et ils eurent cours en février i 34 o. Le revers est semblable aux autres. Engénéral, toutes les légendes de ces monnaies portent le nom de Philippusrex, etc.

Fig. i 4 , i 5 et 16. Monnaies billon. 14, double tournois ; 1 5 , denier pa-risis ; 16, oboles. Outre ces monnaies, on fit encore sous ce règne des piècesqu’on nommait des pites ou des poitevines , qui ne valaient que la moitié del’obole tournois. (Le Blanc, pag. ^ 45 . )

PLANCHE XXXVIII.

Prise de Charles-le-Maurais. Cette troisième peinture du manuscrit deFroissart (1) représente l’arrestation que le roi Jean fit faire en i 356 deCharles-le-Mauvais , roi de Navarre, et de plusieurs seigneurs de sa suite,qui avaient participé au meurtre de Charles d’Espagne, connétable deFrance .

Le 6 de janvier i 353 , le roi de Navarre étant à la tête d’une centaine decavaliers, vint à l’Aigle escalader le château du connétable, et le fit poignar-dans son lit. On lui fit son procès, le roi séant au parlement de Paris. Le roilui fit grâce ; mais, comme ce prince continuait à troubler l’état par ses intri-gues, et soulevait les princes ses voisins contre la France , sous le prétexte dubien public, le roi résolut de le faire arrêter une seconde fois. On eut recoursà la ruse : c’est le sujet du tableau.

Un jour que le dauphin lui donnait à dîner au château de Rouen, ainsi qu’àses confédérés, le comté de Harcourt, Graville, Maubué , Doublet et d’au-tres seigneurs, le roi Jean, étant accompagné de cent hommes bien armés,entra par une porte dérobée, fit saisir Charles de Navarre et sa compagnie,ordonna qu’on mit le comte de Harcourt, Graville , Maubué et Doublet dansdeux chambres, d’où on les mena ensuite en pleine campagne, où on leu?trancha la tête à tous quatre. Charles-le-Mauvais fut conduit sous bonne es-corte au château Gaillard des Andeiys , et transféré ensuite dans d’autres pri-sons. La sanglante bataille de Poitiers , dont nous avons parlé plus haut, futla suite funeste de l’arrestation tragique du roi de Navarre. (Voy. Mézerai,Vély, etc. )

Le roi Jean. La statue en marbre du roi Jean, que nous avons gravée ici, estcelle que l’on voit à Saint-Denis sur son tombeau.

Marie de Hainault. Marie de Hainault, fille de Jean II , comte de Hainault,était femme de Louis, duc de Clermont , petit-fils de saint Louis. Elle mouruten août 1 354 -

Cette figure, tirée d’un armorial d’Auvergne , est remarquable par la coif-fure que les femmes portaient alors. C’est une espèce de guimpe retrousséeà laquelle est ajoutée deux petits coussins ou bourrelets, un sur chaqueoreille. Les surcots, richement brodés, étaient le vêtement à la mode. Engénéral , les grands de l’un et de l’autre sexe n’étaient vêtus que d’étoffes d’oret de soie brodées ou doublées de fourrures précieuses. (Voyez plane. XXXIV,la figure du comte de Clermont. )

Le Chrrst en Croix, la Vierge , saint Jean , le roi Jean, le dauphin ,saint Louis , saint Denis et Blanche de Navarre . Ce tableau , peint surbois et à l’oeuf, se voyait, avant la révolution, au Palais de Justice, à Paris ,dans la chapelle Saint-Michel. Il représente un calvaire, au pied duquel sontd’un côté, saint Louis debout, et, à genoux, le roi Jean, ayant la couronnesur la tête , et son fils Charles, dauphin ; de l’autre côté, Blanche de Na-varre, seconde femme de Philippe-de-Valois , belle-mère du roi Jean , et saintDenis debout, qui tient son crâne de la main gauche, et qui appuie la droitesur l’épaule de la reine. Les armes du roi, du dauphin et de la reine sont po-sées sur un fond de tapisserie étoilé.

Ceinture de la Mère folle. Cette pièce rare nous a paru digne de notre re-cueil par la nature du sujet qu’elle représente, et par le fait historique auquelelle appartient. Elle est sculptée en bois et formée de petits carrés mobilesfaits pour tourner autour du corps de la personne qui la porte, et qui sont au-tant de petits bas-reliefs où se voient toutes sortes de figures grotesques et indé-centes. Les fig. 1 et 2 sont les agrafes auxquelles s’attache cette ceinture, dontnous garantissons d’autant plus l’authenticité, qu’ellea été dessinée d’après l’o-riginal même , par M. Xavier Villemin, auteur des Monumens français inédits.

Fig. 1. Première agrafe, sur laquelle sont figurés des jeux d’enfans d’ungoût grotesque. Fig. 2. Seconde agrafe qui représente différens jeux d’amour,ainsi que les signes de la lubricité et du libertinage. Fig. 3 . Petit garçon jouant

(1) Bibliothèque du Roi, n'. 820, folio LXXXVIII.