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Des canaux de navigation, et spécialement du Canal de Languedoc / par ... de la Lande
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Ï770--

Tremblement

terre-*

ïo 4 ANECDOTES DIVERSES DU CANAL

en dépôt dans les magasins de Trêbes & de Castelnaudarry. Lhiver fut desplUSrudes ; mais malgré les pluies, les vents, la neige Sc la glace qu il fallutcaíîèr nuit Sc jour pendant très-long-temps , on travailla fans relâche, Sc cinqà six mille hommes vinrent à bout de surmonter tous les obstacles. II fallut fairedes ponts en bois fur les ravins pour remplacer le petit pont de pierre quiavoit croulé; raccommoder les chemins fur plus de 6 milles de distance pourle transport des matériaux par terre; ramollir les mortiers & les gazons durcispar le froid , avec de seau bouillante dont on les arroíoit, brûler des fagotstous les matins fur la maçonnerie pour le même effet, Sc transporter la terrede fort loin, des champs quon acheta exprès; malgré toutes ces difficultés,louvrage fut entièrement fini, & la navigation rétablie le 31 Janvier après y yjours de travail: on y fit 460 toises cubes de maçonnerie, 450 toises carréesde gazonnade , Sc près de 2000 toises cubes de remblai de terre.

Ce ne fut pas encore le seul endroit ou le Canal souffrit des dommages,il y eutdeS brèches auprès de faqueduc de Jouarre, Sc à lépaulement de l'éclusede Villaudy ; quelques autres dans le département de Castelnaudarry. Le dom-mage fut encore considérable à Béziers : les eaux emportèrent une partie de lachauffée , comblèrent le lit de la rivière dOrb, au-deffus des épanchoirs quiétoient bouchés par une quantité de gros arbres que les eaux avoient transportés.Les lignes de pilots Sc palplanches surent entièrement comblées, Sc les terrierspresque emportés par la force des eaux. On travailla par-tout, & ces répara-tions surent finies dans le même-temps que celles de la brèche de Capestang.Ces immenses travaux exécutés avec le plus grand ordre, Sc la plus grandepromptitude dans une saison ausii contraire , coûtèrent dés sommes prodigieu-ses : mais fans cette extrême célérité le bas Languedoc & la Provence privésde cette importante communication, auroient été exposés à la disette.

177. En 1770, la rigole de la montagne fut endommagée par un tremble-ment de terre. *Le 14 Janvier vers les 10 heures du matin, la Meûniere du mou-de li n de Garbette sentit une sorte secousse, elle sortit avec effroi, & sapperçutquil couloit de seau dans la prairie au-destus du moulin, par une ouverturequi sy étoit faite ; quelque-temps après la Meûniere un peu rassurée, Sc ne sen-tant plus de mouvement dans le terrein, rentra chez elle ; mais le soir, vers les5 heures , le tremblement de terre recommença ; le Propriétaire du moulinse trouvant avec son valet fur le terrein de la rigole, courut à la petite métai-rie, appellée la Bourdette joignant la rigole, pour en faire sortir les vaches,brebis Sc agneaux qui y étoient renfermés ; ils en tirèrent quatre vaches ; mais àpeine le maître fut-il dehors, quil vint une secousse encore plus forte : il se sen-tit soulever fur le terrein, la rigole creva , la ferme fut abîmée ; le valet, 62brebis & 20 agneaux surent enterrés : le maître tomba Sc fut assez heureux, enroulant,pour sécarter de la brèche avecles vaches qui se dispersèrent épouvantées.Les Meûniers Sc les femmes renfermées dans le moulin se sauvèrent à travers

* Depuis lannée 1770, on a tenu un Journalplus exact des inondations & des dégradatious arri-vées ail Canal, c eft pourquoi nous donnerons à cetégard quelques détails de plus dans les articles íui-

vans. Ils serviront à faire voir combien un Canalexige dattentions & de foins quand il est dans unpays de montagnes & de torrens: celui de Bourgognene fera pas exposé à de si grands dangers.

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