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Des canaux de navigation, et spécialement du Canal de Languedoc / par ... de la Lande
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LIMOSI N, GASCOGNE, &c. 403

directement le Périgord, & lui est également utile : cette Province produitabondamment des grains & du vin ; elle est par-tout couverte de bois de chêne &de châtaigniers ; mais elle estíàns débouché, si ce n’est celui de quelques grandschemins qui la traversent; & leshabitans ne peuvent en faire usage pour le trans-port de leurs denrées, à cause de la lenteur 8 c de la foiblefíe de leurs bœufs,qui ne traînent que de petites voitures, & ne peuvent porter que de legers far-deaux , ce qui consommé & absorbe en frais la valeur des marchandises & desdenrées. Ainsi les habitans du Périgord, au milieu de leurs productions abondan-tes, sont en quelque sorte dans la disette ; car dans les années abondantes, ce n’estqu’après bien des peines & à vil prix qu’ils peuvent parvenir à so défaire d unepartie de leurs denrées ; & lorsque le. pays vient à être grêlé, ce qui n’arrive quetrop souvent, les habitans sont réduits à acheter à un prix excessif, & à fairevenir de loin les denrées qu’ils avoient données presque pour rien dans les annéesd’abondance. On a représonté souvent au Ministère Pétât misérable où fe trou-voit cette Province, & l’impoísibilité où elle étoit de payer les impositions ; onrepréfentoit qu’il n’y avoit d’autres moyens pour la soulager, que d’y établirune navigation ; & les rivières de l’Iste & de Dordogne en offroient le moyen.Celle de Piste étoit d’autant plus avantageuse, que cette rivière traversent lePérigord par le milieu, procuroit un moyen aise & peu coûteux, pour Impor-tation & Pimportation des denrées & marchandises , pour le transport des boisde construction & de chauffage, du merrein, du fer, des canons, des bleds, vins,châtaignes. On y étoit réduit à brûler des bois pour employer la cendre àfaire croître de Pherbe.

La rivière de Piste étoit déja navigable depuis Libourne , où elle se jette dansia Dordogne, juíqu’au port de la Fourché près Courtras ou Coutrats , où ellereçoit la Drône ; mais la partie dans laquelle il étoit important pour le Péri-gord d établir une navigation, étoit depuis Courtras jufqu’à Périgueux, & cinqmilles au-dessus. Ce projet avoit été anciennement formé; M. Fery dans un Pro-cès-verbal de visite fait en 1696, trouva qu’il y avoit 41 pas à ouvrir , versautant de moulins *. En conséquence on construisit des digues à la plus grandepartie des moulins , avec des pertuis ou pas-volans, pour donner passage auxbateaux montans & defcendans ; mais ce travail n’ayant pas été suivi, íur-toutaux moulins du coté de Courtras , où il en étoit besoin, la navigation qu’ons’étoit proposée , ne put être pratiquée que par quelques bateaux seulement,suivant le témoignage des anciens du pays, & fut ensisite abandonnée fautede passages dans la partie basse de la rivière.

La profondeur de l’eau étoit de 12 pieds, & de plus de 16 en quelquesendroits, de 6 Sc 8 dans la plus grande partie ; Sc si cette profondeur ne setrouvoit être que de 18 pouces à deux pieds au dessous de quelques mou-lins , Sc dans quelques petites parties de la rivière, cela provenoit des graviersamassés dans son lit, qui avoit trop de largeur dans certains endroits, A qu’ilíalloit resserrer par des digues pour fixer le courant des eaux dans un canal plusétroit, Sc en augmenter par conféquent la profondeur.

* M. îery dressa en même-temps les plans des ouvrages faits & à faire fur diverses rivières de Guyenne,avec des Remarques & Mémoires fur ceux des rivières de Garonne, Dordogne, Beze,Lor, Vezere, Charente.