RIVIÈRES, PÉAGES. 42I
Angleterre, qu’ils ne le seroient chez nous, parce que les grandes routes yíont couvertes de barrières , ou Turnepiks, où les Voyageurs payent des droitspour i’entretien des chemins : là on passe íur une eípèce de pont en équilibreou à bascule, qui s’enfonce de quelques pouces dès que la voiture est pluspelante que le poids ordonné, & décèle la contravention íàns qu on y prenneaucune peine. Mais il n est point à souhaiter que les Voyageurs reçoivent par-mi nous de pareilles entraves. •
54 °’ Quelque dépense que l’on faste pour l’entretien des grandes routes,ce n est rien en comparaison de celle que le Commerce est obligé de fairepour s’en servir : en temps de guerre , il en coûte aux Provinces Méridionalesprès de dix pour cent de frais de voiture, & de droits pour échanger le pro-duit de leur culture & de leurs manufactures avec celui des Provinces Sep-tentrionales, & réciproquement ; les hommes avec leurs bêtes de charge, aban-donnent alors les travaux de la terre pour faire les charrois. Ainíì quand l’en-nemi bloque nos ports, il porte, pour ainsi dire, les malheurs de la guerrejusques dans l’intérieur du Royaume', dont les communications par les rivièresfont obstruées Sc comme impossibles : on a vu dans la Préface quelle dispro-portion il y a entre le prix des charrois ‘ & celui des transports par eau.
541. Cependant les transports se font presque tous par terre , à cauíe de ladifficulté des rivières : il n’y a que les marchandises d’un encombrement énor-me qu’on est forcé de transporter par les rivières, toutes les autres prennentla voie des Rouliers pour être voiturées d’une extrémité du Royaume à l’au-tre ; les fers même ( on le croiroit à peine, si la preuve de ce fait n’étoit acquiseà chaque instant) , les fers prennent la route de terre pour venir à Lyon, parexemple, depuis la Franche-Comté (ydo) , au lieu de profiter du Doubs quipasse auprès des forges de cette Province ; les fers du Berry font voiturés parcharrois jusqu’à Orléans, & viennent même quelquefois directement jufqu’àParis. Cependant il est sûr que le prix de la voiture s’ajoute nécesiàirenient àcelui de la matière transportée, ainsi ces marchandises voiturées par terre revien-nent à des prix excessifs. C’est ce qui nous cause tant de désavantage dans lecommerce avec l’étranger ; car depuis nos outils aratoires 8c les gros fersindispensables pour la construction des vaisseaux , jusques aux menus ouvra-ges d’acier, nous ne pouvons soutenir la concurrence avec l’étranger, Sc nosArmateurs ou nos Marchands font obligés de s’en fournir chez, nos voisins.
Si l’on compare les modiques frais d’une voiture par eau, avec le prix d’unevoiture par terre, quelle différence énorme n’en réíiilte-t-ilpasî Un charriotattelé de six chevaux, conduit par deux hommes, ne porte que deux ou troismilliers. Deux Mariniers suffisent à un bateau chargé de 300 milliers. Uníèul bateau épargne donc, & rend à la culture des terres le travail de 200 hom-mes Sc de 600 chevaux. La différence paroîtroit à peine croyable , si le calculSc les faits ne le démontroient pas ; mais elle est effrayante par toutes ses con-séquences. Suivant des relevés exacts du nombre des voitures occupées àtransporter des marchandises dans l’intérieur du Royaume, on compte en Franceau moins 20000 charriots; ce nombre est même diminué' de peur d’exagéra-
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Pourquoi les riviè-res ne font paspratiquées.
Prix des voiturespar terré.