ASIE, AMÉRIQUE. ” 539
cintrées , les appuis très-propres, & les piles fi étroites, qu on s imagine de loinque toutes les arches font en 1 air. On en voit ainsi presque par-tout d espaceen espace ; & quand le canal est droit, comme il Test ordinairement, cettelongue suite de ponts fait une espèce dallée magnifique.
Le grand canal se divise à droite Sc à gauche en plufieurs autres plus petits,qui se divisent eux-mêmes en un plus grand nombre de ruisseaux, lesquels vontaboutir à de gros villages, ou même à des villes considérables. Quelquefoisils forment de grands bassins, des étangs, des lacs, dont les terres voisines fontarrosées. De forte que cette eau si pure Sc fi abondante, embellie de tant deponts, resserrée par des levées si propres & fi commodes, distribuée egale-ment dans de vastes plaines, couverte d’une infinité de bateaux Sc de barques,
Sc couronnée d’un prodigieux nombre de villages Sc de villes, dont elle varemplir les fossés Sc former les rues , fait non-íèulement le plus fertile , maisencore le plus beau pays du monde.
777. Le P. le Comte, qui n’avoit pas vu lans doute les canaux des Pays-Bas Sc le canal de Languedoc, íiirpris & même frappé detonnement, a la vued’un fi grand spectacle, a quelquefois porté une secrète envie a la Chine enfaveur de l’Europe, qui n’a rien, dit-il, en ce genre , qui lui soit comparable.
Que seroit-ce fi fart, qui souvent en France embellit les lieux les plus sauva-ges par la magnificence des Palais, des jardins Sc des bois, avoit été employédans ces riches campagnes, où la nature n’a rien épargne.
Les Chinois disent que ce pays étoit autrefois tout-à-fait inondé , Sc quàforce de travail on fit écouler une partie des eaux , retenant le reste dans cegrand nombre de canaux qu on ouvrit pour cela de toutes parts. Si cela est, jene saurois assez admirer la hardiesse Sc i’industrie de leurs Ingénieurs, qui ontcreusé des Provinces entières, Sc fait naître d’une eípéce de mer, les plusbelles Sc les plus fertiles plaines du monde. Nouveaux Mémoires fur l état pré-sent de la Chine , par le P. le Comte , in-12 , T. I, pag. 18a & suiv. Duhalde>
T. II, pag. 156. .
778. Le P. le Comte a vu à la Chine quelques endroits ou les eaux de jWge d\in ca-ste ux canaux voisins ne communiquent point ensemble ; on ne laisse pas de
faire paster les bateaux de l’un à fautre, quoique le niveau foi t diffèrent, quel-quefois de plus de quinze pieds ; mais voici de quelle maniéré on s y prend.
A la tête du canal íùpérieur, on bâtit un double glacis de pierre , forme dedeux plans inclinés, qui /unissent par la pointe, Sc s’étendent des deux cotesjusqu’à la surface de seau. Quand la barque est dans le canal inferieur, onla guinde par le moyen de plufieurs cabestans for le plan du premier glacis ,jusqu’à ce quêtant élevée sur f angle de deux plans, elle retombe par son pro-pre poids le long du second glacis, dans seau du canal foperieur , où elle partcomme un trait. Je ne fais, ajoute-t-ii, comment ces barques, qui font ordinai-rement fort longues Sc très-chargées, ne fo rompent point par le milieu quandelles fe trouvent comme balancées en l’air for cet angle aigu : car dans cettelongueur, le levier doit faire un furieux effort. Cependant je ne sache pas qu ilen arrive d accident. J’y ai passé assez souvent ; Sí toute la précaution qu on