2. me ÂGE
D U MONDE.
GRÈCE.
^ o Discours
pour la frivolité, sait qu on ne voit, pour ainíì dire, chez
nous que de vieux enfans.
La considération attachée au talent, fut sur-tout le pluspuissant motif pour animer les Artistes, qui netoient pastraités en ouvriers dans un pays où l’on fentoit tout le prixdu génie dans les arts. Un Artiste pouvoit prétendre à lamême considération quun Philosophe. Esope & Socrate leurfaifoient cet honneur de les regarder comme de vrais Sages,& s’honoroient assez eux-mêmes pour préférer leur sociétéà toute autre.
Marc -Aurèle, cet Empereur philosophe, n a point rougide publier qu’ií avoit obligation au peintre Diognète desconnoiffances & de% vertus qu on vouïoit bien trouver en lui.
L’orgueil d’un particulier riche & insolent, comme sonten général les prétendus connoisseurs, ne mettoit pas leprix aux chef-d’œuvres des Arts. Les plus íàges & les pluséclairés d’entre les Grecs, jugeoient & couronnoient lestalens. Ce netoient pas les noms, cetoient les ouvragesqu’on
célèbre se mettre sur la ligne des Phydias & des Praxitèíes,des Appelles & des Zeuxis, & quelquefois 1 emporta fur eux.Leurs juges n’étoient pas de cette classe que nous appelonsAmateurs (f) pour donner un titre à ì’ignorance; car lajeunesse la plus distinguée fréquentoit également le PortiqueA les ateliers.
y jugeoit. L’Artiste inconnu pouvoit comme le plus
(f) On n’entend parler ici que de ces gens qui, avec les connoiíîànces lespius superficielles dans les arts, jugent hardiment les productions des Artistes,& souvent les découragent par leurs injustes critiques. On doit singulièrementhonorer ceux qui, comme le feu comte de Caylus, avec de profondesconnoiíîànces & le goût le plus éclairé, cherchent dans les ouvrages desArtistes de leur temps ce qu ils ont de bon. leur donnent les conseils les plusUtiles, les encouragent & les protègent.