SUR LES MONUMENS. I 47près Je Nuits en Bourgogne, une nouvelle colonie deCénobites : soit horreur Ju lieu ou excès J’auílérité dansle nouvel institut, il périssoit fous Etienne, successeur deRobert, lorsque Bernard, de l’ilíustre maison de Châtiííon,vient s y présenter & donne à ce pieux établissement unenouvelle vie Sc le plus grand éclat. Ce beau génie, brillantde toute la force Sc des grâces de l'éloquence, à laquellese joignoit une grande pureté de mœurs, acquit bientôtune considération supérieure à í’autorité ; il s’en sert pourfaire condamner au concile de Sens les erreurs d’Abéfard.Le zèle qui ïe dévoroit pour la propagation de la Foi, luifait voir dans l'ardeur de ce temps pour la conquête dessaints lieux, un moyen qui lui parut infaillible pour ['étendre :il prend occasion des remords de Louis VII, dit le Jeune,qui avoit poussé trop loin la vengeance contre un vassal rebelle,en livrant aux flammes, dans Vitry, des victimes infortunéesdes crimes de leur maître, pour ï’engager à expier íà fautepar une nouvelle croisade.
En vain le sage & politique Suger s’oppose à cette pieusemais indiscrette ardeur ; i'éloquence du Cénobite prévaut surla raison & l'intérêt de ì’Etat; le zèle ardent du saint Religieuxì’emporte sur l’expérience du Ministre : saint Bernard oseannoncer & garantir des íuccès éclatans, Suger ne voit quedes désastres ; le Prophète & le Saint, par malheur pourla France, vit moins bien que l’Homme d’Etat.
Louis, entraîné par cette éloquence onctueuse Sc persuasivede Bernard, rassemble quatre-vingts mille hommes, Sc 1 esconduit dans la Palestine, où, comme l’avoit prévu Suger,ils périrent ; Sc ce fut avec la plus vive douleur que ce sageadministrateur vit son maître rentrer íàns armee, Sc presqueseul dans ses Etats dépeuplés Sc appauvris par une expédition
3- me ÂGE
DU MONDE.
FRANCE
ancienne.