XXXIX
SUR LES AÍONUMEN S.i’eíprít humain; la troisième & dernière, les Estampes rangées méthodiquement& subdivisées par Histoire universelle, Sciences, Arts & Métiers. Parmi cetteprécieuse collection , l’on remarque entr’autres une note de la main de cetAmateur & savant Abbé, qui apprend qu’en Tannée 1660, M. ïAbbé deMarolles acheta seize louis d’or une pièce rare, composée & gravée par Lucasde Leyde, dite Ulespiègle ; elle représente une scène triviale, où Ton voit unede ces familles, que Ton connoît fous le nom de Bohémiens , voyageant àpied, fous la íàuve-garde de leur chien, d’un âne chargé de bagages & deleurs petits enfans dans une hotte & fur Tépaule de la mère: le prix de cetteEstampe paroîtra moins exhorbitant lorsque Ton saura que feu M. Mariettepoísédoit une lettre du célèbre Rembrands, par laquelle il prie un de ses amis,vers 1630, de lui faire f emplette de quatre estampes gravées par le mêmeLucas de Leyde, & d’en donner juíqu’à seize cents florins, environ deuxmille quatre cents livres. A la vente du Cabinet de M. le Comte de Chabanrtes,Major du régiment des Gardes-Françoiíès, il s’y trouva deux Epreuves raresdu portrait du Bourguemestre de Hollande, Jean Six, ami des Lettres &Protecteur de Rembrands, Tune imprimée fur le papier de Chine, Épreuveparfaite; Tautre moins belle d’Épreuve, avec des variations, elles furent adjugéespour cinquante louis d’or. Deux Curieux de distinction, piqués d’avoir laisséadjuger ces deux morceaux à un prix si modique, car on leur avoit cachéqu’ils étoierit destinés pour le Cabinet du Roi, offrirent au Commissionnairetrente pistoles en fus, seulement pour TEpreuve la moins belle.
M. Colbert informé du mérite de ía collection de M. VAbbé de Marolles,& persuadé que íe Roi prendroit plaisir à jeter les yeux fur les témoignagesd’un art qui remplit le beau précepte d’Horace, Omne tulit punélum qui mifcuitutile dulci, en fit f acquisition pour le Roi en 166/, après la mort de Tilíustrepropriétaire ; Sa Majesté en fit tellement son amusement que si- Ton osoit onen tireroitia conséquence, que bientôt après, Vcriailles devint en beauté réelle,ce que les nouveaux porte-feuilles d’estampes du Roi íèmbíoient avoir inlpiréau jeune Monarque & à son Ministre.
Quelques années auparavant Gajlon, Duc d’Orléans, oncle du Roi, avoitlégué à Sa Majesté, parmi le nombre des raretés de son Cabinet, une suited’Histoire Naturelle que ce Prince saifoit peindre en miniature & sur vélin,d’après les plantes de son jardin de Botanique & les animaux de lâ ménagerieà Blois, par le célèbre Nicolas Robert; Louis XIV la fit augmenter considéra-blement par Jean Joubert & par Nicolas Aubriet, qui f un & Tautre íe rendirentles émules du fameux Robert ; & fous Louis XV, cette collection précieuse &unique a été continuée par Ie même Aubriet & Magdeleine Baffeporte son élève.L’objet du Roi est de faire peindre f empire de la Nature dans ses trois règnes :Végétal, Animal & Minéral. Déjà soixante volumes richement reliés in-foliorenferment ces peintures, partie en gouache, & partie en miniatures, dontchaque morceau a été payé dans son principe cent francs ía piece.
Le Roi voulant que ce trésor si utile à fhumanité & si précieux par son