SUR LES M O N U M E N S. íxvij
crue extraordinaire, & sur-tout dans un dégel subit 8c considérable, de périravec leur fortune ; qu’enfin ces maisons gênent prodigieusement ía circulationde í’air, dont on a tant besoin dans une ville telle que Paris : mais nousprévoyons avec douleur que le Corps - de - Ville se résoudra difficilement àabandonner une branche si utile de son revenu, à moins qu’un désastre horrible,qui doit arriver nécessairement un jour, parce que tout dépérit à la longue,ne réalise les craintes des habitans sensés.
2.0 Que s’il n’est pas possible de parer à tout, c’est toujours un très-grandbien que de diminuer la somme des inconvéniens des deux tiers au moins.IL île Saint-Louis 8c toute la Cité, ainsi que le quartier du Palais, ne peuvententrer dans notre plan ; mais dans toute cette partie il ne se trouve qu’unseul marché (le marché Neuf), qui n’est ni considérable ni très-fréquenté, &qu’on peut nettoyer par conséquent avec facilité. II est vrai que le quartiercompris entre le pont Saint-Mkhel, la rue de la Barillerìe & le pont au Change,le petit Châtelet, la rue de la Planche - Mihrai 8c le pont Notre-Dame, n’estpercé que de rues sombres, étroites 8c infectes, ainsi que ì’espace renfermédepuis la pointe de l’íle au nord , jufqu’au pont Notre - Dame, qu’on appellel ’hôtel des Urfins 8c le bas des Utfins, fans en excepter le cloître Notre-Dame,dont les rues íont à peu-près de même, íàuf les maisons qui bordent la rivière.Ajoutons à cela XHôtel-Dieu, dont les vidanges 8c les blanchisseries produisentautant & plus d’i n section que tout le reste. On n’en est pas à sentir lesinconvéniens qui résultent de la position de cet hôpital, tant pour les maladesque pour la ville; peut-être s’occupera-t-on un jour d’y remédier, quelquedifficile que cela paroisse.
Autre inconvénient a détruire .
L’É NORME quantité d’animaux domestiques qu’on entretient dans cetteville , soit pour fournir à la consommation journalière de près d’un milliond’habitans, soit pour les travaux indispensables de trait & fur-tout de luxe,tels que les chevaux de voiture 8c ceux de main, est encore une autresource de l’insalubrité de l’air qu’on y respire. II est très-possible de diminuerau moins de moitié, ía somme des inconvéniens qui résultent de cettecohabitation, quoiqu’en partie nécessaire. Pour y parvenir, il ne saudroitqu’ordonner que tous les genres de bestiaux destinés au comestible, tels queboeufs, vaches, veaux, cochons, moutons & même agneaux, fusiènt tenusdans des étables hors de Paris, pour qu’on n’y eût pas dans tous les quartiersle spectacle dégoûtant & infect de ruisseaux de sang, qui exhalent une odeurcadavéreuse, ou d’animaux qui remplissent les rues de leur ordure, dont lesétables, rarement nettoyées, infectent les quartiers où elles font lorfqu’onen tire le fumier; qui d’ailieurs augmentent les embarras déjà trop multipliésdans cette grande ville , lorfqu’ils y arrivent, & qui même plus dune foismanqués dans les tueries, ont rompu leurs liens 8c en font sortis furieux,non fans risque de la vie de plusieurs Citoyens.