Mais un fléau plus terrible que la guerre, puisque chaque année voyaitredoubler ses fureurs, comblait surtout les malheurs de cette triste po-pulation.
La Linth, qui vient se jeter dans le lac de JVallenstadt près de Wesen,pour en ressortir ensuite dans la direction du lac de Zurich , entraînedans sou cours d’énormes débris des rochers de Glaris , qui, dans la suc-cession des siècles et par une marche lente mais progressive, avaient formécomme une vaste digue irrégulière, dont l’effet a été de refouler les eauxdu lac et de les élever insensiblement jusqu’à dix pieds au-dessus de leurancien niveau. Aussi, à l’époque de la fonte des neiges, lorsque les tor-rents grossis versaient leurs abondantes cataractes dans le réservoir, quine pouvait plus les contenir, des inondations sous lesquelles ont dis-paru successivement de vastes portions de terrain, répandaient-elles, avecla destruction des champs, des arbres et des pâturages , des vapeurspestilentielles non moins funestes aux habitants.
Le gouvernement helvétique , et surtout ceux de Glaris et de Zurich ,dont le territoire était plus particulièrement menacé, songèrent enfin sérieu-sement à mettre un terme à ces effrayants désastres. La fougueuseLinth fut emprisonnée dans un canal ouvert directement du lac de JFallens-tadt à celui de Zurich ; et cet ouvrage remarquable, exécuté avec unecélérité extraordinaire, préserve maintenant d’une imminente destructionles environs de Wesen et la vallée qui s’étend pendant quatre lieuesentre les deux lacs.
C’est au célèbre Escher, ingénieur de la ville de Zurich , que sont dusle projet et l’exécution de ce canal salutaire. La reconnaissance publiquelia point encore consacré de monument à sa mémoire; mais, d’un assen-timent unanime, ses concitoyens ont ajouté à son nom un titre qui rendsa gloire impérissable; et désormais les descendants de cette nombreusepopulation, dévouée naguère à une ruine inévitable, sauront qu ’ Escherde la Linth a seul défendu leurs chaumières et préservé leurs champs.L’antiquité récompensait par de pareils surnoms la gloire des armes. Laconquête due au génie et à la persévérance d’Eseher est plus durable quel'asservissement d’une province, et elle n’a coûté ni regrets ni larmes àl'humanité. Honneur au pays qui enfante des citoyens utiles, et au peuplequi sait les apprécier!
Le lac de Wallenstadt est resserré au nord et au midi dans une enceinte