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sombre voile vers le couchant, &c met bien-tot à découvert unepartie du Ciel a 1 horison : elle augmente insensiblement ; les nuéesoffrent deja une couleur blanchâtre, qui s’anime à chaque instant;la joie coule dans tous mes membres, & donne une nouvelle vie àtoute mon existence. Les nuages continuent â se dissiper, la Naturereprend un air riant, tout célébré le retour d un beau jour; & moname ravie, puise sans cesse de nouveaux plaisirs dans mes désirs ani-més par l’espérance.
Le Gouverneur arrive avec M. Pouskin, & leur famille : ils par-tageoient ma joie. L’Archevêque & quelques Archimandrites lessuivirent de près. J’avois augmenté ma garde, dans la crainte d’êtreassailli par une multitude de curieux : précaution inutile. Tous lesHabitants s’étoient enfermés dans les Eglises & dans leurs maisons.On ne voyoit cependant pas encore le Soleil : mais tout annonçoitfa prompte apparition. Je me dispose à mon observation ; les assis-tants entrent dans la tente que javois préparée pour eux. Mon Hor-loger étoit chargé d'écrire , & d’avoir l’œuil fur la Pendule, pendantque mon Interprète devoir compter. Le calme &c la sérénité de l’airm’avoient déterminé à transporter mes instruments hors de l’Obser-vatoire , pour les mouvoir plus facilement. J’apperçus bien-tot undes bords du Soleil : c ‘étoit le temps où Vénus devoir entrer fur cetAstre, mais vers le bord opposé. Ce bord étoit encore dans lesnuages. Immobile, & l’œuil fixé à ma Lunette, mes désirs parcou-rent un million de fois à chaque instant, l’efpace immense qui mesépare de cet Astre. Que ce nuage tardoit à disparaître ! II se dissipe :enfin j’apperçois Vénus déja entrée fur le Soleil, & je me dispose aobserver la phase essentielle (femme totale). Quoique le Ciel soitparfaitement serein, la crainte trouble encore mes plaisirs. Ce mo-ment approche : un frémissement s’empare de tous mes membres ;il faut que je fasse usage de toute ma réflexion, pour ne pas manquermon observation. J’observe enfin cette phase, & un avertissementTome /. L