12.6 Voyage
le Seigneur , il leur permet de se louer aux Marchands, aux Etran-gers , ou aux autres personnes qui n’ont pas d’Esclaves. II leur donneà ce sujet un passeport pour quelques années seulement. L’Esclaveest obligé de remettre chaque année ses gages â son Seigneur } quilui laisse ce qu’il juge à propos.
Les Seigneurs vendent leurs Esclaves comme on vend ailleurs lesbestiaux. Ils choisissent parmi eux le nombre de Domestiques dontils ont besoin : ils les traitent très durement. Us n’ont point civile-ment droit de vie ni de mort fur leurs Domestiques ni fur leurs au-tres Esclaves ; mais ayant le droit de les punir des batoques, ils lesfont châtier de façon que par le fait ils acquièrent moralement ledroit de les punir de mort.
Dans les cas graves, un Seigneur doit, suivant la Loi, traduireson Esclave aux Tribunaux ordinaires, pour y être jugé. En 1761le Sénat rendit une Ordonnance , par laquelle tous les Seigneursont la permission d envoyer aux Mines tous les Esclaves dont ilsfont mécontents ; mais les Seigneurs préfèrent & préféreront tou-jours de les châtier , & de les conserver.
C est ce Peuple assujetti par l’esclavage que gouverne l’Impéra-trice d’Anhalt-Zerbst. Génie vaste, elle connoît le vice d’un pareilGouvernement, &: ne s’occupe qu a le réformer. Sans doute quellene se bornera pas â accorder la liberté â la Noblesse, & que tous sesSujets jouiront de la même faveur. L’humanité la réclame , &: lapolitique même la demande. La Russie fans cela ne présenteroitqu un Gouvernement féodal, qui, considéré sous ce seul pointde vue , multiplieroit les petits Tyrans, & détruiroit toute Puis-sance Souveraine. Heureuse la Nation , si elle sent le bonheurdetre gouvernée par un tel Maître ! Toutes ses démarches ten-dent au bonheur de ce Peuple , qui touchoit fous Pierre III aumoment de rentrer dans son premier état de barbarie. Elle fait