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tre général pour un bon magistrat qui oublie, dans lelaisser-aller de la campagne, les fatigues et les soucisdu palais. Mais le bras mutilé du vieux généralissimemodifie bien vite cette impression-, et la change en unsentiment de respect: et si l’on regarde, au bas de cetteépreuve la date du jour où elle a été prise, 7 juin 1855,on éprouve une profonde admiration pour ce vieillardqui, se sentant mourir, voulait encore tenir sa place auconseil comme au combat.
Le soir de ce môme jour, le mamelon Vert était pris.
Mais pénétrons maintenant sous la tente du soldat.Qui n’a connu, dans l’armée anglaise, le colour ser-jeant (1) du 20 e régiment? Oh ! le jovial personnage!avec ses cheveux rouges, bouclés sur les tempes, samoustache rouge, ses sourcils rouges, son mentonrouge, son nez rouge et ses gros yeux toujours riants!Quand apparaissait sa tète jouillue coiffée d’une calottj)ronde, comme une bombe surmontée d’un bidon, oh !quels rires homériques éclataient sur toute la ligne,comme un feu de fde ! oh ! les joyeuses histoires qu’ilracontait entre deux roulements de tambour, quandassis dans la tranchée, par un jour de calme, on faisaitcercle autour de lui ! comme il savait varier ses thèmes,et comme il savait orner son style !
Le voici, ce bon sergent, tout prêt à raconter ses lé-gendes bouffonnes ; mais, cette fois, son rire sembleforcé, il y a de l’inquiétude sur son visage, si gai d’or-dinaire ; ses mains sont jointes comme celles d’un homme
(1) Servent, porte-fanion.