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qui grelotte. Pauvre sergent ! il était temps qu’on fit sonportrait : trois jours de plus, il eût été trop tard !
Avez-vous faim? Voici la cuisine du 8 e hussards. La.soupe fume dans les gamelles, le fourrier distribue lesportions ; prenez place ! les sièges ne manquent pas :c’est le rocher qui les fournit. Voyez avec quel appétitles convives font honneur au festin, et comme ce soldatqui vient de s’arrêter à deux pas, et que l’on n’a pointinvité, regarde avec convoitise ce qui reste du savou-reux potage ! Hâtez-vous donc ! Je vois bien cette épaissefumée qui s’élève en gerbe û quelques pas. C’est peut-être une bombe qui éclate ; mais, bast! le troupier n’enperdra pas une bouchée.
Ici, nous sommes en pleine tranchée, dans la batte-rie du Mortier. Si le jour est calme, comme tout l’in-dique, la nuit a été rude. Quatre artilleurs anglais , quine comptent pas quinze lustres à eux tous, jouissent del’instant de tranquillité que leur laisse le feu de l’en-nemi. L’un, nonchalamment appuyé sur le parapet depierres et de sacs qui sert d’enceinte à la batterie, res-pire l’air pur du malin; les trois autres dorment : le pre-mier, reposant sa tête sur la culasse d’un immense obu-sier qui lançait tout â l’heure le ravage et la mort dansles rangs ennemis, se livre à de doux rêves; un autre,accoudé sur le canon encore chaud de sa carabine, dortdebout, sans autre point d’appui que le socle du mor-tier ; enfin, le troisième, les mains croisées sur la poi-trine, s’est étendu sur des sacs de terre qu’une bomberusse a jetés près de lui, en taillant une large brèchedans le parapet de la tranchée.