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Tome premier.
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VOYAGE

Cette humidité, qui se joint toutefois à une grande cha-leur pendant l’été, contribue à rendre l’air malsain, et àfaire éclore les dyssenteries et les choléra -morbus, qu’ungrand nombre de navigateurs ont contractés; ce qui y con-tribue encore est l’abondance des fruits acidulés dont l’excèsdans les pays chauds n’est jamais sans danger; enfin, leseffluves qui se dégagent des vastes savanes submergées fontnaître des fièvres intermittentes, qui se terminent par desengorgements ou des hydropisies.

L’agriculture coloniale est encore à naître dans la provincede Sainte-Catherine ; les habitants n’ont point cherché à ac-croître leurs récoltes , car aucun débouché extérieur ne leurétait offert. Ce sont les esclaves nègres qui labourent la terreou plutôt qui en grattent la superficie. Pour défricher uuterrain ils abattent les arbres à hauteur d’homme et y mettentle feu ; c’est dans les espaces vides qu’ils sèment ensuite dumaïs, plantent du coton ou de la cassave. La farine de ce der-nier végétal, connue dans nos colonies sous le nom de ma-nioc , s’obtient par le lavage de sa racine vénéneuse ; c’est l’a-liment ordinaire des habitants, qui la mangent crue et gros-sièrement pulvérisée, ou qui la cuisent parfois pour enformer un pain de saveur mucilagineuse et gluante. Dansles intervalles qui séparent chaque plant de manioc, sontsemés des haricots ou du maïs, et un sac de cette dernièrecéréale coûte jusqu’à six pataquès ou douze francs. En somme,les cultures principales du pays sont celles du riz, de la pa-tate douce, du chou caraïbe, des ananas, du poivre, desorangers, des coqueros. Ce dernier végétal est un palmierdont le stipe est renflé au centre. Son enveloppe florale ren-ferme des milliers de petits cocos qu’on introduit en Europe ,où ils servent à faire divers objets d’ornements que rendentremarquables les gravures qui les recouvrent. L’enveloppepulpeuse de ces fruits fournit une huile qui sert à plusieurs